La crise de la production… en 1 000 mots

La crise de la production, c’est que, quand l’industrialisation  a apporté l’abondance à notre société occidentale,  nous avons fait un mauvais choix.  L’efficacité croissante des machines pour produire tous les biens matériels suggérait que la capacité de production et la main-d’œuvre soient réorientées vers les activités inprogrammables, celles exigeant créativité, initiative et entregent.

Concrètement, il fallait former la main-d’œuvre à faire ce que les machines ne peuvent pas faire et automatiser au plus vite tout ce qui pouvait l’être : c’etait la voie vers un enrichissement indéfini, simple suite, d’ailleurs, du processus qui nous avait enrichi au cours des deux derniers siècles.  Mais il se posait un grave problème…

Avec une production de plus en plus complexe, finie la masse des travailleurs interchangeables !  Optimiser la production des biens et surtout des services exigeait des travailleurs complémentaires, dont chacun  pouvait devenir rare à trouver. Le rapport des forces était donc en voie de s’inverser entre capital et travail.  La valeur relative de l’équipement baissait au rythme de sa désuétude, accélérée par la vitesse des changements, alors que celle du travail augmentait, pour refléter  la capacité de l’homme d’apprendre et de s’adapter à une demande en évolution.

En fait il était évident  que l’importance relative du capital matériel, comparée  à celle du capital humain, allait progressivement  tendre vers zéro, même sa valeur résiduelle apparaissant  de plus en plus clairement, à peu de chose près, comme la simple sommesdes coûts du travail requis pour sa transformation en capital fixe !

Le capital investi devenu capital fixe et immuable, qui avait eu  l’avantage aussi longtemps qu’il avait eu à satisfaire les besoins de masse d’une population en manque,  serait à la merci d’une demande qui tendrait à être saturée. La survie  du capital deviendrait dépendante de sa capacité à s’exprimer dans de nouveaux projets, pour satisfaire de nouveaux besoins… avec la collaboration de la créativité, de l’initiative et des connaissances nouvelles, tous apports du facteur « travail »

 

La valeur économique de la machine  allait donc devenir insignifiante à côté de celles de la ressource humaine nécessaire pour créer l’équipement et du coût de formation nécessaire pour en tirer parti au mieux… ce qui changerait ait totalement le rapport des forces entre le capital et le travail. Or c’est sur ce rapport qu’est bâtie notre structure sociale.

 

À l’origine, avant les machines, celui qui possédait la ressource naturelle – et la force pour la défendre – avait le pouvoir. Avec l’industrialisation, c’est le propriétaire de la machine, la grande mutiplicatrice qui était en position dominante.  Position défendue par les forces de l’ordre d’une gouvernance préférablement démocratique, puisque alors infiniment corruptible.

Dans une société complexe et essentiellement tertiaire, c’est le travail – appelons-le désormais compétence – qui allait avoir le gros bout du bâton. Tout le monde n’accepterait pas de bonne grâce ce changement.

Dans cette situation, le capital a eu un choix à faire. Il pouvait accepter cette inversion des rôles et devenir le simple adjuvant de la compétence. Il semblait inévitable que  la compétence, qui est en constante progression, devienne plus importante que le capital qui n’est que la représentation de l’apport du passé. Cela eut été la voie normale de l’évolution.

On aurait alors une société d’économie tertiaire de travailleurs professionnels essentiellement autonomes agissant comme entrepreneurs…  mais ce serait tout l’ordre social qui aurait basculé, avec les travailleurs au pouvoir, même si ces « travailleurs » autonomes, hyperqualifiés et irremplaçables auraient été  alors bien loin du prolétariat de l’imagerie marxiste.

Mais le normal n’est pas toujours le plus probable. Le capital, plutôt que de se trouver une nouvelle utilité – ce qu’il avait les atouts pour faire – a choisi de rejouer plutôt la même donne sur un autre tapis vert, avec des conditions similaire à celles qui lui avaient donné son succès : un marché en demande, une main d’œuvre de travailleurs  interchangeables, une capitalisation discrétionnaire, puisque la demande est parfaitement contrôlée par le crédit et le coût de la main-d’œuvre déterminé par les seuls besoins d’une demande effective maintenue par l’assistanat.

Il a choisi de reproduire les conditions de l’Occident du XIXe siecle, quand les besoins  étaient simples et pouvaientt être satisfaits  par une production en masse . C’était la situation désormais des marchés émergents, d’Asie d’abord, puis du reste du monde. Il y avait ce choix à faire. On a fait ce mauvais choix.

Au lieu  d’orienter  la production du matériel  en Occident vers un mécanisation totale et de garder la main-d’oeuvre «humaine » pour le travail inprogrammable, ce qui aurait été la voie de l’évolution,  nos sociétés ont  obéi aux diktats du capital.

