La vérité Tapie sous le tapis

Quel est donc le secret qui semble lier Sarközi et Tapie ?

L’état avait annoncé avoir versé un peu plus de 20 millions d’euros à Bernard Tapie, en dédommagement à l’affaire du Crédit Lyonnais.

Aujourd’hui, « Marianne » nous apprend qu’il s’agirait en fait de 210 millions d’euros.

Et l’Etat refuse de s’expliquer sur le sujet.

Quel est donc le secret qui unit Tapie et Sarközi pour qu’une pareille somme ait été versée ?

y-a-t-il eu un accord secret ?

Revenons un peu en arrière :

L’amitié entre Tapie et Sarközi n’est pas une nouveauté.

Tapie fait, avec François Pérol et Stéphane Richard, partie des « hommes du président ».

D’ailleurs Tapie et Sarközi ont beaucoup de points communs.

Tous les deux détestent les journalistes. lien et lien

Et puis Tapie a ses entrées à l’Elysée. lien

Ils se connaissent bien, et s’apprécient depuis au moins 1983, grâce à Jacques Ségala, qui les avait  invité tous les deux chez lui pour un diner.

C’est ce que racontent Denis Demonpion et Laurent Léger dans leur livre « les clefs du scandale » (éditions Pygmalion).

On peut écouter sur cette vidéo l’interview de Denis Demonpion qui donne son analyse sur l’affaire, qui d’après lui va être le plus gros scandale du quinquennat de Sarközi.

Plus tard, en 1986 ils ont été « en affaire » ensemble lors de la privatisation de TF1 : Nicolas Sarközi était l’avocat de Martin Bouygues, et Bernard Tapie conseiller en communication, et repreneur d’entreprise.

L’état est actionnaire à 100% du CDR (consortium de réalisation) lequel s’exprime au nom du Crédit Lyonnais.

Pour Denis Demonpion, il n’y aucuns doutes, en choisissant l’arbitrage d’une commission, plutôt que de suivre la décision des magistrats, « il y a eu collusion d’intérêt ». lien

Or le « comité des sages » nommé par l’Etat est composé de Pierre Mazeaud, Jean Denis Bredin, (choisi par Tapie) ex-membre de l’ex parti de Tapie, et Pierre Estoup (choisi par le CDR)

L’impartialité de celui-ci est discutée : son « arbitrage » a été très critiqué lors de sa mission dans l’affaire Elf. lien

Dans l’entourage de Jean Peyrelevade, ex-Crédit Lyonnais, on évoque « un deal organisé de longue date ». lien

Benoit Hamon, pour le PS, dénonce les « mensonges du gouvernement »

Pour Benoist Hurel, secrétaire général adjoint du Syndicat de la magistrature affirme que « l’acceptation de la procédure d’arbitrage par l’Etat était contestable (…) peu conforme aux usages, et il y avait des possibilités juridiques pour épargner aux contribuables de payer une telle somme ». lien

Aujourd’hui, l’affaire revient donc sur le tapis.

« Médiapart » va encore plus loin, et semble penser qu’une vérité se cache sous le tapis.

Reprenant l’information donnée par le « Canard Enchaîné », le 8 septembre 2010, lequel annonçait la somme de 210 millions d’euros, (lien) « Médiapart » rappelle qu’il y a peu, ils avaient estimé que Tapie allait recevoir 130 millions d’euros net. lien

Essayons de décrypter la façon dont Sarközi s’y est pris pour aider son ami.

On sait que le CDR s’était opposé à un versement supplémentaire de 165 millions d’euros à Bernard Tapie.

C’était donc le premier verrou.

Sarközi est alors ministre des finances, il a voulu une modification de la direction du CDR (rappelons que le CDR est contrôlé à 100% par l’Etat).

Sous la pression de Nicolas Sarközi, Jean Pierre Aubert est remplacé à la tête de la présidence du CDR, et Jean François Rocchi, le nouveau président est favorable à la demande de Bernard Tapie.

C’est d’ailleurs Rocchi qui va faire savoir plus tard que son établissement a oublié de calculer les intérêts de retard dus à Tapie (105 millions d’euros de cadeau supplémentaire) lien

Bernard Tapie s’engage alors dans la campagne présidentielle et soutient Nicolas Sarközi.

