La crise de l’éducation… en 1 000 mots

Il y a une crise de l’éducation parce que l’on n’éduque plus. Les parents n’éduquent plus parce que c’est devenu trop complexe et que, de toute façon, l’emploi du temps que prévoient les plans de carrière de la société actuelle ne le leur permet pas . L’école ne le fait pas davantage, car ce n’est pas le job des enseignants d’éduquer, mais d’instruire : transmettre des connaissances.

Instruire et encore… Transmettre des connaissances, mais celles dont ont décidé les planificateurs de l’éducation – ce qui n’est pas bête, puisqu’on devrait avoir un objectif en  tête quand on instruit  – mais on leur demande aussi de les transmettre avec les moyens et selon le schéma défini aussi par les planificateurs de l’éducation, ce qui est une aberration.

Une  bêtise, car l’enseignant est le pédagogue et c’est le propre de la pédagogie de savoir formater un contenu pour le rendre accessible à des apprenants qui ont des aptitudes et des intérêts différents, voire des connaissances antérieures modérément dissemblables. Si ce n’était le cas, l’enseignement pourrait être entièrement programmé et l’élève n’aurait pas besoin d’un guide dans l’univers des connaissances : il lirait et apprendrait…

Quand on veut dire à l’enseignant comment enseigner, on le rend inutile. En lui demandant surtout d’enseigner de la même façon à tout le monde, on crée un système ou le bon sens exige  qu’il introduise une myriade de ce que l’on considérera comme des exceptions ou des dérogations, au lieu d’accepter que l’éducation est du « sur mesure » et que tout le monde ou presque est normal, dans le sens ou la norme est large et se confond avec le vaste espace ou l’éducateur peut réaliser ses objectifs.

On ne doit avoir qu’une exigence face à l’enseignant : que les apprenants qu’on lui confie apprenne. Quand on veut qu’il éduque, il faut lui en demander plus, mais d’abord le tirer du piège ou, même sur le plan de la transmission des connaissances, l’école d’aujourd’hui, qui devrait faire du « sur mesure », s’ingénie à faire de l’industriel.

Aujourd’hui, on a le lit de Procuste pour tout le monde.  On a donc des échecs, des abandons en masse et des vies se décident sur le talent ou la bonne volonté d’un adolescent qui se pliera ou non à la corvée de maîtriser le calcul intégral, qu’il soit de lqa graine de Mozart ou de Picasso n’y changeant rien.

Une approche dont les résultats sont encore pires, bien sûr, quand il ne s’agit plus de transmettre des connaissances, mais des règles d’interprétation, des principes, une culture, des valeurs… tout ce qui devrait être une éducation.

Il y a deux générations, le collège offrait du grec, du latin et de la philo; il offrait aussi des valeurs, une culture et un sentiment d’appartenance. C’était rétro, mais la plupart étaient fiers de leur vieux collège, même s’ils en sortaient en pensant tous à peu près la même chose…

Vers les années 60, on a voulu créer une société plus complexe, une société pluraliste, avec du monde ordinaire qui pensent par eux-mêmes; avec des gens, donc, qui ne pensent pas tous la même chose et où chacun respecte les valeurs et la culture des autres. On a mis le paquet sur l’éducation, mais on a raté un virage.

On a oublié que plus une société est complexe, plus il est essentiel d’y valoriser l’appartenance à des groupes de dimension humaine. On a oublié que c’est dans une société pluraliste qu’il est le plus nécessaire de fournir à chaque éduqué toutes les ressources nécessaires pour éclairer ce qui devient pour lui un choix plutôt qu’une acceptation des valeurs. On a oublié, surtout, que pour que les valeurs de chacun soient respectées, on doit faire en sorte, d’abord, que chacun en ait, des valeurs.

On a sauté le garde-fou des valeurs et on a créé des écoles monstrueuses, des écoles inhumaines, qui ne favorisent pas l’autonomie de l’individu, ni sa formation professionnelle, ni surtout son insertion sociale. Pire, on a créé des écoles que l’on n’aime pas. Vous en connaissez beaucoup, vous, des gens de nos jours qui ont la fierté de leur vieille polyvalente ?

