La Fed fait l’autruche face à l’inflation

L’inflation ne touche pas que les pays à forte croissance des économies émergentes tout en y faisant des dégâts auprès de leurs citoyens disposant – par définition – de bas revenus. Elle fait également des siennes aux Etats-Unis – responsables de l’avoir stimulé par leurs rounds successifs d’injections de liquidités – en y renchérissant le coût de la vie. C’est ainsi que les prix de la viande et des produits laitiers ont, par exemple, respectivement augmenté de 5.5 et de 3.7% par rapport à l’an dernier. De fait, le ministère de l’agriculture américain a rendu tout récemment un rapport où il estimait que le nombre de citoyens utilisant les tickets (subventionnés par l’Etat) permettant d’acheter de la nourriture avait progressé de près de 15% en une année… Le patron de la Fed d’Atlanta évoquait la semaine dernière une « anxiété inflationniste » parmi le public et une audition de Bernanke devant le Congrès il y a quelques jours s’est résumée à des questions très précises et incisives des parlementaires au sujet des menaces inflationnistes.

Pourtant, la Président de la Réserve Fédérale – tout comme ses collègues des autres banques centrales Occidentales – est toujours persuadé que cette élévation des tarifs alimentaires et énergétiques ne se répercutera pas sur le niveau de vie global des citoyens, c’est-à-dire ne contaminera pas les autres secteurs. En réalité, Bernanke effectue un calcul vicieux et malsain dans le sens où il mise particulièrement sur des salaires américains moyens stables qui n’auront donc pas d’impact à la hausse sur l’indice général de l’inflation aux USA. Son raisonnement est que les salariés US ne seront nullement en mesure d’exiger des augmentations à leurs employeurs dans un contexte où le chômage reste autour de 9%… Effectivement, le coût horaire moyen du travail aux Etats-Unis n’a-il pas baissé de l’ordre de 2% en une année? Autrement dit, s’il est évident que les consommateurs et salariés moyens sont livrés à eux-même, il n’y a aucune urgence à interrompre les baisses de taux quantitatives même si la Réserve Fédérale US a pour mandat – contrairement à la BCE par exemple – de promouvoir en outre le plein emploi.

Néanmoins, comme la croissance US sera vraisemblablement autour de 3 à 3.5% en 2011, elle ne viendra pas sans son lot de pressions inflationnistes que Bernanke ne pourra éternellement ignorer. Par ailleurs, les débats font rage aux Etats-Unis quant aux modifications structurelles apportée par la crise financière sur l’économie nationale. Selon les tenants de cette théorie, la crise aurait en effet changé la dynamique de l’inflation aux USA dans la mesure où un chômage relativement important pourrait fort bien s’accommoder d’un taux d’inflation de 5 à 7%…

Une pensée sur “La Fed fait l’autruche face à l’inflation

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    14 février 2011 à 13 01 32 02322
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    « Pourtant, la Président de la Réserve Fédérale – tout comme ses collègues des autres banques centrales Occidentales – est toujours persuadé que cette élévation des tarifs alimentaires et énergétiques ne se répercutera pas sur le niveau de vie global des citoyens, c’est-à-dire ne contaminera pas les autres secteurs. »

    C’est ça la logique financière: On peut monter le prix du beurre sans problème, à la condition de baisser le prix des raquettes de tennis. L’équilibre financier l’exige.

    Excellent!! Ouf! On ne pourra plus acheter de beurre mais le prix des « battes de baseball » resteront au niveau actuel. Quel est l’américain qui y trouvera à redire?

    Mais, à bien y penser: n’est-ce pas un danger latent pour les autorités, cette accession facile aux « battes de baseball »??

    Amicalement

    Elie l’Artiste

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