La crise de la politique… en 1 000 mots

On ne parle pas ici d’une crise politique dans le sens d’un choix critique à faire entre Pierre et Paul, entre Libéral et Conservateur, entre Démocrate et Républicain ou entre un programme de gauche et un programme de droite, mais d’une crise de la politique elle-même. Une remise en question, non pas tant des procédures pour déterminer qui exerce le pouvoir – même si elles ont leur importance –  que de la façon dont la gouvernance se définit, de ses limites et de ses modalités d’exercice.

En apparence, il semble y avoir un consensus. Qui vous a dit du bien, récemment, du fascisme, du stalinisme, du despotisme éclairé,  de la monarchie absolue ou que quelque forme de gouvernance autre que la démocratie ?   La DÉMOCRATIE occupe seule tout l’espace correct du débat politique. Tout le monde ou presque est convaincu des mérites de la démocratie. On est pour la démocratie ou l’on est un monstre.

Au point où même ceux pour qui se dire démocrates exige de sérieux accommodements avec la logique – comme les amoureux de la charia islamique ou les nostalgiques de la dictature du prolétariat – par exemple,  cherchent souvent à se dire démocrates quant même ! Il y a un consensus en faveur de la démocratie. Évidemment, le consensus s’arrête là. Parce que, lorsqu’on a dit  » démocratie  » et qu’on a applaudi,  le consensus se brise.

Il éclate dès qu’on tente de répondre à quelques questions pourtant simples, mais bien embêtantes, comme  » Qu’est-ce que la démocratie ? « ,  » Quel type de démocratie ?  » , » Quelles sont les conditions minimales pour qu’on soit bien dans un régime démocratique ?  » etc. etc… Ces questions agacent, parce qu’elles nous confrontent à cette réalité choquante que si l’idéal démocratique comme concept règne sans rival sur les coeurs et les esprits,  celle-ci ne règne en fait nulle part ailleurs. La démocratie est un projet de société qui reste à bâtir.

D’abord, elle n’existe pas. Peut-on parler de démocratie, quand certaines options de gouvernance disposent, pour se faire connaître et vanter leurs mérites, de moyens financiers qui sont 100 fois ceux de leurs concurrents et que l’accès de ceux-ci aux médias est, avec les premiers, dans  le rapport du zéro à l’infini ? Les conditions matérielles pour un choix démocratique n’existent pas.  Triste, mais ce n’est que le moindre des problèmes de la démocratie…

Supposons une information parfaite, accessible à tous. Peut-on honnêtement prétendre que tous les citoyens, adéquatement formés par et dans un système d’éducation dont la sagesse ni la compétence ne suscitent le moindre doute, ont le bagage de connaissances générales, la culture et l’éducation pour accueillir cette information et la comprendre ?

Supposons même que les connaissances générales de tous soient de même niveau, peut-on poser comme axiome que nous, les enfants chéris du bon Dieu, avons tous une même aptitude fondamentale à penser droit et qu’a connaissances et information égales nous en arriverons tous à nous former  une opinion éclairée et judicieuse ?

Faisons un acte de foi et supposons-le aussi.  Il n’en reste pas moins qu’une société qui peut fonctionner doit être, par définition, un ensemble de compétences complémentaires.  L’opinion de chacun sur chacune des questions spécifiques auxquelles gouverner exige une réponse a-t-elle la même probabilité de conduire à la décision la plus efficace ?  Serait-il raisonnable  que mon avocat opine sur le traitement de mon ulcère et mon médecin sur la conduite de mes affaires ?

La volonté populaire nous dira-t-elle avec sagacité, si on doit encourager l’épargne ou la consommation, si la conjoncture internationale et le rapport des forces suggèrent des investissements militaires, si on doit favoriser un nivellement des revenus, si nous avons les ressources pour un système de santé gratuit et universel, etc. ?

La réalité, c’est que dans une société complexe, considérant tous les facteurs, il n’y a qu’une seule meilleure solution  et que ce n’est pas Quidam Lambda, mais des experts qui la connaissent.  On peut s’en remettre à la volonté du peuple pour nous dire ce qu’il juge « la meilleure », mais on connaît ses critères. Les réactions du peuple sont prévisibles.

