L’Asie et le Dollar: une histoire d’amour faite pour durer…

La domination du billet vert a beau être qualifiée de « produit du passé » par la Président chinois Hu Jintao, son action à la tête de son pays aura toutefois contribué à solidement ancrer le dollar dans son rôle de monnaie étalon au niveau mondial. L’heure du bilan sonne en effet pour Hu qui doit céder la place en fin d’année prochaine et la Chine a certes accéléré la cadence en matière d’internationalisation de sa monnaie. La création des “dim sum bonds” – ces obligations d’Etat chinoises libellées en Yuan et permettant aux investisseurs nationaux d’acquérir des entreprises étrangères via la monnaie chinoise – a certes été un pas important dans la promotion de la devise chinoise. De même, le Yuan est-il plus fréquemment utilisé comme monnaie d’échange dans le cadre de transactions commerciales en Asie du Sud-Est..    

Néanmoins, la Chine est d’autant moins à l’aube d’un sabordage du dollar américain qu’elle risque de connaître une période de turbulences ces prochains 12 à 24 mois. En effet, le souci permanent de stabilité sociale intérieure (dans un contexte où le fossé se creuse davantage entre pauvres et très riches) combiné à des pressions inflationnistes incontestables et potentiellement dévastatrices pour leur bulle immobilière permet de prévoir – avec une faible marge d’erreur – que leur Yuan restera sur évalué pendant les mois et années à venir. La Chine optera donc de manière prévisible pour un statut quo qui conviendra à l’ensemble de sa population et à son régime et qui consistera à maintenir, voire à accélérer, ses achats de billet vert dans le but de soutenir son industrie exportatrice. Les Etats-Unis, conscients de cette demande constante en dollars en provenance notamment de Chine et confiants dans la stabilité de leur monnaie, peuvent ainsi se lancer dans la création immodérée de dollars destinés à être injectés dans leur économie à des taux proches du zéro…     

En réalité, c’est l’appétit en dollars de la Chine qui ouvre la voie à une reprise de la croissance américaine. Les centaines de milliards de dollars créés à partir du néant par la Réserve Fédérale US (et acquis en grande partie par la Chine) à la faveur de ses vagues successives de baisses de taux quantitatives contribueront effectivement de manière décisive à la création de millions d’emplois aux USA… En fait, c’est l’ensemble du continent asiatique qui s’active à sauver l’économie et les emplois américains: la Chine, Hong Kong, Taiwan, la Corée du Sud, le Japon, Singapour, la Thaïlande, les Philippines, la Malaisie et l’Inde ne détiennent-ils pas 2’300 milliards de dollars en papiers valeurs américains?     

La boulimie de l’Asie et de ses banquiers centraux en billets verts est donc d’autant moins sur le point de se calmer que ces pays seraient déstabilisés jusque dans leurs fondements par un rapatriement de tout ou partie de ces dollars! Leurs économies et leurs citoyens sont en effet quasi irrémédiablement liés au dollar tout comme l’est le mode de fonctionnement « pavlovien » de leur activité économique. Pour s’affranchir du dollar, ces divers pays asiatiques devraient en effet miser moins – nettement moins – sur leurs exportations tout en se montrant imaginatifs pour  générer une croissance « depuis l’intérieur »… Les Etats-Unis, évidemment au fait de l’immense faiblesse de ces nations qui ne peuvent se passer d’un dollar source pour elles d’une croissance supérieure à la moyenne, peuvent ainsi persévérer et imprimer leur monnaie quasiment à l’infini. La Chine est donc beaucoup plus « accro » au billet vert que ne l’admet le Président chinois…   

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