La planification

La première chasse gardée de l’État en production est la planification. Pourquoi ? Parce qu’il est salutaire de donner une orientation aux efforts de la société. Il est normal dans une société que chacun tire à hue et à dia, mais il y a avantage à ce que l’ensemble des actions entreprises suive tout de même une ligne directrice, afin que ce ne soit pas seulement par essais et erreurs que l’effort collectif atteigne une certaine cohérence. On fait donc des plans…

Jadis, quand l’État proposait un plan, on ne lui demandait que de mettre à profit les connaissances plus vastes dont il disposait pour montrer la voie. Maintenant, la complexité de la production suggère de mettre en place une structure de complémentarité où l’entrepreneuriat occupera presque tout l’espace, ce qui exige une plus grande transparence, puisque la plus grande partie des décisions ponctuelles y seront prises non par l’État, mais par des entrepreneurs. Ils doivent savoir. Ils doivent comprendre.

Pour cela, un simple « plan » n’est plus suffisant, il doit être accompagné des données qui permettent à l’agent économique moyen, de bonne foi et raisonnablement intelligent, de se rendre compte du bien-fondé des recommandations qu’on lui fait. Le plan, quel qu’il soit, et toutes ses ramifications, doivent désormais être non seulement énoncés, mais explicités et justifiés, puisque c’est une multitude de décideurs qui devront y donner suite et qu’il ne s’agit pas de les y contraindre, mais de les en convaincre.

Le simple privilège d’orienter la production que conférait à l’État sa connaissance plus complète de l’ensemble des variables se transforme donc en une responsabilité de connaître tout ce qui peut être connu et d’en informer une population maintenant composée de décideurs. L’orientation donnée doit donc, désormais, refléter un consensus social. À l’arbitraire doit se substituer un faisceau de choix collectifs, dont chacun va exiger une forme de consultation des acteurs.

Il ne suffit plus que les intervenants soient d’accord, il faut qu’ils COMPRENNENT.  Sinon, même s’il y a accord sur les résultats souhaités, des désaccords surgiront quant aux moyens à utiliser. Il faut se donner la peine d’en arriver à un véritable consensus aussi sur les moyens.  On y parviendra si les producteurs ont accès à la même information que l’État et s’ils en font la même interprétation. La pierre d’achoppement, c’est l’ignorance.

Par-delà sa tâche de planifier – et de planifier en fonction d’un consensus – il y a donc une autre tâche pour l’État qui est de dissiper l’ignorance, améliorant sa connaissance des processus économiques et diffusant largement ce qu’elle aura appris. La première chasse gardée de l’État, la planification, doit s’élargir pour qu’on y joigne des activités de recherche et d’information. C’est à ce prix que l’orientation que fixe l’État fera consensus et sera respectée.

La responsabilité de planification de l’État va le conduire à mettre en place un système de cueillette de l’information, d’interprétation des données recueillies, de prévision et de projection de l’impact à N horizons des conclusions qu’on peut tirer de cette information. À l’information quantitative va s’ajouter une analyse qualitative fournie par une structure adéquate de recherche. Il va falloir que l’information devenant accessible, facilement intelligible, sa diffusion rapide et sa divulgation sans réserves.

L’objectif d’une meilleure cohérence de la production est aussi mieux atteint, si l’État n’offre plus seulement une planification initiale, même enrichie de ses composantes « recherche » et « information », mais aussi un soutien dynamique aux entrepreneurs qui les accompagne à toutes les étapes de la production. Cela signifie une structure étatique permanente de diffusion de l’information et que l’État complète sa planification ex-ante par une fonction continue de conseil. L’action de l’État va donc revêtir la forme d’une vaste gamme de services rendus aux entrepreneurs sous la rubrique « planification & information ».

Toute l’information publique doit être rendue disponible à tous. Elle doit d’abord se propager à tous les paliers de la production, car tous les travailleurs-entrepreneurs, à tous les niveaux, seront plus efficaces s’ils disposent de toute l’information requise pour se former une vision d’ensemble des objectifs. Elle doit ensuite être rendue accessible aussi à ceux qui ne sont pas déjà intégrés au processus de production en place, mais qui VOUDRAIENT produire.

Cette divulgation large est cruciale, car si l’État ne facilite l’information qu’à ceux qui ont déjà pignon sur rue, la production sera totalement contrôlée par les producteurs en place, chacun dans sa sphère d’activité, sans possibilité sérieuse pour quiconque de leur faire concurrence. Cette mainmise ne pourrait mener qu’a un ralentissement de l’implantation des technologies nouvelles, celle-ci se stabilisant au rythme qui optimise le profit des producteurs en activité plutôt que le bien des consommateurs et l’enrichissement de la société. L’individu tire une rente de la compétence qu’il acquiert ; il ne doit pas en tirer une de l’information qu’il possède.

L’information fournie au producteur doit l’aider à établir sa propre stratégie. Libre à lui de ne pas tenir compte de cette information car l’utilisation n’en est pas coercitive, mais peu écarteront d’une démonstration irréfutable, étayée par des faits et des chiffres, qu’une façon de faire est la meilleure. La majorité comprendront que les prévisions de l’État sont probablement les plus sûres et que, les politiques de l’État étant faites en fonction de ces prévisions, ne pas suivre la voie suggérée serait bien téméraire…

La plupart des entrepreneurs ajusteront VOLONTAIREMENT leur propre plan d’action à la planification proposée par l’État; en informant, on met d’accord ceux qui sont de bonne foi et dont les errements seraient venus d’une méconnaissance des processus. Quant à ceux qui sont de mauvaise foi, il sera plus facile de s’en prémunir quand celle-ci aura été ainsi rendue évidente.

L’entrepreneur reste libre, cependant ; certains prendront une voie contrariante. Si l’État a erré – ce qui arrivera parfois – celui qui aura eu raison envers et contre tous et même l’État en sera alors normalement récompensé par un succès à la mesure de sa perspicacité et de l’originalité de sa démarche. En attendant, son opiniâtreté aura permis que le consommateur garde toujours un maximum de choix.

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Pierre JC Allard

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