La malédiction des Fils du Vent

Chacun sait les souffrances que le peuple Juif a subi, mais on connait moins les persécutions dont souffre le peuple Tsigane.

Qu’ils s’appellent Manouches, Tziganes, Gitans, Roms, Sintis, Bohémiens, Gypsys, Romanichels… ils sont tous issus d’un même peuple, les Tsiganes, dixit Hérodote. lien

1800 ans avant notre ère, l’Inde du Nord était envahie par différents groupes, tels les Perses, Celtes, Ligures et Germains, la civilisation aryenne succédant à la civilisation dravidienne, et les Tsiganes pourraient être des dravidiens qui s’étaient approprié des caractéristiques de la civilisation aryenne, où le cheval et la forge prédominaient, mais aussi sa grammaire et son vocabulaire, la langue tsigane, le Rom, proche entre autres, du sanskrit. lien

Le peuple Dravidien serait arrivé aux Indes il y a 11 500 ans, après avoir échappé à un cataclysme qui aurait englouti leurs terres dans l’Océan Indien, puis aurait été persécuté par les Aryens. lien

Mais revenons à nos Tsiganes.

Ils se divisent en trois groupes : les Roms, les Manouches et les Gitans.

Ces éternels persécutés seraient 80 millions vivants en Europe, suite à 2 exodes : les Kastriyas indiens vers le 9ème siècle, les Rajputs avant la fin du 13ème siècle.

Ensemble, ils ont donné les Romane Chave se dispersant à partir de l’empire Byzantin à travers l’Europe : les Romane Chave du Nord au 14ème siècle et ceux du sud au 15ème et 16ème siècle.

Les 20 millions de Tsiganes vivant en Amérique du Nord ou du Sud seraient les descendants des Romane Chave du 4ème exode.

L’exode des Sinti serait du à la famine de 2 tribus indiennes, les Got et les Kork, qui les aurait conduits entre le Tigre et l’Euphrate, mais aussi en Arménie et en Iran.

Ils ont leur drapeau, bleu et vert, avec une roue de couleur rouge (lien) et leur hymne « Djelem, djelem  » écrit d’après une chanson populaire tzigane par Jargo Jovanovic. lien

Le mot Tsigane viendrait du grec athinganos, « celui qui ne veut pas toucher ni être touché ».

On les trouve aux 4 coins du monde, du Canada à l’Australie, en passant par l’Afrique du Sud.

Quand aux Bohémiens, c’est au 15ème siècle, lorsqu’ils traversèrent la Bohême que le roi Sigismond de Bohême leur offrit des lettres de protection, et leur donna ce nom.

Les Roms sont souvent chaudronniers, doreurs, rétameurs, et leurs femmes, vêtues de longues jupes multicolores tombant jusqu’aux pieds, portent un foulard noué sur la tête lorsqu’elles sont mariées.

Les débats font rage sur l’origine du mot Rom.

Pour Wikipedia, celà signifie « homme accompli et marié au sein de la communauté » (lien), mais d’autres affirment qu’il veut dire : « homme de basse caste » et que le D se serait transformé en R en passant du sanskrit à la langue romani (lien) ) à moins qu’il vienne du sanskrit Doma, qui signifierait « tribu nomade  », alors que pour d’autres Rom veut dire « époux », mais aussi « Homme », Roma s’appliquant à l’ensemble « homme et femme », romanichel en étant une déclinaison considérée comme péjorative.

On s’y perd un peu, mais ce qui est sur c’est que les mots « Roms » et « Roumanie » ne sont pas liés, puisque étymologiquement, le mot « roumain » dérive du latin « romanus ». lien

Les Manouches, cousins des Sintis, ont souvent séjourné en Allemagne, se distinguent par une moustache, voire une barbiche caractéristique. lien

Le mot Manouche viendrait du sanscrit manus signifiant « homme libre » ou du mot Mnouch qui signifie « homme ».

Forains, récupérateurs de ferraille, ils sont aussi souvent vanniers, musiciens, et nombre d’entre eux ont conservé leurs roulottes, les plus célèbres d’entre eux étant le génial Guitariste Django Reinhardt, Bouglione et Zavatta.

Et enfin les Gitans, dont l’Espagne est le lieu de prédilection, se présentent comme des éternels pénitents, condamnés à errer afin d’expier leurs péchés, restant fidèles au pèlerinage de St Jacques de Compostelle  ; ils sont de fervents chrétiens, même si l’Eglise leur ferme souvent ses portes. lien

Manitas de Plata est l’un d’entre eux. vidéo

Leur nom viendrait du mont Gype, dans le Péloponnèse, appelé « petite Egypte », et au 16ème siècle, on les trouvait dans toute l’Europe en leur faisant porter le nom d’Egyptiens.

Leur langue n’est pas l’espagnol, mais plutôt le catalan, comme le raconte dans son très beau livre Joseph Saadna, alias Mambo, « Nos altres Gitanos d’aqui  ». lien

La légende veut attribuer à une certaine Sara, à la peau sombre, l’origine du peuple Gitan.

Elle serait arrivée en Judée, sur un navire Egyptien, devenant servante de Marie Jacobé et Marie Salomé, tantes maternelles de Jésus, et lors de la disparition de celui-ci, elle aurait rejoint au dernier moment le voilier dans lequel ses maitresses venaient d’embarquer, avec mission d’évangéliser la Provence, pour s’échouer plus tard, sur les iles de Camargue.

