La demande hédoniste

On va chercher la satisfaction. Comme société, nous allons revenir au principe de travailler pour produire et de produire pour satisfaire. Nous allons renoncer à produire pour produire, notre acharnement à le faire nous a créé un stress par trop désagréable…  Nous allons affirmer la priorité de la demande sur l’offre, donner à la demande le contrôle de la production et livrer aux gens ce qu’ils veulent.  Attention ! Pas question de se priver ! Une Nouvelle Société se veut stoïque devant la condition humaine, mais hédoniste en tout ce qu’elle peut faire pour en tirer le meilleur parti.

Économiser ? Comprenant que la plus grande économie est de ne PAS produire, nous comprendrons que concrètement plus grande économie compatible avec la satisfaction, c’est de ne produire que ce que les gens veulent.  En bon Sybarites, nous ne produirons simplement rien que nous ne voulions vraiment.

Un système de production raisonnable doit inverser cette relation où l’offre conditionne la demande.  Il ne faut jamais laisser l’offre diriger la demande.  Il n’est pas question de se priver, seulement d’avoir tout ce que l’on veut et peut avoir… mais rien d’autre. Nous allons mettre fin à la production de l’inutile et du surabondant. Nous le voulons au meilleur coût. L’efficacité, restera donc la pierre de touche de l’activité de production.

Nous voudrons encore avoir « plus pour moins », mais  nous évaluerons autrement les résultats obtenus: c’est la plus grande satisfaction possible que l’on recherchera désormais. Nous reviendrons donc à une vision orthodoxe de l’efficacité qui est la plus grande économie possible des intrants pour le résultat obtenu… Un résultat qui ne doit pas se mesurer autrement qu’à la satisfaction qu’on en tire.

Par la publicité, c’est l’offre aujourd’hui qui contrôle la demande: on va inverser cette relation offre-demande. On la maintient à l’endroit quand on connaît la demande et qu’on ne produit que ce que les gens veulent. On cesse alors de produire ce que les gens ne veulent pas vraiment, mais leur a été simplement imposé, dans un état proche de l’hypnose, par la publicité/propagande ou par des contraintes sociales elles-mêmes créées par la publicité et donc à l’instigation des producteurs.

Il faut mettre fin à la pauvreté subjective artificielle qui incite à produire pour produire et à enrichir les producteurs sans satisfaire de vrais besoins ni même de véritables désirs. On économise encore davantage, si on ne produit que des biens de bonne qualité, si on interdit l’obsolescence programmée qui aujourd’hui est encouragée, parce qu’elle aussi favorise les producteurs… mais nous appauvrit tous. Il faut éviter donc une rotation accélérée inutile du matériel, un gaspillage de matières premières et surtout de travail. On perd du temps. Or, le temps, c’est de ça que notre vie est faite…

Réformer le système de production, ce n’est donc pas tant y ajouter telle ou telle composante technique; c’est par-dessus tour mettre l’offre au service de la demande. Le producteur au service du consommateur, la personne au-dessus de l’Homo Faber en elle qui a été manipulé depuis la révolution industrielle. Cette approche, toutefois, exige qu’on veuille produire pour répondre à la demande et, d’abord, qu’on connaisse les multiples facettes de sa demande.

Connaître la demande est certainement l’exigence la plus fondamentale pour un système de production dont la capacité de produire dépasse aujourd’hui largement la demande exprimée pour les biens matériels et qui, égaré par les pressions indues du grand capital, erre à l’aveuglette quand il s’agit de satisfaire les besoins en services, santé, éducation, loisirs, etc.

Connaître la demande n’est pas si simple.  Car pour en avoir une vision approximative, il y a divers indicateurs bien connus qu’on ne se privera pas d’utiliser, mais quand on veut tenter un ajustement précis de la production à la consommation – et non l’inverse, comme maintenant – on doit se rapprocher des transactions réelles.   C’est cette connaissance PRÉCISE, non seulement des patrons de consommation, mais des comportements des consommateurs individuels, qui est la condition sine qua non de la mise en place d’un système de production qui optimise la satisfaction.