Solution ?   Recommencer à éduquer, en faisant le contraire de ce qu’on fait dans une polyvalente. Plutôt qu’une école impersonnelle ou l’enfant  est passé de spécialistes en spécialistes, il faut une école dont l’axe soit une relation personnelle de longue durée entre un groupe d’élèves et un enseignant qui soit un modèle et assume une responsabilité plus globale sur son apprentissage.

Que ce soit le même pendant 5 ans. C’est cette relation de longue durée qui permettra à l’enseignant devenu éducateur d’être un modèle et qui favorisera l’éclosion d’un vrai sentiment d’appartenance. En revanche, l’enseignant qui est le seul maître de sa pédagogie ne doit pas avoir le contrôle des examens : c’est au Ministère de définir la docimologie et de conférer attestations et diplômes

J’ai parlé, il y a longtemps d’un système « préceptoral », lequel  permet un meilleur développement socio-affectif de l’adolescent, de meilleurs résultats scolaires, une activité professionnelle plus gratifiante pour l’enseignant. C’est un moyen de bâtir une vraie culture populaire plus large et d’obtenir une orientation professionnelle bien plus adéquate. C’est aussi la façon idéale de réduire absentéisme, vandalisme et violence à l’école. Et un système préceptoral coûterait moins cher que notre système actuel…

Il n’y a qu’une seule condition préalable à la mise en place de ce système, en plus, bien sur, d’une véritable volonté politique de changement. Cette condition, c’est qu’existe chez un nombre suffisant des enseignants, le désir de créer une relation plus humaine avec leurs élèves. J’aime le penser.  Il faudrait leur en parler

Pierre JC Allard

http://nouvellesociete.wordpress.com/education/

14 pensées sur “La crise de l’éducation… en 1 000 mots

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    21 février 2011 à 7 07 53 02532
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    Les profs dénoncent la hausse artificielle des notes
    http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/education/201102/20/01-4372267-les-profs-denoncent-la-hausse-artificielle-des-notes.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B4_manchettes_231_accueil_POS4

    Les cibles de réussite que le ministère de l’Éducation impose depuis l’automne à toutes les commissions scolaires du Québec troublent les enseignants aux quatre coins de la province, a constaté La Presse. D’ici à 2020, toutes les régions du Québec devront hausser leur taux de réussite à des degrés variables.

    Plusieurs enseignants disent subir des pressions afin d’augmenter artificiellement les notes des élèves pour atteindre ces objectifs. Dans plusieurs écoles, la colère gronde.

    «Mon directeur est venu me voir et m’a dit que j’étais trop rigoureux. Que mes élèves avaient des résultats en deçà des moyennes de la commission scolaire. On ne me l’a pas dit directement, mais il s’agit d’une invitation à diminuer mes critères», dénonce un enseignant d’une école de la banlieue sud de Montréal.

    «J’avais des élèves très faibles dans mon groupe. J’ai voulu rencontrer le conseiller pédagogique pour savoir quoi faire. On m’a suggéré de diminuer mes exigences pour atteindre les moyennes régionales», déplore une enseignante de mathématiques au secondaire de la région de Québec.

    En 2009, le gouvernement a adopté la loi 88 qui oblige les commissions scolaires à signer des «conventions de partenariat» avec le ministère de l’Éducation (MELS). Dans ces contrats, les commissions scolaires s’engagent à faire augmenter leurs taux de réussite dans des proportions variables d’ici à 2020. Par exemple, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) doit faire passer son taux de diplomation de 57% à 70%.

    Les commissions scolaires ont presque toutes déjà signé leur entente avec le MELS et sont actuellement en train de conclure des «conventions de gestion» avec les écoles de leur territoire pour les amener à atteindre les cibles de réussite.

    Suite sur Cyberpresse…

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    21 février 2011 à 9 09 10 02102
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    J’ai l’impression que nous avons passé un point de « non-retour ».

