La remontée prochaine des taux d’intérêts boulversera notre niveau de vie

Image Flickr par RambergMediaImages

Le coût de l’argent n’a fait que baisser depuis toute une génération. En fait, c’est le terme même d’inflation qui est tombé en désuétude après les épisodes de frénésie du début des années 80 avec, comme corollaire, des taux d’intérêts ayant connu une pente descendante ininterrompue depuis cette époque. Faut-il ainsi être un vétéran de l’hyper inflation de cette période pour se souvenir que les Fed Funds (taux à court terme), aujourd’hui proches du zéro, étaient à … 22.4% en 1981?! Pire encore puisque l’Etat Fédéral US a emprunté 10 milliards de dollars via une émission de Bons du Trésor émise en Octobre dernier où les intérêts réels étaient de -0.55% : Autrement dit, les investisseurs ont dû payer pour avoir le privilège de prêter aux Etats-Unis…

Phénomène incroyable quoiqu’ anecdotique qui décrit en fait un contexte global de taux d’intérêts ridiculement bas en vigueur depuis trente ans ayant encouragé, voire forcé la main, des consommateurs à emprunter. Ces taux à bon marché ont donc agi à la manière d’un écran de fumée en masquant au citoyen moyen une réalité faite de revenus stagnants et de renchérissement du coût de la vie contrebalancés par un accès illimité à du crédit facile qui donnait l’illusion d’un pouvoir d’achat stable et d’un luxe virtuel. Considérons ainsi que, dans un pays comme les Etats-Unis, le taux d’épargne a dégringolé de 12% en 1975 à 1.2% en 2006 pendant que les endettements des ménages, eux, ont flambé de 68% de leurs revenus en 1977 à 128% de leurs revenus en 2007! Ces taux d’intérêts excessivement bas ont donc intégralement financé le remarquable essor dont notre civilisation Occidentale a bénéficié ces trente dernières années. De la qualité sans précédent de notre train de vie, à notre frénésie de consommation en passant évidemment par la création d’emplois entièrement redevables à cette richesse illusoire, nous devons pratiquement tout aujourd’hui à ces taux bas! … et bien-sûr – last but not least – nous leur devons la bulle des valeurs technologiques (2000) et la bulle immobilière (2007) dont nous sommes toujours en train de payer lourdement le prix en ce début d’année 2011.

Mais n’imaginez pas que c’est seulement nous, individus, qui avons été abusés par cette politique monétaire hyper laxiste car les Etats ont, eux aussi, vendu leur âme et cédé à la facilité. Comment en effet auraient-ils pu financer autrement leurs déficits budgétaires astronomiques, leurs sauvetages bancaires et – accessoirement – leurs appétits guerriers? Après tout, nous (ne) sommes dirigés (que) par des êtres faits de chair et d’émotions qui ont, eux aussi, cédé à l’appel des sirènes… A leur décharge – et à la nôtre! -, nous vivons une période absolument sans précédent ou – plutôt si! – mais ce précédent remonte en fait à … 500 ans car une étude des données historiques par la Réserve Fédérale et par la Banque d’Angleterre a ainsi abouti à la conclusion que les taux d’intérêts se trouvent actuellement à leur niveau le plus bas depuis 500 ans! Certains analystes – un peu extrémistes certes – affirment même que les taux n’ont jamais été aussi bon marché que depuis l’ère Babylonienne, soit il y a 3’000 ans!

Ceux qui ont la responsabilité de nos destinées et à qui nous devons de vivre depuis bientôt 30 ans à un niveau injustifié parce que artificiel sont en fait coupables d’avoir appauvri notre monde. En effet, ces sommes d’argent colossales créés à partir du néant depuis trois décennies n’ont pas seulement servi à construire des résidences secondaires et tertiaires au luxe inutile et n’ont pas seulement servi à consommer  »à vide », c’est-à-dire juste pour le plaisir de dépenser. Non: tout cet argent volatilisé ou immobilisé pour rien masque en réalité une déficience criante d’investissements durables et destinés au bien public. C’est ainsi qu’une étude récente du McKinsey Global Institute chiffre ce besoin d’investissement dans nos pays Occidentaux à 20’000 milliards de dollars ces 30 dernières années, soit l’équivalent de la taille des économies américaine et japonaise combinées!

Une fois de plus, les Etats-Unis se retrouvent en tête de ces nations développées souffrant cruellement d’investissements inadéquats car leurs industries et autre secteur du primaire et du secondaire tombent en complète décrépitude pendant que des Etats comme la Floride disposent d’une maison sur deux inhabitée… Ainsi, la Société des ingénieurs civils US vient de déplorer l’état des infrastructures du pays en estimant à 2’200 milliards de dollars les besoins pour les remettre à niveau. Une étude du gouvernement fédéral est par ailleurs parvenue à la conclusion que la capacité routière américaine avait augmenté de seulement 8% en 20 ans alors que l’usage des réseaux routiers avait doublé sur la même période. Dans une ville comme Londres, 40% des conduites d’eau ont plus d’un siècle et 10% se souviennent encore de Waterloo!

En conclusion, la période dorée des taux d’intérêts bas touche lentement mais sûrement à sa fin car les besoins internationaux en infrastructures – y compris dans les pays émergents bien-sûr – sont pharaoniques. En fait, notre monde devra très prochainement faire face à une augmentation hyperbolique des besoins en investissements et en infrastructures et ce à un rythme plus connu depuis la fin de la seconde guerre mondiale. La conséquence immédiate consistera en un resserrement substantiel des politiques monétaires car les besoins en liquidités seront proprement massifs. Faisons-nous donc à l’idée que notre monde douillet de confort facile est sur le point de disparaître car le loyer de l’argent subira une surenchère constante tout à la fois de la part de ceux qui seront demandeurs de ces investissements  que de la part de nos Etats endettés jusqu’au cou. La baisse de notre niveau de vie sera en outre amplifiée par l’austérité mise en place par des Etats aux abois…

Nous – individus et entreprises – devrons donc apprendre à faire plus avec moins de moyens mais est-ce vraiment une punition?

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