Responsabilité. Les Arabes et nous

 

 

JEAN PIERRE BONHOMME  Jusqu’à ce fameux Printemps, les Arabes d’Afrique du Nord et du Proche-Orient étaient forcés d’attendre que le pouvoir agisse pour eux. Ils devaient attendre leurs chefs, des dictateurs établis, pour que ceux-ci montrent le chemin et distribuent richesses et services. Les citoyens n’étaient pas des citoyens, c’étaient des clients ou, pire, des bénéficiaires. Tout le monde devait se préparer à devenir des ronds de cuir dociles!

Cela, évidemment, n’est pas un destin emballant. Surtout pour les jeunes, nombreux en Arabie,  qui peuvent percevoir, avec les moyens de communication actuels, les avantages de vivre des vies plus risquées, plus autonomes, plus créatrices. Pour ma part je me suis toujours senti désolé de constater jusqu’à quel point des amis d’Afrique du Nord se voyaient engagés dans des chemins sans issue.  C’était triste tout ca.

Ceci pour dire que l’explosion actuelle, dans le monde arabe, est l’expression d’un goût pour la responsabilité. C’est le désir de prendre en mains les destins individuels et collectifs qui est en cause. Il se pourrait bien que certains groupes d’idéologues, religieux ou autres, aient l’intention de stopper cette énergie dans des voies d’évitement et de constituer des pouvoirs aussi étanches que les précédents. Mais j’ai la conviction que cela ne réussira pas. Les sociétés se donneront vraisemblablement des structures de pouvoir à leur image et ils en seront fiers.

Car ce qui se passe actuellement n’est rien d’autre qu’une énorme révolution culturelle. La culture, ici, étant entendue comme l’ensemble des coutumes, des modes de vie, et des façons de penser. La révolution, signifie ce changement des mentalités selon lequel les citoyens manifestent un goût féroce pour la prise de leurs responsabilités. Les Arabes, par les temps qui courent, ne donnent pas l’impression qu’ils cherchent à obtenir des «droits» autant qu’ils veulent se prendre en charge, prendre leurs responsabilités; c’est là une attitude adulte et nous ne pouvons que trouver cela rafraichissant et bardé d’espérances.

Ceci, du reste, nous fait faire une comparaison avec l’autre révolution, celle que nous appelons ici «tranquille» (comme si une révolution pouvait être tranquille) et que nous n’avons cesse de porter aux nues comme si, avec elle, nous avions inventé le progrès.

Un professeur québécois, M. Paquet, se faisait fort, récemment,t, dans des émissions de télévision éducatives, de proposer que le Québec, une bonne fois, s’engage, lui aussi, à faire une véritable «révolution culturelle». Il s’agirait, propose-t-il, que les Québécois cessent de se considérer comme des «bénéficiaires» devant leur société, devant leur État. Il constate que la révolution tranquille des années 60 n’est pas loin d’avoir transformé les gens d’ici en une société clientéliste où la revendication, celle «des droits» est absolue et n’engage à rien.

Ce professeur a bien raison. Personne ou presque, au Québec, ne se fait fort de prendre des responsabilités sociales; or nous n’avons de droits que dans la mesure où nous exerçons des responsabilités. Être responsable, chez nous, n’est pas à la mode. On  peut le constater dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la culture (au sens large du terme). Quand j’entends un compatriote me dire ceci, à propos de sa société, ce qui est fréquent : «j’suis pus capable»…. je comprends qu’il est un démissionnaire; je comprends qu’il ne veut pas exercer de responsabilités et qu’il veut laisser le pouvoir entre les mains de n’importe qui… et qu’il s’en fiche. Si les Égyptiens  avaient des attitudes de ce type les Mubarak serait encore au pouvoir et les militaires pourraient espérer gouverner pour des siècles encore….

Devenir responsable, ici, au Québec, justement, constituerait un bon exemple pour ces peuples qui veulent agir de leur chef et qui mettent leurs vies en jeu pour y arriver.

Dans l’état social actuel des choses, il nous semble que les Québécois ont une nouvelle révolution culturelle à faire, une vraie; une transformation qui changerait les esprits et qui ferait de chacun  un participant au lieu d’un quémandeur de faveurs.

Ne serait-ce pas là une manière de participer au grand mouvement international qui a été déclenché et qui pourra rendre l’humanité beaucoup plus intéressante?

 JEAN PIERRE BONHOMME
(Cet article a été publié d’abord sur ce site le  )

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