    Au niveau de l’éducation, c’est l’évidence même, car c’est un « laissé aller » complet dans une absence de valeurs autre que l’intérêt personnel. C’est d’asilleurs la seule motivation présentée de nos jours, par les autorités, aux étudiants.

    Au niveau de l’instruction, il y a déjà trop longtemps que l’élève est obligé « d’apprendre par coeur » pour obtenir des notes qui lui permettent de « réussir ». Il n’apprend donc que ce qui a été déjà établi, sans apprendre comment établir lui-même de nouvelles idées abstraites.

    « Apprendre par coeur » n’est pas négatif lorsqu’on a un éducateur avec qui on peut entretenir une relation intellectuelle. Celui-ci peut nous apprendre à nous servir de ce que nous « apprenons » pour améliorer ce que nous « savons ».

    Mais lorsqu’on en a pas, la seule chose que nous puissions améliorer est la « technique » apprise. Il est impossible d’améliorer les « idées » autre que techniques.

    C’était l’avantage que donnaient le Grec, le Latin, et la philo. Ces sujets n’étaient pas « techniques » et donnaient la possibilité d’améliorer des idées abstraites.

    Autrement dit: d’apprendre à réfléchir selon la raison et non selon la « technique ».

    Je suis parfaitement d’accord avec votre système « préceptoral » qui, en plus des avantages que vous énumérez, a celui également, d’être « gratifiante » pour l’élève.

    Mais comment aujourd’hui, trouver un « précepteur » qui ne sera pas obnubilé par la « technique »?

    C’est la question que je me pose.

    Amicalement

    Elie l’Artiste

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      21 février 2011 à 12 12 59 02592
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      Le système « préceptoral ».
      Il n’y a plus rien qui vient des enseignants. Tout est un diktat du MELS par des gens qui ont vu l’homme qui ont vu l’ours… De livres en livres, de concepts abstraits à concept abstraits…
      Dire qu’il faudra défaire tout ça pour en arriver à « autre chose ».
      20 ans, 30 ans???

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    21 février 2011 à 12 12 58 02582
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    Au coeur de l’enseignement il y a une relation triple: d’abord celle de l’enseignant et de l’étudiant, laquelle s’appuie sur la relation parent-enfant. Je crois que c’est cette dernière relation, en détresse, qui crée l’ensemble des problèmes. Problèmes dans lesquels il faut évidemment inclure les distillations byzantines des experts du ministère. Bien des professeurs me disent qu’ils ne peuvent pas instruire leurs élèves parce que leurs parents ne les ont pas éduqués. Dans ce sens, nous avons bel et bien un problème d’instruction, mais d’abord et avant tout un problème d’éducation.
    Toutefois, la proposition de faire des classes autour d’un professeur-maître central sur une période de 5 ans est certainement une solution importante du problème d’instruction – et en partie du problème d’éducation. D’ailleurs, certaines écoles plus sensées ont déjà bougé dans ce sens.

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      21 février 2011 à 13 01 53 02532
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       » Bien des professeurs me disent qu’ils ne peuvent pas instruire leurs élèves parce que leurs parents ne les ont pas éduqués. Dans ce sens, nous avons bel et bien un problème d’instruction, mais d’abord et avant tout un problème d’éducation. »

      Je vois plutôt ça comme « une patate chaude que l’on se relance.

      La base du problème est systémique.

      On veut des robots « compétents »; donc l’éducation n’est plus nécessaire. Il faut également
      éliminer les échelles de valeurs autres que celles
      des filles et du fric ».

      L’autre facette de la compétence, c’est qu’il nous faut un maximum de robots pour répondre à la production qui se voudrait « illimitée » (mais qui ne l’est pas du tout).

      De sorte que les heures de travail sont prioritaires sur les « heures en famille ».

      Conséquences: Manque d’éducation des enfants, fracturation des familles, et à prévoir: prise en charge des enfants par le système.

