La drogue sous contrôle

06.12..02

La drogue sous contrôle


Nous avons parlé fréquemment sur ce site de cette colossale escroquerie qu’est la guerre à la drogue. Nous avons montré ce qu’elle cache ( La brèche), une duplicité qui n’est pas bête, mais qui force à se poser des questions. Est ce qu’on ne pourrait pas arriver au même résultat, de façon plus satisfaisante et beaucoup moins coûteuse, en utilisant simplement pour lutter contre la criminalité ordinaire – et contre la contestation, si celle-ci prend une forme délinquante – une fraction des ressources que l’on consacre aujourd’hui à jouer au cow-boy avec les trafiquants à travers le monde ?
Faut-il vraiment enrichir de 700 milliards par années les éléments les plus nauséabonds de la société ? Il faudrait trouver une alternative à la guerre à la drogue, car comment peut-on éviter cette question tout simple, que l’État n’a de toute façon aucun droit à venir dire à un adulte qu’il peut ou ne peut pas d’absorber une substance quelconque. De quoi je me mêle ? Qui en a décidé ainsi ? Pourquoi ? Il faut que soit légalisée la consommation de toutes les drogues.
Il ne s’agit pas de savoir si la drogue est bonne ou mauvaise pour la santé ; le tabac, l’alcool, le café ne sont pas bons pour la santé. La pollution qui sort des tuyaux d’échappement des centaines de millions de voitures qui circulent sur les routes n’est pas bonne pour la santé. Bien sûr, la drogue est essentiellement nocive et il faut prendre toutes les mesures possibles pour que n’y aient pas accès les mineurs et incapacités mentaux, mais quand on parle d’adultes, toute prohibition qui ne protège pas les droits d’autrui est intolérable.
Chaque individu majeur et sain d’esprit doit avoir le droit inviolable de consommer ce qu’il veut. Comment concilier ce droit avec la volonté sociale bien justifié que la drogue ne devienne pas un pilier de notre culture ? Comment éviter, surtout, quand on légalisera l’usage des drogues dites « dures », la diffusion intempestive de leur consommation au sein de la population, en simple réaction à la prohibition dont elles ont fait l’objet. Une diffusion d’autant plus pernicieuse qu’une assuétude peut être vite créée ?
On peut contrer ce phénomène, si on exige que quiconque veut acheter et consommer légalement ces drogues ­ essentiellement les opiacés – obtienne un permis à cet effet. Un permis qu’on lui accordera sans discussion, mais qui ne lui permettra de s’en procurer que dans des boutiques de l’État et à la condition de les consommer sur place. Quiconque a son permis devrait pouvoir se présenter à une boutique de l’État et acheter la drogue qu’il veut, mais il ne doit pas quitter les lieux avant de l’avoir absorbée. La drogue ne doit pas circuler.
Évidemment, il est ennuyeux de devoir passer à la boutique pour se procurer une piqûre d’héroïne, mais le narcomane qui en a vraiment besoin ne reculera pas devant cet effort. Celui qui refusera cet effort, ce sera celui qui n’en n’a pas besoin. Celui qui veut essayer. Inutile de lui faciliter l’expérience.
La possession d’une drogue dure à l’extérieur d’un local prévu pour sa consommation ne devrait pas mener à une peine de prison, mais à une amende sévère. Celui qui payera 500 $ d’amende, parce qu’il ne s’est pas rendu à la boutique de l’État où il aurait pu obtenir sa dose pour deux dollars, y songera avant de refaire cette erreur.
Quiconque a son permis et veut un « fix » devrait pouvoir l’avoir immédiatement à crédit. On ne joue pas avec les dépendances. Il n’en aura pas un autre, cependant, avant d’avoir réglé son dû. Comme il s’agira d’un montant insignifiant, le seul qui ne pourra pas faire face à cette obligation sera celui que sa drogue aura amené à un état de turpitude tel, qu’il ne peut plus disposer du moindre revenu.
Celui qui se présente à une boutique sans avoir le prix de ce qu’il a déjà consommé et en redemande n’est plus fonctionnel. Il est devenu un danger social. Son manque est donc satisfait sur le champ, mais il est aussi mis sous arrêt et envoyé immédiatement en centre de désintoxication. L’ordre de cours pour sa cure fermée est automatique et il n’y a pas d’exceptions.
Il ne sera pas en milieu hostile, car quiconque en fait la demande doit pouvoir aussi être admis de son plein gré et gratuitement en centre de désintoxication, d’où il doit simplement accepter à l’entrée qu’il ne recevra son congé que lorsque, de l’avis des experts du centre, il sera désintoxiqué. Assez libre de sa dépendance pour faire un libre choix.
Celui qui y est assigné par la loi, comme celui qui va de son propre gré en désintoxication, en sort libre. Rien ne l’empêche de recommencer le lendemain, mais il aura eu sa chance…. et au besoin, il en aura d’autres. Meme s’il le fait cinq fois, dix fois, cent fois, il sera un fardeau pour la société, mais ce fardeau sera bien plus léger que celui de maintenir en place les forces policières requises pour tenter vainement de l’empêcher de consommer Et on aura substitué la liberté et la notion d’aide à l’intrusion de l’État et aux prohibitions.
En parallele à cette démarche d’accès contrôlé à la drogue – et de réhabilitation forcée dans les cas extrêmes – il faut mettre en place une politique d’information. Mettre en placea, aussi et surtou, une politique de conditionnement pour inculquer aux enfants, dès leur plus jeune âge, un profond dégoût de la drogue. Conditionnement ? Ne jouons pas les vierges offensées ; toute éducation est un conditionnement.
En légalisant toutes les drogues, mais en ne permettant l’usage des drogues « dures » que sous controle, dans un cadre où le plein consentement de l’usager à en accepter les effets nocifs ne fait aucun doute, on fait tout ce qui est acceptable pour que le nombre reste gérable de ceux qui ont besoin d’une béquille pour vivre, mais on respecte la liberté individuelle.
Cette liberté n’est pas négociable. Personne n’a le droit de disputer à un autre être humain la béquille dont il veut s’aider pour faire face à sa condition humaine.
Pierre JC Allard

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