La source ultime de toutes les crises

Nos élites monétaires et politiques qui se débattent – je n’ai pas dit « pataugent » – dans cette interminable crise financière, qui ne parviennent pas à juguler la panique des marchés ni à apaiser le courroux et l’angoisse de leurs citoyens devraient se remettre à  l’étude de … Marx ! Impossible en effet – ne serait-ce que d’espérer – sortir de cette crise et de son pourrissement qui s’installe insidieusement dans nos sociétés et dans nos économies sans devoir passer par le préalable incontournable : admettre enfin que le capitalisme traverse une crise existentielle.

 

J’admets qu’il est très dur de faire reconnaître à une droite décomplexée et qui cède progressivement à la facilité du raidissement que les théories de Karl Marx ne sont pas toutes à jeter aux oubliettes ! Par ailleurs, comment une gauche modérée ayant enfin accepté l’avènement des marchés et ayant enfin fait son deuil d’un socialisme foncièrement méfiant du capital oserait-elle reprendre … « Le Capital » des rayons poussiéreux de sa librairie alors qu’elle avait sincèrement cru que Marx était dorénavant dépassé ? Car il est indéniable aujourd’hui, parmi cette sévère crise financière et ce ralentissement économique faisant des ravages au sein des classes moyennes et pauvres de notre monde occidental, que l’esprit du grand homme renaît de ses cendres. Ne sommes-nous pas ainsi aux  premières loges pour constater – et assister impuissants – à une »accumulation » (qu’il dénonçait et qu’il prévoyait) de  « richesses à un pôle » concomitante à une « accumulation de misère » à un autre pôle ? Quel est aujourd’hui le parti politique ou l’observateur avisé qui n’est pas choqué – au moins en son for intérieur – par cette quête effrénée de profits et de productivité des investisseurs comme des entreprises ? Cette boulimie débouche « naturellement » – voire ne saurait être réalisée – sans son pendant : la création (pour reprendre les termes de Marx) d’une « armée de réserve industrielle », c’est-à-dire de laissés pour compte que l’on ne convoque qui si l’on a besoin d’eux et pour ne les payer qu’une misère ! Aujourd’hui, en 2011, le conflit entre capital et travail n’est même  plus larvé : il crève les yeux.

 

Le procédé décrit par Marx selon lequel les entreprises réduisent leurs coûts et évitent les embauches afin de gonfler leurs profits se déroule effectivement sous nos yeux et, du reste, dans toute sa splendeur. Les bénéfices des grosses entreprises ne sont-ils pas au mieux de leur forme depuis plus d’un demi-siècle et ce pendant que les taux du chômage au sein de nos nations « développées » battent des records en sens inverse ? Les Etats, dominés par les entreprises et les établissements financiers à la taille hyperbolique, ont cru pouvoir masquer cette réalité à leur population en les anesthésiant avec l’opium du crédit qui leur donnait l’illusion du confort matériel. En réalité, cette aisance populaire en trompe l’œil consacrait – et masquait – le creusement d’une intolérable inégalité de revenus qui se retrouve aujourd’hui au même niveau que dans les années 1920 ! Ces élites économiques vont pourtant recevoir le boomerang en pleine figure car elles vont s’apercevoir que, tous comptes faits, elles ont quand même besoin de cette « armée de réserve » pour consommer les produits de leurs entreprises… Marx (encore lui !) avait bien noté le paradoxe entre sur production et sous consommation : Difficile en effet de faire tourner industries et commerce – alors même que les capacités de production ont été étirées à leur extrême – dans un contexte où l’armée des consommateurs est à genou…

 

Comment faire comprendre à nos responsables politiques et à nos élites économiques que leur succès et que leurs richesse et prospérité sont directement proportionnels au confort matériel de cette « armée » et comment les persuader d’adopter enfin des mesures énergiques entièrement et exclusivement dédiées au redressement des classes pauvres et moyennes ? Qu’on se le dise une fois pour toutes et qu’on le comprenne enfin : cette crise, qui est loin d’être provisoire, ne sera jamais réglée par les économies budgétaires et par l’austérité imposée aux populations !

 

La seule et unique clé consiste en une régression durable du chômage qui ne pourra s’opérer qu’à la faveur d’une réduction substantielle de la fiscalité des employeurs et d’encouragements massifs des entreprises aux nouvelles embauches. Il est ainsi impératif de rétablir par tous les moyens le pouvoir d’achat afin de relancer la demande agrégée et d’éviter la spirale déflationniste, quitte à ré échelonner, voire à éponger dans certains cas, les lourds endettements des ménages (américains principalement). Parallèlement, les Etats doivent  contraindre les banques à financer nettement plus généreusement les PME qui ont difficilement accès au crédit tout en recapitalisant celles (des banques) qui se sont retrouvées dans une situation périlleuse de leur propre fait, tout en en prenant le contrôle au moins pendant quelques années. Les banques centrales, enfin, doivent également jouer le jeu en achetant généreusement les papiers valeurs émis par les gouvernements et par les entreprises. Elles doivent également se résigner à transgresser – dans l’intérêt général – leurs propres règles en tolérant une inflation modérée qui rendra le fardeau de l’endettement plus supportable.

 

Il est vital d’entreprendre sans tarder toute une batterie de mesures entièrement destinées au bien-être des laissés pour compte … Car, comme le disait Marx : «  la raison ultime de toutes les crises reste la pauvreté et la consommation restreinte des masses »…

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