      Amicalement

      Elie l’Artiste

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    21 février 2011 à 14 02 56 02562
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    Les peuples occidentaux, en Thésée qui refuse le conformisme du Capital, laisseront-t-ils le choix des armes de l’uniformisation à d’autres civilisations?
    Un Marathon que nous entreprenons en éduquant et instruisant nous-même nos enfants, en surplus du Système. L’espoir réside dans notre jeunesse.

    DG

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      21 février 2011 à 15 03 27 02272
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      Là!!! Franchement!!! Je suis impressionné.

      M. Gélinas, je devine énormément de contenu dans ces trois petites phrase.

      Mais j’aimerais bien en avoir la certitude.

      Donc, ça veut dire quoi précisément? 😉

      Amicalement

      Elie l’Artiste

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        23 février 2011 à 13 01 48 02482
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        Difficile de suivre le fil d’Ariane en économie de mots. Je vais résumer ma réflection.

        Thésée a tué Procuste (cité par PJCA ). Procuste, entre autres briguants qui dévalisaient les voyageurs (allégorie du Capitalisme mondialisé), est le symbole de ceux qui oeuvrent pour une uniformisation de la pensée ou d’une manière d’agir au profit du Système. (lire comme détente ‘Un bonheur insoutenable’ de Ira Levin).

        Dans ‘les autres civilisations’, qui font présentement parler d’eux par leurs jeunesses révoltées. (celles non manipulées par le Système), je fais référence à une nouvelle uniformité à travers la pensée Islamique(1,8 milliard) ou Asiatique(3,8 milliards) montante dans une tentative de contrôle par le pouvoir du Capital.

        La bataille de Marathon, de même que la persévérance qu’exige la course du même nom, est évoquée non sans intention de rapprochement; l’éducation et l’instruction en mode résistance (cellule familiale ou locale) est un héritage oral à transmettre; celui du goût de la connaissance, de l’Histoire…, ET de l’utilisasion de son propre jugement, développé et aguerri, confronté à ceux des autres citoyens pour un meilleur résultât.

        Connais toi toi-même et tu connaîtras le Monde, connais le Monde et tu te reconnaîtras. ( le geste manqué de Thésée, tout comme son père Egée)
        http://fr.wikipedia.org/wiki/Catégorie:Geste_de_Thésée

        DG

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          23 février 2011 à 14 02 04 02042
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          Merci beaucoup.

          J’ai compris. 😉

          Votre question au message qui précédait le mien est donc très pertinent.

          Ce sont probablement les autorité occidentales qui vont tenter de limiter le choix des armes de l’uniformisation pour les autres « civilisations ».

          Quant à « l’espoir », vous avez raison; c’est au niveau de la « confiance » en l’éducation que nous donnons à nos enfants que réside le problème.

          Amicalement

          Elie l’Artiste

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            23 février 2011 à 16 04 09 02092
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            Limiter le choix à la démocratie, celle contrôlée par le Capital, par le vote populaire manipulé par la propagande du Marché.

            Au Québec un certain réseau médiatique n’a de cesse de nous imposer un nouveau choix depuis plus de trois mois; celui de François Legendre. Tout comme ils avaient essayé d’introduire les ‘Lucides’ et leurs récentes tentatives ratées d’une nouvelle voie de droite.
            Tout à coup une pluie de sondages et de repotages dans tous les médias s’abbattent sur le Québec en première nouvelle au même titre que les mouvements sociaux dans le monde. Les Ingénieurs Sociaux sont bien à l’oeuvre.

            En France c’est DSK.

            DG

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    23 février 2011 à 7 07 24 02242
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    D’accord à 100% avec cet article .. On a créé des barbares instruits ! Les temps de l’intolérance
    s’approchent qui en sont la conséquence . .

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      23 février 2011 à 13 01 55 02552
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      ‘barbares instruits’, j’aime bien l’allusion.
      La Connaissance sans l’application du Jugement ne sert que les intérêts d’un seul groupe d’exploiteurs-esclavagistes.

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        23 février 2011 à 16 04 20 02202
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        C’est ce qui était visé et c’est ce qui fut atteint.

        Amicalement

        Elie l’Artiste

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