Une autre version la voit campant avec sa tribu en pleine Camargue. Avertie miraculeusement, elle courut vers la mer, et se déshabillant, se laissa porter par sa robe, posée sur les vagues, afin de rejoindre la barque des « Saintes » (tantes maternelles de Jésus), lesquelles la baptisèrent. lien

Sara les aurait alors conduites au temple de « RA  » temple païen, lieu de pèlerinage de sa race, un peuple nomade d’Europe centrale, une tribu celto-ligure, installée depuis longtemps dans le delta marécageux du Rhône.

Ce temple devint un oratoire chrétien, sur lequel fut construite au 12ème siècle une église forteresse, lieu de pèlerinage célèbre et chaque 24 mai, les Gitans s’y regroupent pour célébrer Sara et ses deux saintes maitresses. vidéo

La persécution du peuple Tsigane menée par le chef de l’état (lien) n’est pas une nouveauté : des 2002, alors qu’il était ministre de l’intérieur, il les stigmatisait déjà. lien

Sur ce chapitre, il n’est pas inutile de rappeler que l’autocrate président a des origines hongroises et qu’il y avait un tréma sur le « o » de son nom (l’ajout de Nagy-Bocsa n’étant pas un titre de noblesse, mais seulement la possibilité offerte à son ancêtre de faire suivre son nom par celui de son village en échange de services rendus à l’empereur Ferdinand II de Habsbourg en 1628). lien

Certains vont encore plus loin, évoquant pour le chef de l’état une origine Rom.

C’est Joëlle Stolz, la correspondante à Vienne du journal « le Monde  » qui écrit le 18 aout 2010 : «  Ce voïvode (Rudolph Sarközi) peut-il avoir une lointaine parenté avec la famille hongroise de Nicolas Sarközi ? Qui sait ? se demande Rudolph Sarközi, (lien) porte parole des Roms d’Autriche, qui note que ce patronyme est typiquement rom : certains, dans un souci d’intégration, l’ont même abandonné de crainte d’être stigmatisé  ». lien

D’ailleurs, lors de son mariage, le rejeton de l’autocrate présidentiel notait bien sur sa fiche d’état civil un « tréma » sur le «  ». lien

Quand au « Y » qui a remplacé le « i », il ne semble pas justifié, puisqu’il n’était attribué qu’aux familles nobles. lien

Etrange télescopage de l’histoire, rappelant un certain dictateur nazi, voué entre autres, à l’extermination du peuple Juif (et Tsigane), finit par apprendre qu’il était d’origine juive, (lien) enfant caché d’une servante au service d’une famille bourgeoise Juive, les Frankenberger, le fils de cette famille ayant abusé d’elle. lien

Mais revenons à nos « gens du voyage ».

Sur le chapitre des persécutions, ils ont décroché la médaille d’or : au 16ème siècle, les anglais les ont chassé du pays en les condamnant à mort, en 1726, l’empereur Charles VI avait décrété que tous les hommes tsiganes devaient être pendus, et ordonné que l’on coupe les oreilles à leurs femmes et enfants afin de pouvoir les reconnaitre facilement au cas ou ils auraient l’audace de revenir.

En France, mais aussi en Allemagne, au Danemark et en Suède, c’était un sport de les chasser à l’aide de chiens.

Des 1899, un bureau central avait été crée pour lutter contre « les nuisances » des Tsiganes en Bavière, puis en 1922, ils faisaient l’objet d’un fichage systématique, et en 1929, le bureau central de lutte contre les Tsiganes s’installait à Munich.

En 1933 Hitler mit en place sa politique eugéniste, associant les Tsiganes aux malades mentaux, et asociaux, instaurant la stérilisation forcée, et interdisant les mariages mixtes et en 1935, les « lois de Nuremberg » classèrent les Tsiganes comme « racialement inférieurs », puis au moment des jeux olympiques de Berlin, la police arrêta tous ceux de la capitale ; ils seront battus et incarcérés en Allemagne, en Autriche et déportés par milliers dans les camps de concentration dès 1938, et furent soumis aux expériences pseudo médicales du sinistre Josef Mengele. lien

Les chiffres fluctuent concernant le nombre des disparus, allant de 23 000 à 800 000. lien

Aujourd’hui, les Tsiganes continuent à être persécutés, et malgré les protestations de Viviane Reding, commissaire à la justice européenne déclarant « je pensais que l’Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la seconde guerre mondiale  », et la désapprobation de José Manuel Barroso, l’autocrate présidentiel continue de les stigmatiser. lien

Comme l’écrit Alexandre Romanès, « nous installons notre petit chapiteau dans des villes très différentes les unes des autres. Quand nous sommes dans une ville pauvre, nous avons des contacts avec pleins de gens (…) un commissaire de police me suppliait de rester dans sa ville (…) quand nous installons le chapiteau dans les beaux quartiers, nous n’avons pas de contact avec la population. Comme dit ma fille de 14 ans « si les riches étaient heureux, ça se verrait sur leur visage » (lien) et comme dit mon vieil ami gitan : « ils construisent des murs, et ils détruisent le vent ».

Merci à Corinne Py et aux internautes pour leur aide efficace.

L’image illustrant l’article provient de « touchofart.eu »

Le tableau a été réalisé par Elzbieta Brozek

Les amateurs de Jazz Manouche en général et de Django en particulier pourront découvrir quelques documents passionnants. 1, 2, 3, 4, 5,

Article ancien :

Sarközi le Gitan

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