La politique globale qui résulterait de la volonté populaire ne constituerait pas un ensemble cohérent, mais serait au contraire un tissu dense de contradictions.  La volonté démocratique de la population serait d’augmenter les services et de diminuer les taxes et impôts tout en remboursant la dette, misant sur un gain d’efficacité qui irait de paire avec une réduction non seulement des effectifs, mais de la charge de travail de chacun…

Le rôle du politicien en démocratie est d’abord de faire croire à l’impossible, puis de s’excuser de ne pas l’avoir livré… en promettant que maintenant il le fera. Mentir n’est cependant pas suffisant. Pour qu’un État fonctionne, il faut qu’aux choix démocratiques des quidams soient substituées des décisions prises par des experts. Cohérentes. Efficaces. Le fonctionnariat est là pour ça.  Il est choisi, nommé, pas élu.

Quand on dit démocratie, en  faisant tout pour exclure toute participation du peuple à la prise de décision, il faut donc comprendre que ce n’est pas SEULEMENT une arnaque pour déplacer le maximum de richesses vers ceux qui ont déjà la richesse et le pouvoir.  C’est AUSSI un geste de mansuétude, pour cacher aux enfants chéris du bon Dieu que, non seulement la démocratie n’existe pas, mais que, dans le sens racoleur qu’on a donné au terme “démocratie”, celle-ci est rigoureusement impossible. La crise de la politique, c’est qu’une part grandissante de la population prend conscience de cette impossibilité.

La solution ? Comprendre que l’individu ne peut pas définir des politiques : il ne peut que choisir celle qu’il veut entre des options cohérentes qu’on lui présente.  La démocratie efficace est celle d’un droit de veto.  Globalement, mais il faut aussi introduire dans la gestion de l’État BEAUCOUP de points de contrôle sectoriels permettant que les citoyens puissent dire démocratiquement ce qu’ils ne veulent pas et, dans le champ de leur compétence, exclure les moyens qu’ils considèrent inacceptables.

 

Pierre JC Allard

N.B  Pour un exemple de ce que serait une démocratie au palier des secteurs, voyez: http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/14/22-le-verdict-populaire/

 

14 pensées sur “La crise de la politique… en 1 000 mots

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    24 janvier 2011 à 1 01 02 01021
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    Vous avez entièrement raison et le seul exemple de vraie démocratie au monde qui fonctionne est la Suisse. Pour mieux vous en rendre compte faire un tour par le site du Carton Rouge du Citoyen

    http://www.cartonrougeducitoyen.ch/index.php/component/content/article/1-nouvelles-quotidiennes/1287–preparons-nous-a-defendre-la-democratie

    qui ne manque jamais de souligner avec force que le citoyen, c’est lui le roi et pas les politocards !!!

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    24 janvier 2011 à 12 12 44 01441
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    Selon moi, LA nature existe et elle est IMMUABLE:

    Plus le pouvoir est proche du citoyen, plus il devra se responsabiliser par rapport à ses choix.

    Plus le pouvoir est distribué entre plusieurs mains, moins ces mains sont corruptibles.

    Plus le pouvoir est décentralisé, meilleur sera la diversité pour accommoder plusieurs formes de « choix de sociétés » et ce, à l’intérieur d’un même pays.

    Une démocratie sans cadre « républicain », n’est pas une démocratie.

    Une démocratie où -entre chaque élection- presque tout est décidé par quelque-uns (soi-disant des représentants du peuple ou de soi-disant « experts »… SANS sagesse), n’est pas une démocratie.

    Au Québec et au Canada, nous n’avons aucun de ces éléments.
    Nous ne VIVONS PAS DANS UNE RÉELLE DÉMOCRATIE.

    Un technocratie?
    Un média-cratie?
    Une lobby-cratie?

    Démocratie? NON!

    Sagesse des foules:

    « La Sagesse des foules est un livre écrit par James Surowiecki, publié en 2004, traduit en français en 2008, à propos de l’agrégation de l’information dans les groupes, résultant en décisions qui, selon l’auteur, sont souvent meilleures que celles d’individus isolés du groupe. Le livre présente de nombreux cas d’études et anecdotes pour illustrer sa thèse, et touche à plusieurs domaines dont l’économie et la psychologie. Surowiecki se penche également sur l’émergence des marchés prédictifs en tant qu’outil d’exploitation de la sagesse des foules.

