La RACJ… et la fierté

Flickr: Matt Biddulph
Flickr: Matt Biddulph

Comme je voyage beaucoup dans des pays où ce genre de questions est posé, on me demande souvent si je suis fier d’être Québécois. C’est une question rhétorique et qui n’engage à rien, comme « Comment allez-vous », prétexte pour vous faire flagorner votre bled natal et en tirer l’excuse pour vous vanter le sien. Évidemment, on dit toujours oui, mais la prochaine fois je vais dire non. Pas cette semaine. Je ne suis pas fier et je ne le serai pas avant qu’on ait changé des choses.

Je ne puis pas me dire fier d’un pays où une Société d’État, dans le cours de ses opérations, fait de la fausse représentation, du vol de droit d’auteur et dépose un document à la Cour avec l’intention de tromper. Yves Boisvert de Cyberpresse nous dit que c’est grave. Il est bien pudique; je crois que c’est criminel.

Des fonctionnaires responsables d’une Société d’État ont été parties à la commission d’un acte criminel. Je me dirai fier du Québec quand on aura corrigé les renseignements qu’on a donnés à la justice pour l’induire en erreur. Quand on aura réparé les préjudices causés. Quand on aura puni les coupables.

Que s’est-il passé ? La Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) charge Yves Boisvert – pas le journaliste, mais son homonyme, responsable du laboratoire d’éthique publique de l’INRS – de préparer une étude sur les loteries vidéo et le jeu compulsif. Celui-ci s’adjoint trois autres universitaires: Yves Bélanger, Élisabeth Papineau et Harold Vétéré. Ils font et remettent leur rapport. Tout baigne.

Tout baigne, mais la RACJ n’aime pas les conclusions du rapport dont il apparaît, manque de pot, qu’il devra sans doute être versé au dossier d’un recours collectif intenté par les joueurs pathologiques contre Loto-Québec. Beaucoup de fric en jeu… Angst. Que faire ?

Dans un pays sous régime de droit et d’éthique, on respecterait le rapport présenté, en tentant peut-être de le contredire. Dans un pays sous régime de magouille – disons régime de bananes, pour être délicat – il y a une autre option.  On remplace le rapport qu’on n’aime pas par un rapport qu’on aime – le premier, tout simplement, mais amputé de ce qu’on n’aime pas ! – et on produit ce deuxième rapport au tribunal. TRES indélicat.

On produit le rapport tronqué, changeant simplement le titre sur la page couverture. Au lieu d’une étude sur la gestion des appareils de loterie vidéo mettant en lumière la responsabilité de l’État québécois en matière de jeu pathologique, il ne reste qu’un “Rapport sur la gestion des appareils de loterie video”… qui est essentiellement une analyse de sondage. Et voilà!

Un petit subterfuge qui protège les milliards qu’apporte à l’État ce qu’on pourrait appeler la “Regie d’exploitation des vices et assuétudes ” : l’organisme qui compense ce que notre fiscalité pourrait avoir de trop progressif, en allant chercher du fric chez les moins riches. Car ce ne sont pas les nantis qui contribuent la plus forte proportion de leur revenu au jeu; ce sont ceux qui n’ont pas beaucoup … et qui ont besoin d’espoir.

Le comportement de la RACJ en cette affaire est immoral et illégal. Raymond Viger, mon collègue sur ce site, s’y connait en moralité… Yves Boisvert – pas le chercheur, le journaliste –  s’y connait indubitablement, lui, en légalité. Il accuse ici aussi brutalement que Zola. Il demande si l’on va  enquêter sur ce tripotage en haut lieu. Va-t-on lui répondre “en haut lieu” ? Ce n’est pas une question rhétorique, car tout citoyen peut porter plainte. S’il n’y a pas de réponse, on verra à qui la chance et l’honneur de rétablir la dignité du Québec…

3 pensées sur “La RACJ… et la fierté

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    27 mai 2009 à 21 09 20 05205
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    Pierre JC Allard,

    Comme André Sauvé, je ne suis plus génétiquement apte à lire ce genre de texte qui vient près de me mettre en colère rouge, mauve et noire,si je ne prends pas un grand respire jusqu’au bout; comme je viens de le faire. Un brin de sagesse, possiblement.

    Ça me fait penser légèrement à une expertise qui ne plaît pas à un avocat; allons donc pour une autre expertise, d’accord ! Bien sûr, dit la personne de classe aisée financièrement de la société…et de la justice des bien nantis. Sauf que, ils peuvent bien se rendre à 7 expertises, je m’en fous comme de l’an 40. Mais ne s’en foute pas une personne vivant en dessous du seuil de la pauvreté, qui ne peut que présenter la première expertise de l’aide juridique des moins nantis de la justice et de la société. A-ton vraiment ce choix de notre libre arbitre, de se retirer de toute l’affaire ?

    Bon, alors un vrai bon texte. Pour la raison que l’on voit bien que vous êtes un excellent communicateur et expert en langue française, mais pour les gens du peuple comme je le suis, je vous ai suivie jusqu’au bout. Donc, si je m’endors encore à 2h a.m. ce sera de ma faute, et pas de la vôtre.

    Au revoir de,

    Patricia Turcotte

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    31 mai 2009 à 23 11 42 05425
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    Patricia,

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