Pour aider celui-ci, il joue les intermédiaires, et réussit à réunir autour de la table de Bernard Kouchner, Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux et Claude Guéant. lien

Dans un entretien avec « Marianne », Bernard Tapie avait évoqué ses relations avec Nicolas Sàrközi, affirmant qu’il va le « soutenir autrement ». lien

Sur ce lien, on voit de quelle habile manière, Tapie fait jouer de son influence pour affaiblir la gauche, en valorisant Sarközi.

Sarközi, devenu Président, fait sauter le deuxième verrou, en remplaçant le président de

L’EPFR (établissement public de financement et de restructuration).

Et c’est à la suite de çà qu’une commission d’arbitrage, remplacera le Tribunal.

Cette analyse intéressante est proposée par Nicolas Brimo, journaliste au « Canard Enchaîné » vidéo

Christine Lagarde, auditionnée par la commission des finances de l’assemblée nationale le 23 septembre 2008 avait accepté à l’avance les indemnités exorbitantes qui devaient être versées à Bernard Tapie pour préjudice moral et économique.

Elle a refusé d’introduire un recours qui avait pourtant toutes les chances d’aboutir. lien

Elle estimait que Bernard Tapie ne recevrait qu’entre 20 et 50 millions d’euros.

Or la réalité est très différente.

La somme est importante : 240 millions pour le préjudice économique, et 45 millions pour préjudice moral, plus les intérêts.

Au total, on approche donc les 400 millions d’euros. lien

Sans rentrer dans les détails de la somme, que Lagarde ne veut pas donner « au nom du secret fiscal », la somme finale reçue par Tapie est considérable, et l’opposition évoque un traitement de faveur. lien

Le député Jérôme Cahuzac s’en était indigné à l’époque, prenant exemple du million d’euros versé à Patrick Dills, qui a fait dix ans de prisons pour un crime non commis, déclarant : « croyez vous que le préjudice de monsieur Tapie soit 45 fois supérieur à celui de Patrick Dills ? » lien

Bref, la décision était prise, définitivement, grâce au chef de l’état.

Pourtant, Charles de Courson, député du Nouveau Centre, avait annoncé un recours en Conseil d’Etat.

Il est scandalisé que les « arbitres » aient fondé leur calculs sur la valeur de l’introduction en Bourse d’Adidas en 1995, et non sur son prix de vente deux ans plus tôt, ce qui a permis aux arbitres d’accorder à Tapie le double de ce que lui avait alloué la cour d’appel en 2005. lien

François Bayrou, quant à lui stigmatise « l’abaissement de l’Etat » et lui reproche d’avoir préféré une justice « privée » à une justice classique, évoquant aussi « des protections au plus haut niveau ».

Maintenant que Tapie est de nouveau à flot, il va pouvoir reprendre les affaires.

Ce qu’il a d’ailleurs déjà commencé avec le « Club Med », ce qui a provoqué une plainte de celui-ci.

Cette société, dirigée par Henry Giscard D’Estaing dénonce les préjudices subis par le « Club Med », du fait des attaques régulières et du dénigrement de Tapie sur le groupe.

Ses attaques, d’après le groupe, peuvent être responsables d’avoir induit en erreur les petits actionnaires du « Club Med », suite à la confusion entretenue par Tapie sur son éventuelle intention d’une prise de participation dans le groupe, provoquant ainsi la baisse du titre. lien

Sur ce lien, une jolie bio de l’intéressé.

On le voit, les scandales se suivent et se ressemblent.

Avant de rappeler le dernier dérapage financier de notre petit président, voici un petit clip rafraichissant.

Le 20 aout dernier, Sarközi en vacances à Brégançon a décidé de déplacer ses ministres jusqu’à sa villégiature présidentielle pour un conseil des ministres au soleil.

La plaisanterie aura couté aux Français près de 4,5 millions d’euros. lien

On le voit, la petite entreprise sarkoziste ne connait pas la crise.

Les caisses sont vides pour les retraites, pour le smic, mais pas pour le gaspi.

Sur ce lien, quelques éléments des dépenses élyséennes.

Dotation pour la Présidence de la république : 112,534 millions d’euros, dépenses pour la protection de Sarközi en augmentation de 60%, etc.

Car comme dit mon vieil ami africain :

« La vérité est souvent cachée sous le Tapie ».

Pour prolonger votre réflexion, ce lien.

L’image illustrant l’article provient de « mylittlebuzz.com »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *