Le grand mirage du néolibéralisme

OSCAR FORTIN
Nombreux sont les pays qui s’identifient au néolibéralisme et qui en font une option fondamentale de liberté et de développement. Les deux colonnes sur lesquelles il repose sont, pour l’essentiel, la démocratie et la libre entreprise. En leurs noms, de nombreux gouvernements ont été renversés. Parfois, c’était en invoquant le caractère anti-démocratique et dictatorial de certains gouvernants, mêmes élus par leur peuple, tantôt c’était des contraintes inacceptables, imposées à la libre entreprise.
Alors qu’en est-il vraiment de ces deux colonnes ?
D’abord, parlons de la démocratie, de cette démocratie dont nos ténors politiques sont si fiers. Qu’a-t-elle de vraiment démocratique ? Quelle est la place qu’elle accorde au peuple dans l’exercice des pouvoirs de l’État ? De fait, comment parler de démocratie sans parler de ce pouvoir du peuple pour le peuple ?
Pour nous en tenir qu’au Canada, sachant que sa réalité démocratique se retrouve dans à peu près tous les pays de même inspiration, le premier ministre Harper a l’entière maîtrise des pouvoirs de l’État canadien avec 25 % de son électorat et avec moins de 40 % de ceux et celles qui sont allés aux urnes pour voter. C’est dire que 75 % de l’électorat canadien, donc une grosse majorité, peut ne pas se reconnaître dans l’exercice actuel du pouvoir de l’État. Il en va de même pour les 61 % de ceux et celles qui  votèrent contre le parti politique de M. Harper.
Les 39 %, ayant voté pour les candidats de son parti, lui assurent les pleins pouvoirs politique d’un gouvernement majoritaire, sans, pour autant, faut-il le noter, avoir eux-mêmes une emprise sur ce pouvoir. Il est vrai que leurs élus les représentent, mais ce sera en suivant la ligne du parti lequel suivra la ligne du premier ministre et de son exécutif, lesquels suivront la ligne de leurs mentors oligarchiques ainsi que celle de leur puissant voisin, les États-Unis. Le peuple viendra en tout dernier lieu.
Entre le pouvoir du peuple et celui de l’État, il y a toute une mécanique qui fait en sorte que le peuple garde l’illusion d’une participation démocratique à son devenir politique, économique, social et culturel. Dans les faits, les principaux partis politiques sont des outils de première main, permettant à certains groupes puissants d’en contrôler la constitution, les orientations et tout particulièrement les leaders. Pour ce faire, il y a l’argent, les médias, la corruption et tout ce qui va avec.
Là où les résultats anticipés ne font pas problème, la mécanique électorale fonctionne normalement. Là où de sérieux problèmes peuvent se présenter, des mécanismes plus sophistiqués d’intervention sont mis en place. Le cas des dernières élections présidentielles au Mexique en est une bonne illustration. Beaucoup d’autres exemples pourraient illustrer ce type d’interventionnisme.
Que dire maintenant de la libre entreprise ?
De plus en plus d’exemples démontrent que la collusion entre les grands conglomérats annule les effets bénéfiques de la compétitivité. On nous laisse l’illusion d’une certaine compétitivité par de multiples procédés dont le marketing des spéciaux de fin de semaine ou, comme pour l’essence, d’une variation des prix d’une région à une autre. Dans ce dernier cas on s’assurera que les régions soient  suffisamment éloignées les unes des autres pour ne pas attirer les consommateurs de l’autre région.
Ce sont là des mesures à la périphérie du système, n’ayant pour but que de laisser l’illusion du grand bienfait de la liberté d’entreprise. Ce qui faisait l’orgueil du capitalisme originel, l’offre et la demande, est devenu une mise en scène qui ne garde de la réalité que les apparats.
Que nous révèle la Commission Charbonneau ?
Elle nous démontre que les partis politiques, dans leur ensemble, sont des noyautages qui permettent aux intervenants privés de s’attacher les futurs élus aux fins de leurs propres intérêts. Ce sont ces partis, avec leurs élus grassement financés, qui auront à livrer la marchandise attendue.
Nous sommes loin du pouvoir du peuple pour le peuple. C’est plutôt le pouvoir des oligarchies pour les oligarchies.
Ce n’est pas pour rien que tout le système étatique est bâti sur une constitution, écrite par ces oligarchies, et à propos de laquelle le peuple n’a eu rien à dire. Ça s’appelle la démocratie représentative,  sans toutefois préciser de qui elle est représentative.
La Commission Charbonneau nous révèle que le principe de l’offre et de la demande, a été complètement contourné par la collusion des principaux intéressés. À ce chapitre le Québec ne fait pas exception et aucun État n’y échappe.
Conclusion
Si encore le néolibéralisme se révélait sur la base de ses principes de liberté, de générosité et de saine compétition, nous pourrions en mesurer l’efficacité et ses bienfaits, mais tel n’est pas le cas.
Avec l’éveil des peuples, nous comprenons mieux maintenant pourquoi ces oligarchies veulent réduire l’État, cet outil unique dont dispose les peuples pour œuvrer au bien commun de l’ensemble de la collectivité. Elles savent que les intérêts des peuples ne sauraient se subordonner à leurs intérêts corporatifs et qu’elles devront subordonner leurs propres intérêts aux impératifs du bien commun de la collectivité.
La liberté des uns n’a-t-elle pas pour frontière les droits des autres. Dans le cas présent, le droit des autres, c’est celui du peuple. D’ailleurs ce principe devrait s’imposer à tous les acteurs d’une société.
Il est urgent de lever le voile sur ce grand mirage du néolibéralisme qui n’a rien de néo (généreux) ni de libéralisme (liberté).
Certains peuples ont décidé de reprendre en main et leur démocratie et leur libéralisme économique. Leur premier geste, en arrivant au pouvoir, a été d’écrire une constitution qui soit à leur image et qui corresponde à leurs intérêts.

