La crise du revenu… en 1 000 mots

Nous appelons ici « revenu » ce qui, dans la société, est distribué à Quidam Lambda pour qu’en sa qualité de consommateur il ait une part de ce qu’il produit en sa qualité de travailleur. On peut lui donner sa part en fonction de sa participation à la production – on parle alors de justice commutative – ou parce qu’il est là – comme l’Éverest de Sir Edmund – et en fonction de ses seuls besoins ; on parlera alors de justice distributive. De toute façon, on parlera de « justice sociale ».

Mais il y a une crise du revenu… Nous avons vu qu’il y a une crise du travail, parce que le travail qui nous reste a faire, maintenant que machines et robots sont là, n’est plus a portée de toutes les mains ni de toutes les têtes. Plus grave encore, l’effort humain consommé cru comme énergie ne vaut plus grand chose ; il doit être apprêté à diverses sauces de compétence pour correspondre à une demande. Simultanément, il y a une crise de l’argent, parce que, dès qu’on peut par consensus ou autorité, créer des symboles pour la valeur, celle-ci ne résulte plus essentiellement du travail qui à l’origine en était la seule source, mais de volontés arbitraires dont chacune a son agenda.

Crises du travail et de l’argent se combinent pour en créer une troisième : « une crise du revenu » qu’on pourrait aussi appeler la crise de l’équité. C’est la notion de justice sociale qui est en crise. Cette crise est venue parce que 80% des humains – au moins ! – sans aucune faute de leur part, ne sont plus « nécessaires » pour produire quoi que ce soit qui puisse être d’une quelconque utilité pour la minorité qui a les connaissances et l’accès aux machines. Cette minorité peut produire tout ce dont elle a besoin et tout ce que consomment les autres au-delà de leurs besoins alimentaires les plus primaires : elle le fait déjà.

Concrètement, cette minorité DONNE tout aux autres. Gratuitement. Elle le fait un peu parce que son héritage religieux – et une vieille habitude de solidarité du temps où tout le monde pouvait se rendre utile – l’incitent à le faire, mais aussi par simple paresse de changer les choses et parce que les « inutiles » servent de pions dans les jeux de pouvoirs auxquels s’amusent ceux qui ont tout. Ce n’est donc plus le travail, mais l’assistanat, sous toutes ses formes, qui globalement est devenu de loin la première source de revenu.

La justice commutative n’a plus de vraie place et l’effort n’est plus récompensé, la seule récompense étant celle totalement virtuelle qui découle des jeux des spéculateurs. La nature humaine étant ce qu’elle est, c’est une recette pour la décadence. On garde donc précieusement la pauvreté comme motivant, dans un monde où l’on veut cacher que l’industrialisation a apporté l’abondance.

Personne ne voulant la pauvreté pour lui, tout en voyant bien qu’elle est indispensable à un certain dynamisme social, chacun cherche à s’en débarrasser comme de la Dame de Pique en la passant à son voisin. Tous le font avec toute leur astuce, de deux façons : a) en se cherchant un niche de pseudo travail dans laquelle, ne produisant ni biens ni services utiles, ils réussiront néanmoins à convaincre quelqu’un ou l’État qu’ils méritent une rémunération, et b) en mettant à profit les subtilités de la grande arnaque monétaire pour avoir plus d’argent sans même feindre de travailler. Tout le monde n’ayant pas la même astuce, les écarts se creusent de plus en plus entre « pauvres » et « riches ».

Écarts dans le miroir monétaire – qui peuvent augmenter sans autre limite que le ridicule – et qu’il faudra bien corriger, mais qui n’ont qu’un impact indirect sur ceux qui ne sont pas occupés à spéculer… mais écarts dans l’univers des biens réels aussi, hélas. Un million d’enfants meurent chaque mois de faim et de malnutrition.

La crise du revenu, c’est ce 80% de l’humanité – dont 20 à 30% des citoyens même des pays dits développés ! – qui vivent sous le seuil d’une pauvreté relative dont la définition change selon les lieux, mais qui partout signifie « mourir de soif auprès de la fontaine », car il est évident qu’il n’y a aucune raison valable pour que cette planète ne produise pas le nécessaire – et une part raisonnable de superflu – pour tous ses habitants.

Il est essentiel qu’il reste pour chacun un désir non satisfait – y renoncer signifierait trouver un autre sens à la vie et ce n’est pas ici notre propos – mais il faut résoudre cette crise du revenu, un cercle vicieux où c’est une pauvreté voulue qui limite la demande effective pour une production, sans laquelle la demande pour le travail n’existe naturellement pas non plus… ni donc la raison de distribuer dans une logique de justice commutative le revenu qui éliminerait cette pauvreté.

Présentement, cette logique n’existant pas, l’assistanat progresse, une mansuétude qui tient au désir de garder la demande effective. C’est un financement de la consommation déguisé en crédit à fonds perdus, afin que ne perde pas toute valeur le capital investi dans la production de biens qui autrement ne trouveraient plus preneurs…

Nous avons donc aujourd’hui un échafaudage précaire qui s’appuie sur un crédit arbitraire qui ne sera pas remboursé… , en argent symbolique qui ne vaut plus rien…, pour faciliter la consommation de biens largement inutiles ou superflus…, pour garder leur valeur aux livres à des équipements désuets qui servent d’aval à la valeur en Bourse de sociétés dont les activités deviennent de plus en plus spéculatives.

Et pendant ce temps, « l’herbe pousse et les enfants meurent ». Il faut un travail et un revenu garanti pour tout le monde. Il faudrait que l’impose quelqu’un qui a un coeur, une tête et un fusil.

Pierre JC Allard

3 pensées sur “La crise du revenu… en 1 000 mots

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    10 janvier 2011 à 3 03 19 01191
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    Bonjour, Pierre.

    Beaucoup de questions et… peu de réponses, hélas ! Car le problème est loin d’être simple en cette période de mutation des sociétés occidentales que nous vivons.

    Et si, au risque de relancer le débat (parfois virulent) sur l’assistanat, la solution pour l’avenir passait par l’émergence du RME, ce « revenu minimum d’exitence » qui pourrait permettre aux sans-travail de plus en plus nombreux de survivre ?

    En 1972, le très libéral (au sens européen du mot)Néerlandais Sicco Mansholt, président de la Commission européenne et réformateur de la Politique agricole commune, affirmait déjà qu’un pays développé digne de ce nom se devait de subvenir aux besoins de ses oisifs. Il n’avait pourtant strictement rien d’un gauchiste, loin s’en faut. Et s’il avait eu raison avant l’heure ?

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    10 janvier 2011 à 12 12 25 01251
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    Bonjour Fergus

    Vous avez bien raison… mais il y a malentendu. En 1 000 mots, pour tenir la gageure et susciter l’intérêt des minimalement curieux, je ne puis que donner le nom de la recette. Les explications concrètes de qu’il faut faire pour mettre en place le travail-revenu garanti qui est INDISPENSABLE, sont dans une série d’articles sur le site et le blogue Nouvelle Société et, plus précisément, l’essentiel s’en retrouve dans deux textes courts.

    Pierre JC Allard

    ( D’où je suis, je dois quitter cette page pour aller chercher les références ! Je les mets dans un commentaire suivant.

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