Le dernier référendum

07 03.23

Le DERNIER référendum


Si le Parti Québécois gagne le scrutin du 26 mars 2007, il s’est engagé à tenir un référendum dont les deux tiers des Québécois ne veulent pas. Si le PLQ ou l’ADQ est porté au pouvoir, il n’y aura pas de référendum et 40 % des Québécois diront « à la prochaine ». Est-ce bien le contexte que l’on veut pour créer au Québec plus de richesse et plus de justice ?
On discute ad nauseam de la légitimité d’une sécession s’appuyant sur 51% des électeurs, mais est-ce bien la bonne question à se poser ? La question honnête et pragmatique ne serait-elle pas plutôt de se demander si on veut vraiment choisir, entre vivre dans un pays dont 49 % des citoyens veulent sortir et en créer un autre dont 49 % des gens ne veulent pas ?
Ces deux solutions sont absurdes. Elles négligent la possibilité d’un consensus. Il y a 45 ans que les Québécois tentent de dire ce qu’ils veulent et on ne les écoute pas. Ils veulent au palier du Québec tous les pouvoirs qui garantiront le développement d’une collectivité francophone ; ils veulent AUSSI appartenir à un ensemble canadien qui leur donne la masse critique pour exister à côté des USA et avoir une voix plus audible dans le monde.
Pour avoir ce qu’il veut, le Québec doit le négocier avec ses partenaires du Rest-of-Canada. Sereinement, mais sans complaisance. Cette négociation sera d’autant plus efficace que le gouvernement du Québec aura une plus grande marge de manoeuvre. C’est cette marge de manoeuvre que voulait René Lévesque quand il demandait un OUI à la souveraineté-association et l’Histoire décidera s’il a jamais vraiment voulu plus que cette marge de manoeuvre.
Pourrait-on l’avoir, nous, maintenant, cette marge de manoeuvre ? Oui, si on pose la bonne question aux Québécois. La bonne question n’est pas celle qui fait choisir la population entre être ou ne pas être canadien, car le meilleur scénario pour le Québec est probablement entre ces deux solutions simplistes. La bonne question à poser, c’est celle du vote de confiance, permettant au gouvernement légitimement élu du Québec de déterminer ce qui est le MIEUX pour le Québec et de faire tout ce qu’il faut pour l’obtenir. Le faire sans le fil à la patte de quelque consultation populaire ultérieure.
Le gouvernement du Québec devrait recevoirle mandat de négocier une nouvelle constitution canadienne qui donnera au Québec ce qui est bon pour le Québec. Il doit pouvoir, donnant-donnant, négocier habilement les concessions sur certains points qui permettront de se gagner des avantages sur certains autres. Il doit pouvoir négocier une constitution sur mesure.
Il doit pouvoir la négocier sans parti pris et surtout avoir reçu, quand il engage cette négociation, un mandat non équivoque des Québécois confirmant qu’il parle en leur nom et peut — ne DOIT pas nécessairement, mais PEUT, s’il le juge nécessaire — dire que c’est assez, déposer les cartes sur le tapis vert, puis fermer doucement ou claquer la porte. Il doit avoir la discrétion explicite de choisir une déclaration unilatérale d’indépendance.
Ce mandat, non pas impératif, mais largement discrétionnaire, devrait faire l’objet du prochain référendum. Le DERNIER référendum.
La question ? Simple et claire :
« QUÉBÉCOIS D’ABORD, je donne au Gouvernement du Québec le mandat formel : a) de négocier avec le Gouvernement du Canada les termes d’une nouvelle constitution qui instaurera un nouveau partage des pouvoirs au sein d’une Confédération canadienne, à laquelle le Québec appartiendra si elle est conforme à ses aspirations, et b) si telle négociation échoue, de procéder, à sa convenance, à la sécession du Québec du Canada, selon des modalités à définir avec le gouvernement du Canada ou par déclaration unilatérale d’indépendance, selon qu’il le jugera opportun. »
Un « OUI » à ce référendum ne signifie pas la sécession du Québec, mais signifie que celle-ci peut être déclarée en tout temps. Si le gouvernement fédéral ne conteste pas la validité du mandat qui en découle, — et la contester serait un suicide politique pour le gouvernement qui le ferait — il reconnaît de facto la souveraineté du Québec, puisque la souveraineté ne dépend pas des appartenances qu’on se choisit, mais du droit inaliénable de les choisir.
Dans la situation ainsi créée, le Québec EST souverain et son gouvernement choisit les modalités de sa participation à une ensemble canadien, disposant même du droit de ne pas y appartenir. Je crois que c’est ce qui donnerait satisfaction à une majorité de Québécois. Pas à 51% des Québécois, mais à une majorité assez substantielle des Québécois pour qu’on puisse raccommoder la déchirure sociale qui persiste depuis le premier référendum et faire des choses ensemble.
Si je connais bien les Québécois, ils voterontt OUI à ce référendum,… puis s’empresseront d’élire un gouvernement qui négociera âprement pour le bien du Québec, mais tout en gardant un préjugé favorable au maintien de liens privilégiés avec le reste du Canada. L’indépendance, mais SI nécessaire…
Une « Souveraineté-Association », mais avec des dents. Est-ce que ce ne serait pas ça, la véritable autonomie ?
Pierre JC Allard

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