la drogue, ce tabou

 

En France, nombreux sont ceux qui demandent la dépénalisation du cannabis et récemment, Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale à jeté un pavé dans la mare, provoquant une polémique, infructueuse, une fois de plus.

Le premier ministre a tout de suite éteint l’incendie, et l’incident est donc clos. lien

On se souvient que le 5 juin 2012 sur l’antenne de RMC, Cécile Duflot, ministre de l’égalité des territoires et du logement, avait rappelé qu’elle et son parti étaient toujours favorables à la dépénalisation du cannabis. lien

Ajoutant « je sais que ce n’est pas la position du gouvernement », elle préconisait cette solution « afin d’en faire baisser le trafic, et d’avoir une politique de santé publique ».

Tout vient d’une grossière hypocrisie qui veut mettre d’un côté les drogues légales, et de l’autre celles qui ne le sont pas.

En effet, l’alcool et le tabac ne sont rien d’autre que des drogues, avec seule différence qu’elles sont autorisées.

La définition du mot drogue est pourtant claire : « composé chimique, biochimique ou naturel, capable d’altérer une ou plusieurs activités neuronales et/ou de perturber les communications neuronales ». lien

Or, l’alcool ou le tabac ne répondent-ils pas à cette définition ?

On se souvient qu’aux USA, entre 1920 et 1933, la loi Volstead avait fixé les règles qui donnaient un cadre à l’interdiction de vente et de consommation d’alcool. lien

Ce qui n’a rien empêché, mais qui, par contre, à fait grimper les prix, et enrichi la maffia.

C’est le même mécanisme qui se passe aujourd’hui avec la drogue concernant entre autres le cannabis : il permet un trafic illicite qui enrichit les réseaux maffieux, et d’après les experts, la drogue est devenue dans le monde le principal mode de financement du terrorisme.

C’est en tout cas la conclusion à laquelle est arrivé en 1994 Iqbal Hussain Rizvi, officier en chef de la lutte contre les stupéfiants d’Interpol. lien

Il faut savoir que la valeur du commerce mondial des drogues, représente, d’après le Bureau du contrôle et de la prévention du crime des Nations Unies, environ 400 milliards de dollars par an, même si le magazine « the Economist » ne l’estime qu’à 150 milliards.

Or, en ce qui concerne le cannabis, la valeur du produit est beaucoup plus modeste, et ce n’est que son interdiction qui en fait monter le prix.

Mais en 2007, la France a adopté la « tolérance zéro » en se basant sur le modèle américain.

La loi de 1970 punit d’une année de prison, celui qui détient de la drogue, et de 10 ans pour usage et détention.

Ce qui ne tient pas debout, car il faudrait mettre en prison des millions de personnes, puisqu’il est admis que dans notre pays, 4 millions de personnes fument du cannabis, 1,2 millions de français le consommant régulièrement, et plus de 500 000 en fumant tous les jours. lien

Déjà, en France, nos prisons surpeuplées ont déjà atteint un record historique avec déjà près de 70 000 incarcérés, (lien) et  sur 6 personnes emprisonnées, une l’est pour des motifs liés à la drogue, ce qui représente 8000 incarcérations par an, nombre en augmentation exponentielle. lien

Certains, pour crédibiliser l’interdiction du cannabis évoquent des atteintes à la santé de ceux qui en consomment, affirmant qu’il diminuerait les capacités de mémorisation et d’apprentissage, provoquant des hallucinations, anxiété, fatigue physique, difficulté de concentration, voire même humeur dépressive.

Récemment une étude néo-zélandaise, à prendre avec précaution selon l’addictologue Alain Rigaud, indique que le cannabis aurait un impact néfaste sur le QI des consommateurs, et qu’un homme de 38 ans, ayant régulièrement consommé de la marijuana pendant la puberté, perdrait jusqu’à 8 points de QI. lien

Pourtant d’autres prennent le contrepied, comme le docteur Guillermo Velasco, professeur à l’université Complutense de Madrid, et ses collègues, qui a affirmé début 2009 que le principe actif du cannabis agirait contre les tumeurs du cancer et la maladie d’Alzheimer.

Cette découverte publiée dans « le journal of clinical Investigation » se base sur le fait que le THC (tétrahydrocannabinol), principe actif dans la marijuana, pourrait résoudre la croissance des tumeurs cancéreuses. lien

Un autre scientifique, le docteur Joshua-Haim, du Meridian Institute for Aging de New Jersey a évalué l’effet du dronabinol (version synthétique du THC) sur 48 patients souffrant de la maladie d’Alzheimer, et a découvert qu’après un mois de traitement, les 2/3 des patients avaient amélioré leur mobilité, et que 100% des patients diagnostiqués comme anorexiques avaient retrouvé l’appétit, et repris du poids. lien

Déjà en 1997, le Docteur Ladislav Volicer avait observé de sérieuses améliorations de l’état de ses patients atteints de la maladie d’Alzheimer en utilisant le THC.

