La guerre des monnaies est imposée par la Chine

Après une croissance de 10.3% en 2010, la Chine projette de voir son P.I.B. progresser de l’ordre de 9% cette année et elle se donnera tous les moyens pour y parvenir. A cet égard, comme les nouveaux investissements à l’intérieur même du territoire chinois seront évidemment déterminants dans la réalisation de cet objectif de croissance, la Chine n’entreprendra rien qui puisse brider trop substantiellement son système bancaire, grand pourvoyeur de liquidités à même d’autoriser cette croissance. C’est pourquoi les réglementations récemment imposées par la banque centrale chinoise à ses banques visant à restreindre et à encadrer les crédits accordés aux privés et aux entreprises seront, en temps voulu, assouplies ou modulées en fonction de l’évolution de la croissance dans le pays. Ces quotas seront vraisemblablement revus à la hausse à moins que de nouveaux financements destinés à l’économie ne soient tout bonnement consentis « hors bilan » par les établissements financiers… Bref, après 2009 et 2010 qui furent des années fastes du point de vue de l’investissement, les responsables chinois persévèreront en 2011 sur cette voie afin de stimuler la consommation de leurs ménages tout en accumulant les excédents commerciaux et ce en dépit de ceux qui mettraient – souvent à juste titre – en doute la qualité de cette croissance.

C’est pourquoi la tension, souvent extrême, sur le front des échanges commerciaux internationaux n’est pas appelée à s’atténuer en 2011 tout comme la tentation de la part de certains pays de canaliser, voire de manipuler, le niveau de leur monnaie ne s’amenuisera pas. Une mise en garde formelle vient ainsi d’être adressée par le F.M.I. qui appelle à des règles de bonne conduite en matière de contrôle du flux des capitaux tout en insistant sur l’influence – potentiellement dévastatrice pour l’économie globale – de telles manipulations. Et pour cause puisque, après la Corée du Sud, voici le Brésil qui vient d’imposer des restrictions sur les ventes à découvert de Dollar tout en intervenant assez massivement sur les marchés afin de freiner l’appréciation du Réal. Cette contagion atteint aujourd’hui ceux des pays dont on se doutait le moins qu’ils puissent un jour faire partie du club des interventionnistes puisque le Chili vient à son tour de déclarer la « guerre des devises », mettant ainsi en garde les marchés en confirmant l’injection de 12 milliards de Dollars en vue de contrer la fermeté de son Pesos et d’aider ses exportations…

En réalité, ces nations « émergentes » ou bénéficiant d’un fort développement sont contraintes par la Chine à adopter de telles postures. La Chine refuse en effet de jouer le jeu: sa devise ne s’est-elle ainsi pas dépréciée de 17% en une dizaine de jours et n’est-elle pas aujourd’hui tout au plus à peine 3% plus ferme que l’été dernier quand les autorités chinoises avaient déclaré à grand fracas qu’elles se décideraient enfin à raffermir le Yuan? Comment des pays comme la Corée ou le Brésil peuvent-ils espérer se mesurer à armes égales contre un concurrent majeur comme la Chine autrement qu’en usant des mêmes artifices monétaires? En effet, une conjoncture Occidentale de croissance anémique et une consommation US et Européenne à la traîne forcent ces pays en développement à se partager une part de gâteau en peau de chagrin et donc à faire appel à toutes sortes de stratagèmes afin de protéger leurs parts de marché vis-à-vis du grand prédateur chinois.

Les interventions sur le marché des Changes sont donc condamnées à se perpétrer tout au long de cette année sachant que les pays qui en feront usage prétendront qu’ils le font afin de défendre leurs intérêts vitaux tout en blâmant les autres pays de concurrence déloyale… Pendant ce temps, les blocs économiques faisant peu ou pas du tout appel à ces techniques interventionnistes – comme les Etats-Unis mais surtout l’Union Européenne – n’auront d’autre choix que de laisser leur demande intérieure se dégrader afin de soulager leurs déséquilibres commerciaux. Quoiqu’il en soit, la guerre commerciale et des monnaies est loin d’être réglée.

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