Connaître la demande précise des consommateurs est un énorme défi. La prévoir avec assez d’anticipation pour la satisfaire en est un autre.  Enfin, dans une structure modulaire entrepreneuriale où les intervenants se multiplient au rythme où il est nécessaire de la fragmenter pour optimiser la motivation à produire efficacement, il y a aussi une demande intermédiaire de plus en plus complexe et en mutation constante qui doit recevoir l’information adéquate.

Ce n’est donc pas seulement la demande finale qu’il faut connaître, mais la consommation intermédiaire. Il faut produire ce que le consommateur réclame, mais aussi ce qu’il ne réclame pas – ce dont il ignore même l’existence ! – mais qui doit être produit d’abord pour permettre de produire ensuite ce qu’il veut. Et il ne faut pas se leurrer et croire qu’une « main invisible » optimisera le processus; vrai que les individus et donc le  marché s’adaptent à la demande, mais à la demande actuelle ou à l’horizon qu’ils peuvent voir… L’adaptation est lente et le temps où l’on s’adapte, on souffre…

Seule une planification qui prévoit au-delà de l’horizon peut réduire le délai d’adaptation et une société hédoniste le fera.  Seul l’État peut apporter efficacement cette prescience de ce que la société voudra. Connaître la demande de consommation est essentiel et il ne faut pas reculer devant l’intervention accrue de l’État ou la complexité apparente des mécanismes à mettre en place pour disposer de toute l’information requise.

Des mécanismes divers, aussi ingénieux qu’il le faudra et complémentaires, car les procédés pour parvenir à cette connaissance ne sont pas les mêmes quand on parle de produits agricoles, de cours de philo ou de centrales nucléaires…  Identifier la demande est un défi distinct dans chaque secteur de l’économie.

Pierre JC Allard

2 pensées sur “La demande hédoniste

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    5 octobre 2011 à 11 11 34 103410
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    Passionnant article et passionnant blog, que je vais lire avec attention dans les prochaines semaines.
    Tout à fait d’accord avec votre analyse lumineuse, je me permet d’apporter un commentaire et un bémol.

    Mon commentaire : l’offre domine par la publicité ET le lobbying. Il me semble que beaucoup de nouvelles normes, faussement adoptées au nom de la sécurité ou de l’environnement, n’ont d’autres buts que de créer de nouveaux besoins plus ou moins artificiels. (Si on avait dit aux écolos des années 70, qu’un jour l’écologie servirait de prétexte pour inciter à changer plus vite de voiture, je pense qu’ils se seraient arrachés leurs (longs) cheveux.) Propagande et lobbying se conjuguent dans le pire de ce que produit notre système, l’industrie de la guerre permanente.

    Après, je suis réservé sur « l’Etat ». D’une certaine manière, on a déjà donné, avec l’URSS…. En France (d’où je vous écris) on a eu une économie semi-administrée qui a pas mal fonctionné pendant 50 ans, mais avec beaucoup d’errements (choix du tout-nucléaire et désinformation sur la sécurité, contrôle aussi déficient qu’ailleurs de l’industrie pharmaceutique, entretien d’un mini complexe militaro-industriel qui a une grosse influence médiatique et politique…)

    J’ai envie de dire l’Etat, oui, si l’Etat, c’est nous, vraiment.
    Ni un Etat lointain, centralisé et corrompu, ni de grandes firmes bureaucratiques, avides et corruptrices ne devraient décider de ce que l’on produit – c’est à dire, au final, ce que l’Homme fait sur la Terre.

    Je place beaucoup d’espoirs dans l’émergence d’une intelligence collective et d’une démocratie véritable via Internet : la fiabilité toujours croissante de Wikipedia, le processus constitutionnel participatif en Islande, les « révolutions facebook » dans le monde arabe sont autant d’espoirs de la « nouvelle société » que nous désirons tant.

    A bientôt,
    Samuel Gion

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    5 octobre 2011 à 13 01 32 103210
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    Je suis d’accord sur tout… et je ne peux donc que vous remercier de votre commentaire sans chercher a y ajouter mon grain de sel

    pjca

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