« La Grande fraude » selon le commissaire divisionnaire Gayraud

LE YETI  Fumasse, le commissaire divisionnaire Jean-François Gayraud. Au point de le faire savoir par voie éditoriale à travers un rapport de police circonstancié : « La Grande Fraude ».

Comprenez, une entourloupe de cet acabit, ça ne pouvait par dormir sur l’étagère poussiéreuse d’une armoire de commissariat.

Au fait, de quelle entourloupe s’agit-il ? Facile, c’est écrit dans le sous-titre du bouquin :

« Crime, subprimes et crises financières »

Vous avez bien lu : « crime ». Il n’y va pas par quatre chemins, notre commissaire. Et il insiste :

« Toutes les crises financières ont une origine criminelle. »

Dérégulation « criminogène »

La crise actuelle, poursuit notre obstiné pandore, débute dans les années 80 avec la faillite des caisses d’épargne américaines. Faillites frauduleuses « aussi systémiques que systématiques » qui permettent la mise en place d’une nouvelle organisation basée sur la titrisation (en gros le tour de passe-passe qui consiste à transformer des reconnaissances de dettes non soldées en actifs financiers).

Le résultat de la manœuvre, on le connaît : la fameuse crise des subprimes et le fait qu’aujourd’hui l’immense majorité des actifs financiers présentés par les banques soit pourrie de chez pourrie.

Le vocabulaire du commissaire divisionnaire Gayraud est fleuri, allant des prêts hypothécaires « prédateurs », à la dérégulation « criminogène », en passant par les « pillages » éhontés opérés par de véritables « mafias ».

Bon, celles-ci finissent bien par dépasser trop visiblement la mesure. Mais là, pas grave, se contentent de sacrifier quelques fusibles (Madoff) ou boucs émissaires (un ou deux traders par ci, par là).

Complicités politiques

Jean-François Gayraud n’épargne pas la responsabilité des politiques :

« Pourquoi y a-t-il eu dérégulation ? Parce qu’il y a eu des lois qui ont été votées en ce sens. » (Interview à TV5 Monde)

Selon notre commissaire, les politiques américains sont totalement soumis aux diktats des lobbies financiers au point que la politique américaine, fût-elle confiée à un Barack Obama, se joue désormais à Wall Street.

Jean-François Gayraud est un peu plus tendre pour le personnel politique européen, et tout particulièrement français. En France, avance-t-il peut-être un peu imprudemment, le système bancaire est beaucoup plus contrôlé et régulé qu’outre Atlantique.

Crimes et pas de châtiments ?

Ah bon ? Mais contrôlé par qui et pour qui ? Nous suggérons à l’honorable commissaire de poursuivre son enquête en se penchant – tiens au hasard – sur les sources financières qui alimentent aujourd’hui nos chers partis politiques de pouvoir. De l’UMP au Parti socialiste.

Le site Mediapart vient de publier la liste des 544 plus généreux donateurs de l’Ump pour l’année 2007. Sur les 544 membres du Premier Cercle de juin 2007, 147 appartiennent au monde de la haute finance : banques Goldman Sachs, Rotschild, Lazard, HSBC, Lehman Brothers, plus quelques « hedge funds » pour faire bonne mesure…

Un petit tour vers les caisses du PS, maintenant, pour voir ?

Il y a une chose qui n’appartient pas à la sphère de compétences de notre commissaire divisionnaire : la traduction en justice de ceux qui ont commis ou laissé commettre ces « crimes » (en clair, on appelle ça des « criminels »). Qui pour flanquer enfin au trou ces criminels et leurs complices ?

LE YETI

INFOS PRATIQUES
La Grande Fraude
De Jean-François Gayraud

Ed. Odile Jacob – 262p. – 22,90€

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