Elles n’ont rien fait pour faciliter le passage de la main-d’œuvre aux fonctions de haut niveau du secteur tertiaire pour lesquelles il existait une demande criante en Occident ; elles n’on rien fait pour mécaniser la production industrielle au-delà des impératifs immédiats de la consommation. On n’a rien voulu prévoir.

Nos économies, au contraire, ont exporté la capacité de production industrielle de l’Occident vers le tiers-monde.  Non seulement pour que le tiers-monde satisfasse ses besoins, mais qu’il satisfasse aussi les nôtres. Ce faisant, elles ont créé des structures économiques viciées, irrationnelles, les rendant  infiniment vulnérables dans le cas, hélas certain, d’un éventuel conflit avec d’autres entités culturelles.

Elles l’ont fait en  dirigeant la main-d’œuvre devenue excédentaire du secteur industriel de l’Occident  vers des emplois du tertiaire inférieur ne nécessitant AUCUNE compétence. On a remplacé une  main-d’œuvre de techniciens et d’ouvriers professionnels, par une main-d’œuvre de vendeurs de hot-dogs et de démarcheurs de fonds de placements.  Une population de fonctionnellement inutiles et d’assistés sociaux

Je suis incapable de trouver dans l’Histoire  un précédent, pour ce suicide à froid d’une civilisation, décidant, les yeux grand ouverts, que ce qui viendra après l’espérance de vie des dirigeants en place ne mérite pas le moindre effort. On peut en chercher la cause dans une destruction  systématique des valeurs, mais l’examen  de cette hypothèse devrait faire l’objet d’un autre article… et n’aurait aucun impact sur la suite des événements. Les dés ont été jetés.

 

Pierre JC Allard

http://nouvellesociete.wordpress.com/historique-69/

http://nouvellesociete.wordpress.com/production-structure-51/

 

8 pensées sur “La crise de la production… en 1 000 mots

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    7 mars 2011 à 8 08 42 03423
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    Excellente description du QI des décideurs industriels de notre société. Merci Pierre JC Allard.

    Une chose m’a toujours étonné; c’est que les autorités taxent (impôts) la « qualité de vie » des citoyens. Ils sont absolument bornés à cette vision des choses.

    Ils ne taxent pas le « travail »; ils taxent les « revenus »; donc la qualité de vie.

    Comment se fait-il qu’ils n’ont pas décidé de « taxer le travail » quand celui-ci commença à être fait par des « machines »?

    Ça aurait été logique puisque la « machine » remplaçait des individus.

    Si cela avait été fait, la société capitaliste serait une système créateur de qualité de vie, encore aujourd’hui, au lieu d’être une système créateur de pauvreté.

    Peut-être y a-t-il une raison à cette décision que je ne comprends pas du tout.

    Amicalement

    Elie l’Artiste

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    7 mars 2011 à 12 12 29 03293
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    M. Allard, vous dites :

    On a remplacé une main-d’œuvre de techniciens et d’ouvriers professionnels, par une main-d’œuvre de vendeurs de hot-dogs et de démarcheurs de fonds de placements. Une population de fonctionnellement inutiles et d’assistés sociaux.

    Je me permets de regarder le problème sous un autre angle. La tertiarisation précipitée des économies occidentales (qui produisent de moins en moins), spécialement dans un contexte de libre-échange, n’a pas été ça, plutôt, l’erreur de nos sociétés, sachant que l’évolution économique de chacune des nations est asymétrique, sachant également que la suppression des frontières économiques (à l’exception des états voyous fascistes, intégristes et communistes) n’est même plus remise en question au concert des nations ? En plus des économies asymétriques, il y a également une répartition inégale des ressources exploitables sur le globe, ce qui permet de développer ses secteurs primaire et industriel en conséquence. Et, je n’arrive pas à m’imaginer, dans un tel contexte, un consortium d’entreprises refusant de fournir à la demande internationale, que ce soit ici, en Asie ou en Europe … pour certains principes révolutionnaires. On nous annoncerait demain qu’aucune goutte d’essence n’est disponible dans aucun réservoir du globe … oh là là …

    Pour revenir au passage cité, je crois que si la société revenait plutôt à certaines racines économiques, qu’elle valoriserait, pour vrai, les métiers, son secteur secondaire et qu’elle ne s’auto-bloquerait dans l’exploitation intelligente de ses ressources pour les transformer en produits utiles, forcément on redeviendrait un Québec fort. C’est comme dans bien des choses : un équilibre sectoriel est plus que souhaitable, et dans le cas qui nous intéresse, je persiste à croire que le secteur industriel est le cœur de toute économie.

    http://esolaris.wordpress.com/2010/01/27/une-economie-forte/

    Fraddé
    P.S : «Reconnais le moment favorable» – Pittacos de Mytilène

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    7 mars 2011 à 12 12 41 03413
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    […]

    J’ajouterai également que si une société décide de se polariser, en masse, vers un secteur d’emploi précis (e.g tertiaire), c’est incroyable le potentiel manuel/technique/ de production qu’on s’aliénerait, alors que dans les faits, il y a une demande assez surprenante pour les domaines traditionnels. Je le vois bien, moi qui suis sur le terrain à chaque jour. S’il y a un bassin grandissant d’opérateurs et de professionnels qui se développent dans leurs métiers respectifs, localement, dites-vous que les employeurs ne peuvent pas cracher sur ça. Ça vaut de l’or, ces temps-ci … en Occident.