Les applications médicinales du cannabis ne datent pas d’hier, et des Chinois, aux Indous, en passant par les civilisations amérindiennes, tous ont largement utilisé le cannabis pour se soigner.

2737 avant notre ère, l’empereur Shen Nung expliquait déjà tous les bienfaits du cannabis, notamment pour soigner les rhumatismes, la goutte, les « absences mentales », le paludisme, le béribéri…

Plus tard, Hua T’o, un chirurgien célèbre et chinois l’utilisait comme anesthésiant, mélangeant vin et résine de cannabis.

Raphael Mechoulam, de l’université hébraïque de Jérusalem l’évoque comme médicament contre la lèpre, et comme vermifuge.

Le docteur Franjo Grotenhermen raconte dans ce long document de 176 pages toutes les applications connues, et moins connues, du cannabis depuis des siècles.

Mais d’autres pistes existent.

En 2009, un parlementaire californien, Tom Ammiano, plaidait pour la légalisation du cannabis afin d’atténuer les effets de la crise.

Ce marché, évalué à hauteur de 15 milliards de dollars par an, permettrait en autorisant la vente de cigarettes au chanvre, de faire rentrer dans les caisses de l’état, au moment ou selon un sondage, 40% des américains seraient favorables à la légalisation du cannabis. lien

Et début novembre 2010, la Californie a fini par lancer une campagne sur la légalisation  du cannabis, dans une campagne menée tambour battant sur le thème de « yes we cannabis », (lien) campagne qui s’est soldée par un échec relatif, puisque avec 44% de oui, elle n’a finalement pas abouti. lien

Le réel problème étant le contrôle du produit vendu, car si l’on veut bien se souvenir des pratiques concernant la vente de l’alcool, au moment de la prohibition, il circulait sous le manteau des produits dangereux, sans le moindre contrôle possible.

Il en va de même avec les drogues aujourd’hui interdites en France.

Une analyse portant sur l’une de celles-ci permettrait sans doute de découvrir que des produits autrement dangereux sont mélangés au produit d’origine, faisant courir un risque bien plus important aux consommateurs.

Pour en rester au chanvre, il ne faut pas oublier qu’il a aussi de multiples usages, notamment dans le bâtiment, puisqu’on en fait des briques très isolantes, (lien) et divers matériaux isolants, remplaçant efficacement, la laine de verre de plus en plus contestée. lien

Mais ce n’est pas tout, le chanvre permet la production d’une huile riche en oméga 3 et 6, (lien) et le papier produit avec du chanvre donne 4 à 5 fois plus de cellulose à l’hectare que l’exploitation du « bois à papier », en permettant un produit beaucoup plus résistant. lien

Mieux, il est une bonne alternative à l’amiante dans la fabrication de plaquettes de freins. lien

Sur la question alimentation, le chènevis (nom donné à la graine de chanvre) contient autant de protéine que le soja, tout en étant plus digeste, permettant de faire du lait, ou du tofu et de plus il a la faculté de constituer des immunoglobulines qui agissent comme anticorps pour combattre les maladies.

Ajoutons que ces graines sont tout à fait légales, à la différence des feuilles de chanvre, puisqu’il s’agit de chanvre « industriel » et non de celui qui a des propriétés psychotropes ou médicinales.

Les pousses de chènevis sont délicieuses en salade, et les graines moulues peuvent servir à la confection de toutes sortes de pâtisseries. lien

Nos voisins outre-quiévrain ont même lancé l’an dernier un « hamburger au cannabis ». lien

Alors il faudrait être logique et, soit interdire toutes les drogues, l’alcool, le tabac, tout comme le cannabis, ou alors tout autoriser, ce qui en permettrait un contrôle, et serait une source de revenus non négligeables pour l’état, ce qui par ces temps de crises tomberait plutôt bien.

Mais apparemment, ce n’est pas, ni pour ce nouveau gouvernement, ni pour le monde politique français, à l’ordre du jour. lien

Comme dit mon vieil ami africain : « même si le gnou mange l’herbe, elle continue de pousser ».

L’image illustrant l’article provient de «cannabissativa.com»

Merci aux internautes pour leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

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Une pensée sur “la drogue, ce tabou

  • avatar
    29 octobre 2012 à 9 09 37 103710
    Permalink

    L’un des obstacle a la légalisation du cannabis, provient surement des cie pharmaceutiques qui serait les premières a être affectées.

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