    Le titre est une allusion à la Folie des foules de Charles Mackay, publié en 1841.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Sagesse_des_foules

    ***

    @ Jessiekay:

    Bien d’accord avec vous!

    La démocratie a UN sens, c’est un gouvernement PAR LE PEUPLE, POUR LE PEUPLE.

    Tous les systèmes de gouvernance qui ne donnent pas le pouvoir ultime au peuple, ne sont PAS des démocraties.

    Ce n’est pas parce que je me dis « intelligent » que je le suis. Il faut le démontrer par des arguments.

    Ce n’est pas parce que je me dis « ouvert », que je le suis. Il faut le démontrer par des gestes.

    Il faut juger un arbre à ses fruits, et les fruits de notre système NON-DÉM0CRATIQUE, ne sont vraiment pas bons… JUSTEMENT parce qu’il n’est pas démocratique.

    Aujourd’hui, trop d’individus pensent que la masse des gens est trop conne et qu’il faut donc qu’une minorité «d’experts» et de technocrates décident pour tous… nous voyons ce que ça donne…

    Les Suisses ont très bien compris.

    Les Suisses ne considèrent pas comme pleinement démocratiques les pays où le peuple ne peut qu’élire des représentants et perd tout pouvoir de décision en dehors des élections.

    Comme le peuple n’a pas le temps de prendre lui-même toutes les décisions politiques, il élit des représentants qui légifèrent et gouvernent. Ces représentants ne sont toutefois pas autorisés à confisquer le pouvoir. Le peuple conserve en effet la possibilité d’intervenir dans les affaires publiques en lançant des référendums (refuser une décision des élus) et des initiatives (proposer une modification de la législation) : si le nombre requis de signatures est atteint, une votation populaire doit être organisée dont le résultat s’impose aux élus.

    ***

    Concernant tous les problèmes de gouvernance, l’idéal serait -selon mon humble avis et celui de Jean-Luc Migue, auteur de: « On n’a pas les gouvernements qu’on mérite »- ceci:

    « Référendums et initiatives populaires

    • Lorsque les décisions gouvernementales sont soumises au scrutin majoritaire direct, chacun des citoyens vote sur chaque mesure dans un référendum distinct, sans considération des décisions à venir ultérieurement ou prises antérieurement. La démocratie directe retire aux politiciens les outils indispensables au maquignonnage (l’échange de votes) qu’ils pratiquent pour gagner les votes en régime de démocratie représentative. Le marché politique pipé qui caractérise notre régime perdrait une part de ses travers. Les initiatives populaires, où de simples citoyens prennent l’initiative de soumettre une proposition au vote, servent à faire obstacle à la domination des groupes organisés. La faible taille de l’État suisse peut illustrer le sens de cet impact.

    •Cette argumentation explique en même temps l’hostilité des politiciens au principe du référendum et des initiatives populaires. À leurs yeux, l’homme de la rue est trop ignorant pour faire les bons choix. Chez nous, seuls les politiciens peuvent mettre en branle une consultation référendaire et, on le devine, ils le font rarement. La formule freine la puissance des groupes d’intérêt et renforce la voix des simples citoyens aux dépens de l’élite politique

    • La thèse que défendent Romer et Rosenthal (1979) et le résultat qu’obtiennent la plupart des observateurs veulent que l’impact général du référendum soit favorable à l’efficacité des choix publics. Ces deux auteurs concluent qu’en effet les référendums ont plutôt tendance à freiner l’instinct de dépenser qui caractérise toutes les administrations. La Suisse et la Californie font l’objet de critique pour recourir systématiquement à la démocratie directe. Soulignons que le reproche émane des élites politiques et des médias qui s’en font les échos.

    • Recall: La valeur du référendum et des initiatives populaires tient souvent à la menace qu’ils font planer sur la tête des politiciens qui se distancent un peu trop allègrement de l’électorat. »

    ***

    Tiré de:

    « On n’a pas les gouvernements qu’on mérite »

    Catégorie : Gestion et économie
    Auteur : JEAN-LUC MIGUE
    Date de parution : novembre 2007
    Éditeur : CARTE BLANCHE

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    24 janvier 2011 à 12 12 59 01591
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    Erreur dans mon titre:

    « Selon moi, LA *nature humaine* existe et elle est IMMUABLE: »

    ***

    Ceci est -selon moi- le meilleur des « 3 mondes » (république + démocratie directe + décentralisation):

    Switzerland’s constitution was drafted in 1848 (loosely modeled after the U.S. Constitution, but incorporating direct democracy as well as federalism)

    http://www.initiativesamendment.org/background.htm

    Ce qui est bien en Suisse, c’est la diversité…

    Un canton peut être pour une mesure, et l’autre canton d’à côté, contre.