    Fraddé
    P.S : «Reconnais le moment favorable» – Pittacos de Mytilène

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    7 mars 2011 à 13 01 59 03593
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    1) Les dirigeants de l’époque, pour faire simple d’après la « guerre » « 2eme » et « mondiale » : ne pouvaient imaginer autre chose

    C’est humain d’éluder les questions trop complexe, ou les choses qui piquent et qui crattent (ouille ouille, on élude , on remet  » a la fin des temps  » voir 2 )

    c’est plus facile , de se conformer

    et là ils se sont conformer a la bonne vieille du capitalisme, du travail = salaire, travailler plus et du gagner plus

    2) pour ma part, j’ajoute qu’une partie étaient des extrèmistes religieux, des abrutis de cul béni qui avec le « choc » de la guerre ne pouvait QUE RETOMBER DANS DU RELIGIEUX et ici de l’apocalyptique ( chrétien, et … JUIF ),

    pas besoin d’aller voir al quaida

    al quaida, il est a new york, il est a washington, il est partout en occident et chez les hébreux

    Les groupes religieux, avaient dès le départ imaginé des conneries « apocalyptique »

    et de ce fait , comme rien ne se passe, bon …

    pourquoi pas écrire l’histoire ? selon des conneries écrites il ya des millénaires ?

    C’est de la folie

    Les choses auraient pus prendre d’autres chemins

    C’est de la folie

    Pour des hébreux, ou des chrétiens de faire un faux 11 septembre

    parceque tralala boum boum  » les trompettes  » et tout ca … c’est écrit quelque part

    Les malades , ne sont pas loins

    http://www.abovetopsecret.com/forum/thread670608/pg1

    Ils ne savent meme pas ce qu’ils veulent !

    Ils sont pas pret de l’avoir

    3) Selon leur volonté l’europe va se faire bouffer, la chine va grossir,

    et les sauveurs du monde vont sauver le monde et le reconstruire, ce monde

    Bravo, en voila des cons pour des diner de cons

    4) personnellement je comprend pas, ils auraient très bien tout faire péter , ou tuer quasi tout le monde n’importe quand

    mais , ils suivent un discours narratif imaginaire

    c’est encore une fois de la folie !

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      7 mars 2011 à 14 02 02 03023
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      Gorbatchev, putine,

      j’aimerai bien leur avis sur la question

      après coup, je crois qu’ils en sont revenu des promesses américaines

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        7 mars 2011 à 14 02 09 03093
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        Au fait, m’est avis que cette « volonté » d’écrire l’histoire

        c’est très encrée

        et j’ai presqu’envie de dire, qu’on devrait se poser beaucoup plus de question a ce sujet depuis 1 siecle

        Le complot c’est la réalité, dès lors qu’il y a des groupe politique avec des visées politiques diffèrentes

        sauf que ca n’empeche qu’en temps que groupe, la pensé risque d’être simpliste, simplifiante, en résumé

        c’est pas la hauteur d’une vision globale pour une société

        c’est du va temps que je vire l’industrie, pour tirer encore plus de croissance

        le discours du groupe idéologique a ce niveau la est assuré

        ce n’est pas dit que : d’autres personnes réussisse ensuite a imposer une vision plus complexe, réel du monde

        La réponse a la réalité d’aujourd’hui, c’est une peu tout ca, un réseau de raison bancale

        au fil du temps,

        des événements que l’on crée

        Après l’afrique ?

        L’iran , la chine , l’europe , le québec libre ?

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          7 mars 2011 à 14 02 11 03113
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          bien entendu le domage collateral accepté

          va jusqu’a 5.5 millard d’humain

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    8 mars 2011 à 9 09 56 03563
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    Fradd

    Nous ne somme pas en désaccord et personne plus que moi ne propose un passage acceléré au tertiaire totu en reconnaissant aue la production industrielloe doit etre mainetnue. Je souligne seulement que l’on a préfere souvent exporter de vieilles methoes desuetes plutot que de faire le saut a une production plus automatisé ici même et qu’il y a une risque de desequilibre des forces qui peut conduire a un conflit.

    PJCA

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