Lagarde en prison ! (et Sarkozy sitôt levée l’immunité présidentielle)

Bon résumé des dernières évolutions du scandale Tapie dans Le monde : « Mardi 10 mai, le procureur général près la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, décide, en réponse à la requête des socialistes, de transmettre le dossier à la commission des requêtes de la Cour de justice de la République. Selon lui, « de nombreux motifs de suspecter la régularité, voire la légalité du règlement arbitral » justifient l’ouverture d’une enquête. (…) Trois éléments jouent contre Christine Lagarde. En premier lieu, celui d’avoir donc recouru à un arbitrage plutôt qu’à la justice traditionnelle alors que de l’argent public était en jeu. Le CDR était en effet chapeauté par l’EPFR, un établissement public administratif. Or un texte du code civil prohibe le recours à l’arbitrage lorsque les intérêts de l’Etat sont en jeu. Le parquet général s’interroge par ailleurs sur les conditions d’évaluation des sommes accordées à Bernard Tapie et sur l’impartialité des arbitres. Enfin, la ministre devrait s’expliquer sur son refus d’exercer un recours contre la sentence arbitrale. Christine Lagarde se défend en certifiant que cette décision était justifiée par les avis juridiques dont elle disposait, et selon lesquels les chances pour l’Etat d’obtenir gain de cause étaient  » très faibles ». Pourtant, Le Canard enchaîné et Mediapart avaient révélé, à l’époque, que deux des quatre avocats consultés, Jean-Pierre Martel et Benoît Soltner, étaient très favorables à un recours contre Bernard Tapie. » Le Monde évoque ensuite l’accusation, réfutée par la ministre, que l’ordre venait de Nicolas Sarkozy, avant de conclure : « L’abus de pouvoir, dont est menacée la ministre de l’économie, est un délit passible de cinq ans de prison et de 75 000 euros d’amende. Selon le parquet général, une telle procédure pourrait également annuler la sentence de juillet 2008. »

Comment Lagarde réagit-elle ? « Il n’y a, à ma connaissance, aucun élément nouveau apporté au fond du dossier » : pas besoin, il est accablant depuis le début ! « Ma réaction est donc la même que lorsque j’ai découvert dans la presse la lettre adressée au procureur général près la Cour de cassation : sérénité sur le fond, mais indignation sur le procédé. On essaie de me salir » : en imposant l’arbitrage privé et en ne faisant pas appel d’une condamnation exorbitante, Lagarde s’est salie elle-même en même temps que Sarkozy et l’UMP. « Sans doute pour faire oublier que tout cela, c’est l’héritage des petits arrangements de l’époque Mitterrand, où ceux qui donnent aujourd’hui des leçons de vertu étaient aux commandes » : diversion, hors sujet. « Pour ma part, j’ai toujours agi avec rigueur et transparence, dans un seul sens : celui de l’intérêt général » : foutage de gueule ! « La décision avait soulevé une vive polémique dans le monde politique, rappelle L’Express. Pour éteindre l’incendie, la ministre de l’Economie Christine Lagarde avait assuré qu’au final, une fois pris en compte les intérêts, les impôts et les dettes diverses, Bernard Tapie n’aurait touché que 20 à 50 millions d’euros. Or Le canard enchaîné affirme mercredi que l’ancien ministre va en fait empocher 210 millions d’euros du Trésor public, et donc du contribuable », rapportions-nous le 9 octobre 2010. Encore le Canard était-il loin du compte et des 245 millions finalement versés à Tapie. Prétendre que l’affairiste ne touchera qu’entre 20 et 50 millions au lieu de 245, est-ce de la transparence ? Et quand on dit 245, c’est sans les intérêts. Avec, c’est près de 400 millions (Tapie-Sarkozy – Les clefs du scandale, Ed. Pygmalion, 2009) ! Pour établir une comparaison, les salaires annuels des 15 000 postes d’enseignants qui vont être supprimés l’an prochain représentent 285 millions… Et 400 millions ? « Tous les hôpitaux publics, comme vous savez, sont en déficit. Ça représente à peu près cette somme-là », note François Bayrou. Vous comprenez dès lors que cet article soit classé en rubrique Ferme ta gueule ! Doublement : le tribunal arbitral a accordé 45 millions pour « préjudice moral ».  Le veuf d’une victime de l’amiante, préjudice infiniment plus grave, touche 45 000 euros… Et Lagarde ne fait pas appel ! Est-ce agir pour l’intérêt général ? Mais la ministre aurait bien tort d’arrêter de se moquer du monde. Ça peut marcher, quand on voit l’immense complaisance de certains commentateurs (lire Daniel Schneidermann alignant à raison Dominique Seux des Echos). Reste qu’il existe en France un Jean-Louis Nadal qui ne s’en laisse pas conter. Ni par Woerth, ni par Lagarde. Et espérons que l’affaire rattrapera Sarkozy une fois son immunité présidentielle levée. Parce que, franchement, quand il est question de sommes pareilles, prétendre que la décision n’émane pas de lui constitue une autre insulte à l’intelligence. Allez hop, tous en prison !

Woerth et Lagarde : rira bien qui rira le dernier…

Toute l’affaire sur plumedepresse à lire ici.

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