    Ce qui est encore plus incroyable de notre point de vue (où presque tout est décidé par un pouvoir ‘central’), c’est que les référendums -demandés par le peuple-, sont possibles, toujours au niveau cantonal, et même au niveau national.

    ***

    Quelques faits et quelques questions:

    Effets de la démocratie directe

    Des études universitaires très poussées en Suisse, en Allemagne aux USA notamment ont montré que les décisions du peuple étaient toujours modérées et raisonnables. Par exemple, les Suisses ont rejeté des mesures démagogiques comme l’adoption des 35H ou bien la suppression de l’armée.

    Sur le plan des finances publiques, les travaux des professeurs Feld et Kirchgässner ont montré en étudiant les résultats des référendums financiers aux USA et dans les cantons suisses que là où la démocratie directe existe, les impôts et les dépenses publiques sont un tiers plus bas que dans les pays où la démocratie est purement représentative. L’endettement public est de moitié plus faible. Ce résultat est d’une extrême importance.

    Objections courantes

    Les adversaires à la démocratie directe allèguent la non-maturité et la désinformation des citoyens. Ceci n’est pas du tout avéré par les études empiriques qui portent sur près d’un siècle de pratique référendaire en Suisse et aux Etats-Unis. Le référendum donne l’occasion au citoyen d’exprimer ce qu’il vit tous les jours d’où un degré d’information et de bon sens élevé. Par contre, le citoyen, lors d’une élection, vote souvent par mimétisme et non par expérience personnelle.

    L’élection offre par rapport au référendum moins de garanties de rationalité car le citoyen est plus rationnel pour répondre à une question concrète que pour choisir un homme.

    Circonstances d’adoption

    A chaque fois, l’adoption de la démocratie directe s’est faite pour résoudre une crise : révolte populaire en Suisse dans le canton de St Gall, corruption de la classe politique en Californie, débat sur le divorce en Italie, suites de la réunification en Allemagne.

    http://www.democratiedirecte.fr/

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    24 janvier 2011 à 13 01 12 01121
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    Cette opinion est visiblement basée sur la croyance qu’un système parfait peut exister.

    Malheureusement ce n,est pas le cas. Aussitôt qu’il y a « spécialisation », le système n’est plus contrôlé.

    Par contre, croire que la sagacité populaire n’a pas de possibilité de rectifier la situation est , à mon avis, erronnée.

    Tout simplement parce que le « peuple » en tant que « chacun des individus » aspire au bonheur, à une qualité de vie et à la paix qui assure sa sécurité. Tous possèdent ces aspirations et on se rend compte qu’une petite partie de la société s’en approprie au dépend de l’ensemble. Cela n’est possible que parce qu’un système est en place.

    Il nous faut retourné à la table à dessin. Raison de plus parce que vous nous prouvez que la démocratie est une illusion inexistante actuellement.

    Amicalement

    André Lefebvre

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    25 janvier 2011 à 15 03 47 01471
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    @ L’artiste:

    J’ai passe un peu de temps a la planche a dessin (desseins).La Democratie contractuelle n’est certes pas le systeme parfait… mais je crois que c’est le mieux que nous pourrions faire pour l’instant.

    http://nouvellesociete.wordpress.com
    Voir la section « democratie ».

    Pierre JC Allard

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    25 janvier 2011 à 16 04 53 01531
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    « J’ai passe un peu de temps a la planche a dessin  »

    🙂
    C’est l’évidence même. ; mon cher Pierre JC Allard.

    « mais je crois que c’est le mieux que nous pourrions faire pour l’instant. »

    Peut-être, si tout ce qui existe actuellement ne s’écropule pas de lui-même. Alors il faudra envisager mieux.