Le peuple québécois a des choix à faire et il les fera lorsqu’il en aura pleinement conscience. À nous d’y travailler. Un leader sans peuple est sans ressource et un peuple sans leader est sans guide.

Oscar Fortin
avatar

Oscar Fortin

Libre penseur intéressé par tout ce qui interpelle l'humain dans ses valeurs sociales, politiques, économiques et religieuses. Bien que disposant d'une formation en Science Politique (maîtrise) ainsi qu'en Théologie (maîtrise), je demeure avant tout à l'écoute des évènements et de ce qu'ils m'inspirent.

4 pensées sur “Le grand mirage du néolibéralisme

  • avatar
    3 février 2013 à 23 11 25 02252
    Permalink

    « Il est urgent de lever le voile sur ce grand mirage du néolibéralisme… »

    Le mirage n’est pas sur le néolibéralisme; le mirage est sur la notion que l’on peut se servir du « Pouvoir » pour produire le « Bien ».

    Le pouvoir, quel qu’il soit, produit le « contrôle » et le contrôle efface la liberté qui tue le « Bien ».

    Il faut éliminer TOUT pouvoir de sorte que les consensus s’installent au niveau des individus et non seulement au niveau des grandes puissances. Aucune GRANDE PUISSANCE (ce qui est complètement relatif) ne peut produire le « Bien » pour l’humanité. Je le répète, il faut éliminer tout « pouvoir » quel qu’il soit.

    C’est au niveau de chacun des individus que l’on peut installer de vrais consensus. Celui qui n’en est pas capable n’est pas « adulte »; et celui qui a « peur » des autres autour de lui, n’a pas confiance en lui-même et ne peut pas avoir confiance en autrui.

    Tout n’est qu’une question d’ÉDUCATION qu’il faut comprendre ne pas, du tout, être de L’INSTRUCTION.

    Le processus est valable à partir du niveau de l’intimidation dans les écoles jusqu’à celui de l’intimidation à l’ONU. Éliminez le pouvoir partout et tout le monde est égal et est condamné à « S’ENTENDRE ».

    Amicalement

    André Lefebvre

    Répondre
  • avatar
    4 février 2013 à 8 08 51 02512
    Permalink

    André, vous avez une vision eschatologique d’une humanité revêtue d’un esprit nouveau et d’un coeur nouveau trouvant par elle-même et en elle-même son équilibre et son harmonie. Il y a un texte dans l’Ancien Testament qui prédit un temps où ce monde dont vous parlez sera réalité. C’est le prophète Jérémie qui s’en fait l »auteur.

    « Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple. Ils n’auront plus à instruire chacun son prochain, chacun son frère, en disant : «Ayez la connaissance de Yahvé!» Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands. » (Jér. 31,33-34)

    Entre temps, il y a la loi du respect des droits des autres et il y a des autorités à tous les niveaux qui s’en font les interprètes. Malheureusement, ces autorités sont souvent portées par la cupidité et le pouvoir de domination, peu soucieuses de ces droits des personnes et des collectivités auxquelles elles s’imposent.

    L’éveil des consciences auquel nous participons démasque de plus en plus ces tricheries et ces manipulations. Il laisse entrevoir un jour nouveau où les humains de la terre pourront vivre sans les guerres, sans les armes dans le respect de la justice, de la vérité, de la solidarité et de la compassion. Les États émergents se donnent de nouvelles constitutions répondant de plus près aux aspirations de leurs peuples. Une constitution est une loi, elle est même la loi fondamentale d’un pays, donc…

    Répondre
  • avatar
    4 février 2013 à 9 09 51 02512
    Permalink

    Oscar, bonjour.

    Sur les 7 vous avez répondu à mon commentaire de la façon suivante :

    « Il y a un texte dans l’Ancien Testament qui prédit un temps où ce monde dont vous parlez sera réalité. C’est le prophète Jérémie qui s’en fait l »auteur.
    « Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple. Ils n’auront plus à instruire chacun son prochain,… »

    La réalité est que tout ce qui peut rendre l’homme équilibré socialement est déjà en lui depuis la nuit des temps et n’a pas besoin de lui être « enseigné ».

    Cet « équilibre » fut inculqué par le besoin de survivre chez les hommes préhistoriques qui devaient vivre en groupe et en harmonie pour y arriver.

    Cette nécessité de l’équilibre social personnel disparu à la venue du « pouvoir » produit par la création de l’élitisme religieux qui se répandit dans la société.

    Vous me dites ensuite,

    « Entre temps, il y a la loi du respect des droits des autres et il y a des autorités à tous les niveaux qui s’en font les interprètes. »

    C’est exactement ce que je viens de décrire, sauf que vous dites « s’en font les interprète » au lieu de « prennent le contrôle » qui est plus exact.

    Mais avant « le respect du droit des autres », il faut respecter « ses propres droits » sans en dépasser les limites comme l’élitisme le « conseille ».

    La liberté totale répond à tous les besoins humains; mais il faut absolument avoir du « respect » pour sa propre liberté afin de respecter celle des autres.

    Abuser de sa propre liberté est signe d’une maladie mentale dont très peu d’hommes préhistoriques souffraient; car ces « malades » décédaient assez rapidement dans le groupe. J’ajouterais qu’ils ne tombaient pas sous les coups du Saint-Esprit.

    Amicalement

    André Lefebvre

    Répondre
  • avatar
    4 février 2013 à 13 01 18 02182
    Permalink

    Monsieur André Lefebvre , vous dites : celui qui n’est pas capable n’est pas <<adulte'' , c'est vrai , mais la vie fait que certains adultes , ne seront jamais capable et les journalistes s'en servent comme exemple.

    Aussi vous dites celui qui a << peur '' des autres autour de lui , n'a pas confiance en lui-même et ne peut pas avoir confiance en autrui.
    L'ÉDUCATION S'EN VIENT , et à grand ''V'' et aussi pour la Pentarchie.

    Comme je l'ai dit antérieurement , il est trop tôt encore pour que celui qui a peur se révolte , mais il peut(ceux et celles qui ont la haute-vitesse) en apprendre beaucoup sur le WEB . L'ÉDUCATION S'EN VIENT , et à grand ''V'' et aussi pour la Pentarchie et eux n'aiment pas cela.

    Monsieur Oscar Fortin , je ne puis vous redire drett-là , mais je travaille beaucoup sur le respect ; des LOIS et des règlements des Municipalités , mais quelque part je vous redirai , car c'est quelquepart comme vous venez de dire , ainsi que Monsieur Lefebvre.

    Prêtez-moi une Journaliste d'enquête qui n'est pas une tite-pitounne d'Israël………….
    Jean-Marie De Serre.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *