L’Allemagne sera-t-elle le nouveau canard boiteux de l’Europe ?

Une drôle de rumeur a fait vaciller les places boursières mercredi 17 avril : la note d’un nouveau pays de la zone euro serait en voie d’être dégradée. Et — donnerwetter ! — il se murmurait dans les couloirs que ce nouveau canard boiteux pourrait être l’Allemagne soi-même. Après la Grèce, l’Espagne…

Le lendemain, correction assez tiède de l’agence Moody’s. La note Aaa est maintenue… mais la perspective négative aussi ! C’est que la situation de l’Allemagne n’est guère aussi reluisante que d’aucuns voudraient nous le faire accroire.

Le moins pire du pire PIB

Du grésillement sur la ligne ? Non rien, ce sont les économistes de comptoir qui pibent à tue-tête leur désaccord : PIB ! PIB ! PIB !

Malheureusement le PIB (Produit intérieur brut), ça n’est pas tout dans la vie. Et singulièrement le PIB allemand, comme vient encore de nous le démontrer le pointilleux actuaire Berruyer sur son site les-crises.fr.

Le PIB allemand a un peu de mal à confirmer son redressement post-récession de 2008/2009 (- 6,8 % dans les dents) avec un très pauvre + 0,9% en 2012 qui a tout l’air d’un début d’essoufflement.

C’est que le PIB allemand ne tient qu’au cheveu bien racorni des importations de ses clients-voisins. La consommation intérieure restant, elle, bien atone, ce qui tend à prouver que la production de richesses d’un pays (PIB ! PIB !) ne profite pas forcément à l’ensemble de sa population.

Mes amis, mes amours, mes emmerdes

D’ailleurs, il y a cette étude vacharde de la Banque centrale européenne qui démontrerait que l’Allemagne de Frau Merkel serait plus pauvre que la Grèce en ruines et et autres consorts d’infortune espagnols, italiens, français…

Des mauvaises langues statistiques insinuent même qu’on y vivrait moins vieux en bonne santé que dans les pays similaires européens (moins de 59 ans contre plus de 61 en moyenne dans l’UE).

Décidément, tout le monde lui en veut à cette malheureuse Allemagne. À commencer par ses chers clients-voisins européens qui lui achètent sa prospérité apparente (PIB !) au prix de dettes à n’en plus finir. Moyennant quoi, après, ces fauchés ingrats lui demandent de l’oseille pour se renflouer !

Oseille qu’elle pourrait être de plus contrainte de lâcher à cause de mécanismes européens antigermains primaires. Comme cette saleté de Target 2 (en gros, un mécanisme de transferts automatiques de fric pour boucher des trous urgents) qui menace de lui faire perdre sous peu dans les 350 milliards d’euros.

Le croche-patte de l’agence Egan-Jones

Mais bon, l’Allemagne garde encore trois bonnes copines. Les trois agences walkyries de notation : Moody’s, Fitch, Standard & Poor’s. Du moins celles qui gardent pignon sur médias transis du microcosme.

Parce qu’il en existe d’autres, figurez-vous. Comme cette Egan-Jones… qui vient de faire un méchant croche-patte à l’Allemagne en la dégradant d’un étriqué A+ à un misérable A tout court (oubliez le pucelage triple A, perdu un soir de décembre 2012). Motif de la punition : la menace de plus en plus brûlante du Target 2 à 350 milliards !

La différence entre les trois mousquetaires pré-citées et Egan-Jones ? Contrairement au trio vedette, l’agence Egan-Jones est financée par des investisseurs institutionnels. Et non sous la dépendance des grandes banques ou autres organismes financiers avides de retours sur investissements.

Raison pour laquelle sans doute, lors du grand gadin de 2008, les trois stars de la notation avaient encore les yeux de Chimène pour leurs souteneurs sinistrés, quand Egan-Jones leur avait déjà dit leur fait, avec raison, depuis un bail.

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