La production guidée

Le propriétaire devenu concessionnaire peut prendre les décisions qui lui plaisent quant à l’utilisation des sols, sous réserve de ne pas en changer la destination d’origine dont la DGAT a fait le constat en lui accordant sa concession. L’ONPA, toutefois, lui donnera des conseils et il aurait tout intérêt à les suivre, car elle s’y connaît mieux que lui.

Ce n’est pas que la problématique de l’utilisation des sols pour l’agriculture et élevage soit complexe : elle est simple. Considérant la demande et les prix relatifs des produits agraires ainsi que la capacité des sols, il faut consacrer à chaque production les espaces qui optimisent la satisfaction des besoins collectifs et le revenu de l’exploitant.

La difficulté traditionnelle, c’est que l’exploitant, à l’exception de la transnationale qui contrôle une monoculture, ne sait pas évaluer la demande et les prix et n’a d’ailleurs pas les renseignements nécessaires pour le faire. Il peut encore moins en prévoir les variations, non plus que celles des coûts de transports et autres éléments pertinents. Ce que l’exploitant ne sait pas faire, l’ONPA le sait.

L’ONPA d’une Nouvelle Société peut estimer la demande nationale et internationale. Il peut prévoir l’évolution des prix d’autant mieux qu’il contribue lui-même pour une bonne part à les établir sur le marché national et dispose des contacts pour suivre leur évolution sur les marchés mondiaux des denrées. L’ONPA dispose de l’expertise pour traduire son estimation de la demande pour les produits d’agriculture et d’élevage en une affectation idéale du sol aux divers types de culture et aux divers type d’élevage pour optimiser la rentabilité de la production.

Dans une Nouvelle Société, ces estimations de l’ONPA sont du domaine public et l’ONPA met à la disposition du producteur des conseillers pour le guider dans ses choix. Les messages et conseils de l’ONPA sont publiés, diffusés, expliqués aux exploitants par des conseillers, agronomes chevronnés. Pour le propriétaire devenu concessionnaire et qui exploite une terre qui lui appartenait, elles ne constituent pas des directives, mais des recommandations. Libre à lui de cultiver le trèfle là où pousseraient des asperges ou de laisser brouter ses chèvres sur des terres qui supporteraient une culture maraîchère. Il pourra vendre sa production à l’État ou la commercialiser lui-même, pour autant qu’il acquitte l’impôt sur la valeur fiscale qu’il a fixée à ses lots.

Évidemment, s’il fait tout à l’envers il fera moins de profit. C’est son droit. Si, toutefois, il méjuge de la valeur de son exploitation parce qu’il en tire peu de profit et lui fixe une valeur fiscale inférieure à sa valeur marchande, il risque bien que quelqu’un lui en offre le prix et en devienne acquéreur. Avec le temps, les terres dont l’affectation ne colle pas au plan optimisé de l’État et n’est pas efficace changeront de mains et seront utilisées ensuite de façon plus conforme. Parce que l’ONPA peut faire mieux, elle en arrivera à déterminer peu à peu l’usage des sols qui lui semble optimal.

Si l’ex-proprio préfère en renoncer à l’usage plutôt que d’en demeurer concessionnaire et d’en acquitter l’impôt sur le capital, c’est la DGAT qui détermine la nouvelle affectation des terres.. Elles ne sont concédées à un nouvel exploitant que sous condition contraignante de l’usage qu’il en fera. Même chose si un nouvel exploitant l’obtient contre valeur de l’ex-propriétaire devenu concessionnaire, mais que c’est l’ONPA qui lui prête la somme requise pour l’acquérir.

Le rôle de conseil de l’ONPA ne se limite pas à recommander les types de cultures à privilégier. Il y a aussi l’information qu’il diffuse par la distribution de brochures – et en continu sur Internet, en mode interactif – concernant, les engrais, les pesticides, la rotation des cultures, etc. Compte tenu de l’importance d’optimiser la production agricole et de la catastrophe financière que représente une épizootie, chaque producteur a toujours accès gratuitement aux services d’un vétérinaire et d’un agronome.

C’est l’exploitant qui choisit ces professionnels, mais leurs services sont rémunérés par l’ONPA qui en intègre le coût à sa structure de prix. Ils le sont selon le même principe de paiement par capitation qu’une Nouvelle Société utilise pour financer la Santé, l’Éducation et autres services, c’est-à-dire sans égard au temps d’intervention ni à la condition du sujet traité, mais en fonction d’un prix forfaitaire annuel. Ici, c’est un prix par hectare variant selon le type de culture ou par tête de bétail selon le type d’élevage.

L’ONPA a aussi un rôle de banquier, pour financer l’achat ou la location, par un producteur ou un groupe de producteurs, de l’équipement de pointe qui est la condition sine qua non de la rentabilité en agriculture/élevage. L’ONPA peut le faire, parce qu’il contrôle toutes les variables qui garantissent le remboursement du prêt. La récolte du producteur sera achetée par l’ONPA à un prix qui en garantit la rentabilité, le remboursement dû sur la somme qu’on lui a prêtée pour son fonds de roulement initial sera prélevé à la source du prix payé pour sa récolte et n’en représentera jamais plus de 10%.

La récolte sera pleinement assurée contre tous les risques. L’OPNA joue ce rôle d’assureur, même contre les risques liés aux intempéries et aux cas de force majeure que les compagnies d’assurances traditionnelles hésitent à couvrir : inondations, séismes, etc. L’ONPA peut le faire, parce que l’État lui en fournit les fonds au besoin, s’autorisant de la solidarité qui est le ciment d’une société pour privilégier la dimension sociale plutôt que la stricte rentabilité de chaque opération.

L’avantage pour l’agriculteur de cette production guidée est évident. Il peut emprunter ce dont il a besoin directement de l’ONPA, sur la seule garantie de sa crédibilité de concessionnaire exploitant et du contrat de vente de sa récolte à l’ONPA. Finis, pour lui, les problèmes de financement ; il n’a plus qu’a faire son boulot : produire.

Pierre JC Allard

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