L’agence de voyage underground

Merci madame J pour m’avoir aidé à revenir.

Bon, je vais vous raconter une histoire touristique. A Cuba en 2007 les choses évoluent, j’y ai vu des développements qui auraient été impossibles il y a seulement 2 ans.

« La nuit n’en finissait plus de tomber sur La Havane, depuis une heure déjà nous étions au point de rendez-vous, esquina 23 y paseo, seule la présence d’un autre couple nous rassurait. Eux aussi avaient payé 70 chavitos pour 2, la totalité du prix à payer pour cette virée touristique à Santiago de Cuba. Aucune affiche, pas de site internet, mais des fax qui circulent sur les lieux de travail. Une liste d’excursions, un numéro de téléphone… tu appelles et on te dit où il faut venir pour payer. Une villa comme toutes les autres dans un quartier tranquille. Tu repars sans billet avec l’heure et le lieu du rendez-vous…. et la guagua se fait attendre.
Ils nous avaient dit avec fierté que leur bus était un Volvo, ce que je ne savais pas, c’est que Volvo fait des bus depuis très longtemps.
Au bout de 75 minutes d’attente, cette merveille technologique suédoise, produite au début des années 60 fait son apparition. A bord, 100 % de cubains, sauf deux bulgares, je l’apprendrai plus tard, mais habitués au vrai socialisme, ils se fondent sans problème dans la population. Ces deux là vivent ici depuis pas mal d’années et ne parlent qu’espagnol avec leurs femmes.

La guide, très smypa, débit verbal au dessus de la moyenne et ici la barre est haute, nous installe dans nos places réservées, les deux dernières, et en avant pour l’inconnu !

Un des aspects intéressants de cette petite expédition c’était de vivre quelques jours en compagnie de cette catégorie de cubains « riches ». Pas des vrais riches, sinon ils auraient pris l’avion ou leur voiture, mais assez aisés pour dépenser 6 mois de salaire officiel en quelques jours.
A Cuba il suffit d’aller la plage pour comprendre que les loisirs sont toujours accompagnés de boisson et de quelques nourritures. Dans le bus, qui affichait complet, circule tout ce que l’on peut trouver dans les deux catégories, la terrible Guayabita, la Cristal, les sandwiches, les chips, des chicharrones, des bananes, d’étonnants cocktails maisons aux couleurs surnaturelles. Avec la sono en plus, les téléphones portables, les caméscopes… une agitation constante qui s’éteint peu à peu à mesure que la Havane s’éloigne.
Nos touristes cubains sont presque tous suréquipés en gadgets technologiques, lecteurs mp3, appareils photos numériques… et ils sont tous résidents sur place. Alors argent de Miami, revenus annexes dûs à un poste de caissière de supermarché ou de douanier …?
Dans le bus il n’y a que le moteur qui tienne la distance, les sièges ont un peu vécu et ça laisse le temps d’imaginer la vie des ces voisins d’insomnie, dont beaucoup finissent par sombrer dans le sommeil ou son imitation…
900 kilomètres plus tard, le soleil se lève sur El Cobre, pas de temps à perdre avant de s’installer dans le village de vacances au bord de la mer, l’un des buts principaux de ce marathon touristique est déjà atteint. Il fait du bien ce petit café dans la lumière du matin, tous nos camarades d’excursion vont accomplir quelques dévotions, un bouquet de fleurs, 15 secondes de
recueillement deux trois photos et l’affaire est pliée.
Ma femme et moi les quittons au centre ville, une petite casa particular avec chambre sur les toits fait notre bonheur. La description du lieu du séjour inclus dans l’excursion avait l’air pas mal, mais les recommandations étaient un peu dissuasives. D’accord c’était sur une plage, mais il n’y a ni magasin ni restaurant dans ce village de vacances pour compañeros méritants. D’ailleurs nos voisins de bus avaient tout prévu : les réchauds portables, les provisions… Pour avoir du café le matin il sufisait juste d’avoir pensé à amener, le café, la cafetière et l’eau !
Je vous passe les diverses visites, le tombeau de Marti, la forteresse avec une vue sublime, etc… pour en venir au clou de ce voyage : la soirée au Tropicana.
Cette sortie aussi été incluse dans les 35 cuc, sauf pour moi qui ne pouvait présenter de carné de identitad à l’entrée. J’ai donc sorti mes 20 ou 25 chavitos pour entrer, ce qui est dérisoire à côté des 70 ou 80 qu’il faut payer pour assister au même spectacle à la Havane.
Ce soir l’apartheid touristique est inversé, avec mon billet au prix fort je n’ai droit qu’à un cocktail tout pourri alors que mes compagnons de voyage ont une bouteille de rhum et 6 refrescos pour deux, toujours le forfait du magical mystery tour…
C’est pas grave, on partage. Le lieu est magnifique, une salle de spectacle en plein air avec de véritables ceibas géants, des cascades qui apparaissent et disparaissent, des dizaines de danseurs, musiciens, chanteurs… des costumes dignes des chars du carnaval de Rio.
Il faut voir ça au moins une fois, notre Jérôme Savary national a encore du boulot pour en arriver là, kitsch, démesure, talent, tout celà bien remué et servi avec une salsa bien piquante.
Si vous n’avez jamais pensé à y aller, faites le déplacement, même un intégriste qui aurait pu s’évader de Guantanamo y passerait la soirée de sa vie : des femmes légèrement dévoilées, de l’alcool, des morceaux de porc dans l’assiette. Comment peut-on se passer de tout ça ?

Retour à la casa, un taxi clandestin, de toute façon il n’y en a pas d’autre. Reggaeton et vieille Moskwitch, la police nous arrête à deux cuadras de la maison, le chauffeur se prend une prune grand format. Ici la révolution est bien plus rude qu’à la Havane. D’ailleurs tous les petits signes du quotidien, auxquels nous sommes habitués après 6 semaines dans la capitale, nous rappellent qu’ici nous sommes beaucoup plus loin de Miami. La quantité de voitures dans les rues, les magasins encore plus vides, les maisons encore plus écroulées… A discuter avec notre logeuse nous sentons tout le poids du « chisme », ici tu ne peux pas faire rentrer 3 briques dans la maison sans que le CDR soit au courant et intervienne.

En route pour la Havane le car a subi un contrôle approfondi, c’est à dire 20 mn d’arrêt dans une de ces zones destinées au contrôle des véhicules, mais après 3 coups de téléphone, nous sommes repartis, toujours sans savoir quel était le statut exact de cette mystérieuse agence de voyage.

La prochaine fois, nous allons voir ce qu’ils proposent, il y a aussi des sorties d’un jour ou d’un week-end avec après-midi karaoké au bord d’une piscine à Pinar del Rio… Ce programme là peut-être pas, mais c’est un moyen bien plus intéressant de voir le pays que depuis sa 206 de location.

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