    Amicalement

    Elie l’Artiste

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    28 janvier 2011 à 15 03 11 01111
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    La démocratie, malade du mensonge »
    Alain Etchegoyen

    La démocratie est le plus beau et le pire des gouvernements car, dans toutes les typologies, c’est le seul qui n’existe pas effectivement. La tyrannie, l’oligarchie, l’aristocratie, la monarchie s’affirment sans scrupules. Leur dénomination est un constat. La démocratie, elle, est atypique. On la critique toujours, car la réalité vécue n’est jamais conforme à son concept (30).

    La démocratie est plus une exigence qu’une réalité. Il faut le savoir et le dire pour ne pas désespérer de la chose politique, pour continuer à s’en enthousiasmer (31).

    Les politiques passent de moins en moins de temps à gouverner et de plus en plus de temps à paraître gouverner, c’est-à-dire manifester leur présence (39).

    […] Dès lors, le responsable [débordé par les occupations] ne peut plus répondre de rien : chaque mandat qu’il reçoit du peuple ou du gouvernement le conduit à feindre la compétence, à lire ce que d’autres ont écrit. Tel est ce mensonge du pouvoir qui prétend pouvoir ce qu’il ne peut pas, représenter des citoyens dont il ne peut s’occuper et diriger une administration qu’il est contraint d’ignorer (40).

    Le problème essentiel de la démocratie réside dans la négation même de sa propre essence : les politiques y mentent plus qu’ailleurs tant ils veulent se dire près du peuple et dissimuler leurs occupations (41).
    […] paradoxe : les priorités ne sont pas hiérarchisées en fonction des intérêts du peuple ; c’est la presse, ce sont les médias qui les ordonnent aujourd’hui (41-42).
    Plus qu’ailleurs, en démocratie, la vérité du politique est difficile à formuler (43).

    On peut regretter que les politiques n’agissent et ne réagissent que par médias interposés, mais Tocqueville le prédisait déjà : seules les associations et la presse peuvent garantir la démocratie.
    Notre démocratie devient une MEDIACRATIE, pour reprendre la juste expression de F.-H. de Virieu et de B. Poirot-Delpech (46).

    Sous la pression des urgences médiatiques, les décisions sont prises en pleine publicité. Puis il faut passer à d’autres. Et les cabinets se désintéressent du temps effectif de l’opération (48).
    Les politiques, au fil du temps, deviennent souvent insensibles à la morale. Sauf si la morale est une image ; elle s’évalue alors en fonction de l’image (49).

    En démocratie, une bonne partie des actions décidées par les états-majors ont pour but d’occuper les militants, de leur donner des actions qui soient des raisons d’exister (53).

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    28 janvier 2011 à 15 03 13 01131
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    La démocratie, malade du mensonge »
    Alain Etchegoyen Suite

    […] l’action politique est beaucoup plus complexe que la guerre, car les champs de bataille s’y démultiplient sans cesse (57).

    Il faut ajouter à cela, pour bien la distinguer de la guerre, que l’action politique est, de plus, en grande partie subordonnée à la communication. Les détours médiatiques multiplient infiniment ce que les actions pourraient parvenir à intégrer. Il nous reste le spectacle d’actions incohérentes dont nous ne comprenons pas tout, et de discours divers qui s’adressent tantôt à la majorité, tantôt aux alliés, tantôt à l’opinion, à travers le prisme de médias qu’on ne parvient pas toujours à contrôler avec la précision suffisante : d’où les rectificatifs, les bémols, les informations qui obscurcissent de plus en plus actions et propos. Démentis et mensonges sont deux faces d’un même processus (58).

    […] une difficulté de la démocratie : le temps de nos hommes politiques est accaparé par le souci du pouvoir (58).

    Ce qui compte c’est encore l’image ; c’est elle qui détermine tous les actes (61).

    Le corrompu est un homme moralement pire que le corrupteur car il met en jeu des vices infiniment plus dangereux. Le corrupteur est face à un marché; le corrompu développe le chantage, la paresse et le mensonge, comme l’a bien montré Alain Cotta. Il est plus facile de gagner de l’argent sans travailler que de militer pour accroître son nombre d’adhérents cotisants (63).

    Dans les régimes autoritaires et dictatoriaux règne souvent la corruption, mais le cycle en est court : on achète un pouvoir avec de l’argent pour en gagner plus ; le corrompu s’enrichit de son pouvoir tandis que le corrupteur investit. Dans la démocratie, le cycle est identique du côté du corrupteur mais plus complexe du côté du politique corrompu, car les jeux de l’argent et du pouvoir engendrent une sorte d’escalier qui mène à la gloire (65).

    La démocratie se contredit lorsque, pouvoir du peuple dans son concept idéal, elle privilégie ceux-là mêmes que le peuple a désignés pour le représenter (67).

    La politique doit être respectée dans la démocratie, mais c’est impossible si les hommes politiques ne se respectent pas entre eux (68).

    […] bien identifier ce qui menace notre démocratie. Or il me semble qu’elle est devenue incapable d’autocritique. Elle ne s’interroge plus sur sa propre essence mais sur son image. Elle regrette de mauvais effets, mais pas de mauvaises causes. Elle s’est habituée au mensonge comme à la condition indéterminée de ses actes, sans distinguer ce qui relève du nécessaire et ce qui la renvoie au pire. Elle papillonne dans ses leurres (69).

    Aucun Etat ne pourra jamais se passer de diplomatie ni d’espionnage : le mensonge y est une vertu première, fonctionnelle, ce n’est pas un enjeu fondamental pour la démocratie (70).
    La lucidité conduit souvent au pessimisme (72).

    Notre pays voudrait que cessent les leurres. Il a beau les constater, chaque fois il fait confiance. Et pourtant, tous les programmes sont des leurres. Il est étonnant que les raisons en soient si claires et leur répétition si flagrante (73).

    Chacun sait, dans la sphère politique, que, avec quelques unités au delà des 50 pour cent, il est impossible d’agir comme si toute la nation était derrière soi. il est même essentiel au fonctionnement de la démocratie que la minorité soit prise en compte… (74)

    […] une fois au pouvoir, le parti qui a gagné les élections ne respecte plus qu’un ordre microcosmique. La hiérarchie des priorités n’a aucun rapport avec celle des urgences : il s’agit avant tout de résoudre les problèmes internes du mouvement au pouvoir, de remplir des missions symboliques ou de marquer immédiatement sa différence par rapport au pouvoir vaincu. C’est pourquoi l’alternance s’accompagne toujours de gadgets divers qui sont autant de leurres pour l’opinion (75).

    Le désir du pouvoir masque souvent la réalité effective de celui-ci. Très ignorants des limites mêmes de toute action politique, fût-elle inspirée par un ministre, ces hommes refusent de voir que leur pouvoir est bien plus étroit qu’ils ne le pensaient avant d’accéder à leur poste. Heureusement il leur reste les médias pour satisfaire leur narcissisme. Les plus lucides voient très vite que le pouvoir obtenu n’est rien à côté du pouvoir médiatisé, que l’un s’épuise vite si l’autre ne prend le relais (78).

    Jamais les politiques ne reconnaissent une erreur devant le peuple, et encore moins une faute. Tout juste arrive-t-on à reconnaître qu’une mesure n’a pas été bonne parce qu’elle a été impopulaire ou que les Français ne l’ont pas comprise… (79).

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    28 janvier 2011 à 15 03 19 01191
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    L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie
    Hervé Kempf

    Après « Comment les riches détruisent la planète » et « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme », Hervé Kempf achève sa trilogie par un essai analysant la crise de la démocratie au regard de la crise écologique et sociale.
    Sommes-nous en dictature ? Non. Sommes-nous en démocratie ? Non plus. Les puissances d’argent ont acquis une influence démesurée, les grands médias sont contrôlés par les intérêts capitalistes, les lobbies décident des lois en coulisses, les libertés sont jour après jour entamées. Dans tous les pays occidentaux, la démocratie est attaquée par une caste. En réalité, nous sommes entrés dans un régime oligarchique, cette forme politique conçue par les Grecs anciens et qu’ont oubliée les politologues : la domination d’une petite classe de puissants qui discutent entre pairs et imposent ensuite leurs décisions à l’ensemble des citoyens.
    Si nous voulons répondre aux défis du XXIe siècle, il faut revenir en démocratie : cela suppose de reconnaître l’oligarchie pour ce qu’elle est, un régime qui vise à maintenir les privilèges des riches au mépris des urgences sociales et écologiques.
    Car la crise écologique et la mondialisation rebattent les cartes de notre culture politique : l’Occident doit apprendre à partager le monde avec les autres habitants de la planète. Il n’y parviendra qu’en sortant du régime oligarchique pour réinventer une démocratie vivante. Si nous échouons à aller vers la Cité mondiale, guidés par le souci de l’équilibre écologique, les oligarques nous entraîneront dans la violence et l’autoritarisme.
    Au terme de ce récit précisément documenté mais toujours vivant, le lecteur ne verra plus la politique de la même façon.

    En librairie le 6 janvier 2011

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    28 janvier 2011 à 17 05 16 01161
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    @evolspir

    J’ai l’impression d’avoir écrit moi-même ces paragraphes de Etchegoyen ou de Kempf.

    Ma réflection est depuis quelques mois terminée. La démocratie est une utopie, un leurre au service d’une oligarchie financière.

    La solution se trouve dans une dictature bienviellante, forte et persévérante contre toute forme forme de corruption, mettant en place une sorte d’Aristocratie (dans le sens étymologique du terme: gouvernement des meilleurs).

    Il faut assassiner la corruption, les corrompus d’abord et les corrupteurs ensuite.

    DG

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    28 janvier 2011 à 19 07 05 01051
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    Cela ressemble beaucoup à Platon qui conseillait de donner le pouvoir aux philosophes.

    Probablememnt pas à ceux qui trouvent l’infini sur un segment de droite, mais…enfin.

    Amicalement

    André Lefebvre

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    29 janvier 2011 à 0 12 22 01221
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    Je dois et voudrais rendre à César ce qui lui appartient ; malheureusement j’ai, par distraction, omis de relever son nom et son lien en copiant/collant initialement cette sélection d’extraits grâce à Google ; étant précisé que ça fait longtemps que je cite ce passage clé du petit livre d’Etchégoyen (Lillois de naissance – 2951 – dans le nord de la France et pas basque au sud de la France et/ou au nord de l’Espagne) avant même la mort d’un philosophe vivant pleinement au sein des hautes sphères de la vie sociétale en en expérimentant douloureusement les tristissimes et irrationnelles réalités quotidiennes.

    « Dès que nous disons le mot « démocratie » pour nommer notre mode de gouvernement qu’il soit américain, allemand ou français, nous mentons. La démocratie ne peut jamais être qu’une idée régulatrice, une belle idée dont nous baptisons promptement des pratiques très diverses. Nous en sommes loin, mais encore faut-il le savoir et le dire »

    Je suppose qu’ « assassiner » n’est qu’une maladroite et impulsive image sous le clavier de Denis Gélinas, signifiant « mettre hors d’état de nuire » en prison pas volée pour des voleurs quotidiens non seulement d’argent, mais de vies, sources égocentriques de milliards de misères

    Effectivement l’ « Aristocratie » existe peut-être sur une autre planète, qu’on pourrait tout aussi bien appeler « Sophocratie » qui serait un gouvernement de sages étant forcément donc également les meilleurs

    Pas évident de constituer un corps électoral d’un optimum de citoyennes et citoyens politiquement suffisamment cultivés, lecteurs ou non de leur déniaisant journal satirique national (L’imparfait mais très édifiant Canard enchaîné en France)

    Mais ça ne pourrait absolument jamais être pire et plus insensé que notre mode électoral dit démocratique, encore récemment illustré au Portugal par une légitimation constitutionnelle d’un président ayant à peine obtenu 25 % des voix des inscrits.

    Dans quel pays très relativement « libre » où l’argent ne falsifie pas la loyauté des résultats un président est-il élu avec plus de 50 % des inscrits ?

    Pas en France depuis l’ambigu de Gaulle. Pour le moins pas aux Usa non plus; l’Allemagne et l’Angleterre ne valant pas mieux

    Mais n’est-ce pas avant tout dû à la volonté omnipotente des meneurs du Club Bilderberg et leur clique de banksters parmi lesquels on trouve évidemment les incontournables « shylockiens » Rothschild ?

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    29 janvier 2011 à 5 05 43 01431
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    « Mais n’est-ce pas avant tout dû à la volonté omnipotente des meneurs du Club Bilderberg  »

    Malheureusement non. Ce n’est pas à cause d’eux. C’est plutôt à cause de chaque individu qui se prosterne ou se prostitue à ces gens-là.

    Amicalement

    Elie l’Artiste

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