La pénurie d’essence est là… mais les médias restent discrets

plumedepresse en grève du zèle, édition spéciale.

Bien sûr, les informations circulent, mais les grands médias hésitent encore à en faire leurs gros titres : annoncer une pénurie ne peut avoir comme effet que de l’aggraver ! En ce sens, l’UMP ne pourra pas les taxer d’ « irresponsables », dernier élément de langage en vogue chez ses perroquets. Pourtant, la démarche est déontologiquement contestable : qu’aujourd’hui, des stations essence soient déjà à sec en de nombreux lieux est une information capitale pour analyser l’évolution actuelle du rapport de force dans le conflit social sur les retraites.  Et l’occulter – même s’ils ne le pourront pas bien longtemps ! – revient incontestablement à faire le jeu politique du gouvernement.

Le secrétaire d’Etat aux Transports est ainsi monté au créneau, comme le rapporte Boursier.com avec ce titre éloquent : Bussereau appelle les Français à ne pas se ruer sur les pompes à essence ! [Edit : le titre a changé pour devenir Les automobilistes appelés à… mais l’url atteste de la première version] La même information – une interview sur LCI -, est présentée bien différemment par Le Parisien : Bussereau écarte le risque d’une pénurie d’essence. En réalité, il fait les deux : « On a fait le point avec (le ministre de l’Ecologie) Jean-Louis Borloo, avec le Premier ministre et les collaborateurs du président de la République : nous avons ce qu’il faut pour au moins un mois. S’il n’y a plus d’achats de précaution, on a tout ce qu’il faut pour tenir. Je dis surtout aux automobilistes : n’allez pas remplir votre réservoir, ou remplir des stocks d’essence, vous n’en avez pas besoin. » Alors, rassuré ou pas ?

Avant de répondre, lisez quand même le rappel de la situation par Le Parisien : « Dix des douze raffineries de France sont actuellement affectées par les grèves contre la réforme des retraites et huit d’entre elles, représentant plus de 70% des capacités du secteur, sont à l’arrêt ou en cours d’arrêt, selon l’Union française des industries pétrolières (Ufip). En plus du mouvement sur les retraites, le géant Total, qui exploite la moitié des sites hexagonaux, subit le contre-coup de la grève des terminaux pétroliers de Fos-Lavéra (Bouches-du-Rhône), qui a contraint sa raffinerie de La Mède à stopper ses activités par manque de brut dès dimanche. » Une dépêche Reuters précise la menace : « Cela se radicalise de plus en plus. La remise en cause du mouvement ne se pose même plus », a déclaré à Reuters un délégué CGT à Grandpuits (Seine-Maritime). Sept raffineries sur 12 ont commencé à arrêter leur production.

Une seule raffinerie en France, celle de Port-Jérôme, en Seine-Maritime, fonctionnait encore normalement jeudi matin. Les salariés de la raffinerie LyondellBasell de Berre-L’Etang, rejoints par les salariés du port pétrolier de Marseille, bloquaient jeudi le plus grand dépôt pétrolier de la région, à Fos-sur-Mer, a-t-on appris de source syndicale. Les stocks des dépôts et des raffineries s’épuisent et les premières conséquences pour les automobilistes pourraient se faire sentir rapidement. » Mais La Dépêche reste prudente concernant la date à laquelle pourrait (ou pas) manquer l’essence : « Le risque de pénurie de carburant pourrait se profiler la semaine prochaine si le conflit contre la réforme des retraites se poursuit. Une chose est à peu près sûre : les prix vont augmenter en raison des importations. » A ce stade, nous avons déjà deux bonnes raisons de filer à la pompe faire le plein le plus vite possible : parce que le gouvernement dit qu’il ne faut pas le faire et parce que les tarifs vont grimper !

Ajoutons-en une troisième : localement, la pénurie a déjà commencé ! Nous avons recueilli des témoignages d’Auvergne, de Loire-Atlantique et d’Indre de stations-services à sec. La radio Europe 1 ajoute un élément crucial : « Selon les informations d’Europe 1, la pénurie gagne déjà la capitale, puisque la station Esso des Champs-Elysées devrait fermer sa pompe de gasoil à la mi-journée si elle n’est pas ravitaillée. Par ailleurs, selon Le Berry, plusieurs supermarchés du Cher ne proposent d’ores et déjà plus de gasoil. Au moins huit stations françaises sont en attente de livraison de gasoil, selon carbeo.com. » Dans les heures qui viennent, la pénurie va faire tâche d’huile, à n’en pas douter. Et l’auteur irresponsable de ce billet s’en félicite : puisque le gouvernement n’entend rien et maitient sa réforme antisociale, c’est lui qui prend les Français en otages ! Fera-t-il appel aux stocks pétroliers stratégiques de l’Union européenne (3 mois de réserve) ? Délogera-t-il les bloqueurs par la force ? A suivre.

Mise à jour : dans le 13 heures de France 2, pas de problème avant la semaine prochaine, voire avant un mois d’après le gouvernement. Pas un mot des stations déjà à sec.

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Une pensée sur “La pénurie d’essence est là… mais les médias restent discrets

  • avatar
    21 octobre 2010 à 9 09 06 100610
    Permalink

    Hier à Montreal, le prix de l’essence a grimpé d’un seul coup même si le prix du baril de pétrole est en chute.

    On est quand même parvenu à trouver un « spécialiste » pour expliquer, en onde, que c’était tout à fait « normal »parce que les consommateurs avaient bénificié, pendant quelques jours d’un prix inférieur à ce qu’il aurait dû être.

    Sauf que le prix « inférieur » en question n’avait jamais descendu.

    Le pris du baril de pétrole actuel est le même qu’à l’époque ou l’essence se vendait sous le prix de un dollard le litre.

    Pas possible que les gens ne réagissent pas plus.

    Le vol est tellement glagrant que le gouvernement a laissé entendre qu’il « pensait » à légiférer.

    Notre gouvernement « pense ». C’est assez extraordinaire! Vite que le pétrole monte à deux dollars qu’il puisse se mettre à agir!

    Bravo aux Français qui se révoltent devant les abus d’une autorité élitiste qui s’attribue des « droits divins » sur le peuple! Chez nous c’est St-Jean Baptiste, tout frisé, qui se croit investi de l’autorité divine et plusieurs commencent à en avoir marre. Mais on n’a personne demoins divin sous la main pour le remplacer. Si on mets « personne » au pouvoir, est-ce que c’est qu’on appelle l’anarchie???

    S’il faut accepter de passer par là pour déboucher leurs drains sanitaires psychologiques, alors….

    Je me demande si toutes les familles faisaient des provisions pour trois semaines et que personne n’aille au travail pendant une semaine si ce serait un avertissement suffisant???

    Amicalement

    André Lefebvre

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