La sale heure de la paire

La sale heure de la paire

C’est entendu et c’est même une lapalissade, les paires vont par deux, et pendant qu’on amuse le « bon peuple » avec des « mariages du siècle » et des « béatifications papales », on écarte discrètement du devant de la scène les évènements essentiels qui nous menacent.

Mais c’est bien connu, nos concitoyens préfèrent qu’on les fasse rêver, même si ces éventuels rêves tournent vite au cauchemar, et n’aiment pas qu’on leur propose de mauvaises nouvelles.

Yves Montand, dans une très jolie chanson «  le Chat de la voisine » faisait un tour intelligent de la question.

Alors allons-y !

La paire est une réalité incontestable : comment imaginer Laurel sans Hardy, la Lune sans le Soleil, une Dati sans lapsus, un Le Pen sans peine de mort, un nucléaire sans danger, un français sans sa baguette, un Nolo sans Zemmour, un Auguste sans son clown blanc, la reine d’Angleterre sans ses chapeaux, le Yin sans la Yang , un Laurent Blanc sans noirs ?…

Mais qui se penche aujourd’hui sur le drame des chaussettes orphelines ?

Les chaussettes, les bas, les collants, les socquettes, toutes et tous vont par deux, c’est naturel, mais alors comment expliquer la régulière disparition d’une chaussette sur deux, rendant la rescapée totalement obsolète.

Par quel mystère l’une des deux chaussettes a-t-elle pu disparaitre, au hasard d’un lavage, d’un rangement, dans une maison dont portes et fenêtres sont fermées ?

A l’instar des nains de jardin qu’une espiègle Amélie Poulain s’amusait à disperser dans le monde entier, y-a-t-il quelqu’un capable de s’introduire dans une maison pour y dérober une chaussette sur deux ?

Quelqu’un aurait-il pu se rendre coupable d’un vol si apparemment dénué d’intérêt ?

Et pourtant, c’est une évidence, nos placards sont remplis d’orphelins.

Quel que soit le coupable de ces disparitions, il mérite une paire de claque, car elles aussi vont par paire.

Dans la célèbre émission de France Culture, « des Papous dans la tête », et le 1er mai dernier, Odile Conseil, l’une des intervenantes de l’émission, nous proposait des pistes de réflexion sur la disparition de ces chaussettes.

Odile, sous le pseudo de Josette Dupied, présidente de l’ADCO (association des chaussettes orphelines), proposait son discours inaugural de l’orphelinat des chaussettes, à St Jean-Pied-de-Port, évoquant la carrière du célèbre Jude Chaussette, inventeur de ces « moufles pour pieds », comme il aimait à les qualifier, avant de leur donner son nom.

Morceaux choisis :

« Nous savons tous désormais le drame des chaussettes séparées, de ces paires déchirées, écartelées, à qui en enlevant l’autre moitié d’elles mêmes, on a ôté toute raison d’être.

Nous avons tous, et surtout toutes souffert en voyant sortir du lave-linge une socquette veuve, une chaussette séparée de sa sœur, un mi-bas condamné au célibat.

Ici, ils et elles trouveront un lieu d’accueil, toutes ces chaussettes en deuil ou en demi-deuil, arrachée à l’affection de l’autre, de l’alter égo, par le je-m’en-foutisme de nos enfants, ces sauvages qui sous leurs airs angéliques, brisent sans vergogne des couples qui n’avaient rien demandé d’autre que de prendre leur pied, pour le tenir au chaud, et de vivre ensemble bien pelotonné l’un contre l’autre, dans le tiroir de la commode,

Ici ces chaussettes orphelines condamnées jusqu’alors à gésir au fond d’un tiroir, ou d’un panier dans la lingerie, seront choyées, chouchoutées, prises en charge.

Ici elles pourront selon leur choix s’inscrire à la cession « apprendre à vivre seule », ou « finalement a-t-on vraiment besoin de la droite ? », ou encore « la gauche pourquoi faire ? ».

Au bout de quelques mois, une fois remises sur pieds, ces orphelines pourront entamer la formation « refonder un couple après une séparation douloureuse ».

Des psychologues formés à cet effet encadreront, guideront nos orphelines pour les aider à trouver chaussure à leur pied, à reconstruire une paire avec un nouveau partenaire.

Le programme « différents mais égaux », permettra aux couples dépareillés à repartir du bon pied dans l’existence,

Ici pas question d’avoir le moral dans les chaussettes, mais de leur redonner le moral »

La conférence intégrale est sur ce lien. (Curseur à environ 20’).

 

Plus sérieusement, cette affaire des « chaussettes orphelines » a donné naissance à une association éponyme, à l’initiative d’une créatrice de mode.

En effet, Marcia de Carvalho, avec son association « chaussettes orphelines », a lancé en 2007 une initiative solidaire, afin de donner une nouvelle vie aux chaussettes solitaires.

Il s’agit de permettre la réelle réinsertion de femmes brésiliennes en difficulté, lors d’ateliers d’apprentissage de crochet, tricot, broderie, patchwork…

A découvrir ces colliers en chaussette, cette écharpe, cette veste, cet ensemble, présentés lors d’un défilé récent. lien

Ce travail a eu comme point d’orgue une exposition parisienne, qui s’est tenue dans la première quinzaine d’avril 2009, sous le label «  de la dentelle brésilienne à la dentelle française par Marcia de Carvalho ».

Mais même si vous avez raté l’évènement, il n’est jamais trop tard pour envoyer vos chaussettes orphelines à l’association (2 rue des Gardes, 75018 Paris). lien

Depuis, l’initiative a fait « des petits » jusqu’à Paris avec comme objectif l’insertion sociale et économique de femmes du quartier de la Goutte d’Or. lien

Elles vous proposent des créations originales comme ce manteau ou ce chapeau,

On peut même découvrir leurs techniques de travail sur cette vidéo.

Sur le net, une communauté des chaussettes orphelines a même commencé l’enquête pour résoudre ces disparitions étranges. lien

Alors oublions Kate et son prince, Carla et son petit bambin, Ben Laden et Obama, Tchernobyl et Fukushima, même si nous venons d’apprendre par la bouche de Mishio Ishikawa, promoteur de l’énergie nucléaire, que les cœurs des 3 réacteurs accidentés de Fukushima, ont totalement fondu (lien), que la pollution radioactive devient préoccupante dans le monde (lien), et commençons à enquêter sérieusement sur ces disparitions de chaussettes, car comme dit souvent mon vieil ami africain :

« Le jour a des yeux, la nuit a des oreilles »

L’image illustrant l’article provient de : « storage.canalblog.com »

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