La location universelle

Louer permet d’optimiser entre plusieurs utilisateurs le temps d’utilisation d’un bien, mais aussi de renvoyer la maintenance vers qui est le plus apte à l’assumer. Dans le secteur des véhicules automobiles, la location à long terme tend de plus en plus à remplacer l’achat. Même phénomène pour les ordinateurs, avec un peu de retard, mais autant d’enthousiasme. Ce qui est déjà en marche sur le marché des voitures et des ordinateurs peut être appliqué à TOUS les biens semi-durables.

Ce qui limite aujourd’hui l’universalisation de cette approche locative, ce sont les exigences du crédit et l’incertitude du commerçant quant à la durée de vie utile de ce qu’il vend, deux facteurs qui l’obligent, le premier à exiger un paiement initial qui n’optimise pas la demande effective et, le second, à exiger des paiements mensuels alourdis d’une prime de risque qui les rend trop onéreux. Dans une Nouvelle Société, ces contraintes n’existent plus.

Le locateur peut toujours exiger un montant initial au moment de la location, mais il n’a plus aucune raison de le faire, puisque le contrat de location lie le locataire pour la durée de son engagement et que l’État, par le biais du CNAA, se porte garant du respect de ce contrat, quelle qu’en soit la durée. Les montants à payer sont prélevés directement du revenu garanti du locataire comme ils le seraient du revenu d’un acheteur et versés directement par la Banque de l’État au compte du locateur. Il n’y a plus de risque significatif inhérent à la location.

Si tout ceci ne suffisait pas à le rassurer, le locateur doit considérer les autres avantages que lui offre une Nouvelle Société. D’abord le crédit disponible de chacun est parfaitement connu, divulgué avec sa permission à ceux comme ses créanciers, qui ont un intérêt à le connaître, et garanti par l’État à la hauteur d’un facteur connu de son revenu garanti. En cas rarissimes de conflit, tout jugement comporte une saisie de plein droit des actifs du débiteur au profit de ses créanciers, l’insolvabilité entraîne la mise en curatelle immédiate et la faillite n’existe pas.

Quant à l’incertitude concernant la vie utile des bien semi-durables, il faut ici tourner la table. C’est justement pour inciter le fabricant à fabriquer des choses qui durent qu’on préfère qu’elles soient louées plutôt que vendues. Celui qui ne voudra pas louer sera soupçonné, souvent à bon droit, de ne pas vouloir produire des biens qui durent vraiment. On surveillera avec une grande vigilance ses réserves lui permettant de dédommager les acheteurs si les biens ne durent pas le temps minimal que fixe la loi. On ne l’empêchera pas de vendre – une Nouvelle Société n’aime pas les prohibitions – mais il est bien probable que sa position concurrentielle se dégradera rapidement face à ceux qui accepteront de louer.

Le fabricant pourra louer directement au consommateur et certains le feront, mais généralement ce sont des revendeurs/commerçants qui assureront ce service. Que le fabricant lui-même en prenne l’initiative ou que ce soit un intermédiaire qui le fasse, les avantages de la location sur la vente font que la consommation de biens semi-durables prendra vite la forme d’un réseau de location universel.

Tout bien semi-durable, c’est-à-dire dont on peut tirer des services pendant trois (3) ans ou plus, tendra à ne plus être acheté mais loué.C’est un service qui sera offert et c’est la satisfaction du besoin qui sera
gérée.

La gestion de la satisfaction du besoin ira de paire avec la rationalisation de la gestion du parc des équipements eux-mêmes. Dans un système de production où les biens sont faits pour durer, le marché de la location consiste de plus en plus en biens usagés plutôt qu’en biens neufs. Prenons l’exemple du marché de l’automobile, avec lequel tout le monde est familier, tout en nous souvenant que la même logique s’applique à tous les biens semi-durables.

Quand on construit les voitures pour qu’elles durent et que la question de solvabilité du client ne se pose plus, le marché de la location d’automobile se transforme de deux (2) façons. D’abord, au lieu de deux (2) types seulement de contrats – à court terme (renting) ou à long terme (leasing) – les exigences de la concurrence font qu’on offre désormais une infinité de contrats de durée variable. Ensuite, la location d’un véhicule usagé n’est plus une rare aubaine, mais la transaction la plus courante. La structure des prix de location doit refléter cette double innovation.

Les prix de location varient donc selon l’âge du véhicule loué, la logique étant que la valeur locative du produit qui devient de plus en plus usagé avec le passage du temps diminue d’autant selon l’offre et la demande pour de tels produits usagés. Les taux, toutes autres choses étant égales, sont donc réajustés chaque mois selon l’âge du véhicule. Celui qui loue une voiture « neuve » paye normalement une prime liée à la perte de valeur qu’elle subit quand elle a déjà servi, ne serait-ce qu’une fois. Il a donc intérêt à amortir cette prime sur un contrat de location à plus long terme, mais il n’y est pas tenu.

Ce cas mis à part, celui qui loue pour une journée ou une semaine une voiture qui n’est pas « neuve » paye le taux en vigueur pour cette voiture, tenant compte de son âge en mois. Si la voiture est louée pour une période plus longue, la logique d’un taux dégressif s’applique, même si, par souci de commodité, on calcule la moyenne de ces taux dégressifs et qu’on applique au client un même taux mensuel sur toute la période.

Le taux appliqué est alors égal à cette moyenne, mais bonifié pour tenir compte de l’avantage du locateur qui, durant la durée de ce contrat à long terme, n’aura plus à passer de multiples petits contrats dont le coût administratif n’est pas nul. Le coût mensuel de location, pour un même bien, varie donc selon l’âge du véhicule, mais aussi selon la durée de l’engagement.

Pierre JC Allard

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