Le Japon : un fascisme qui a réussi – 2


 

YAN BARCELO

(Dans ma chronique de la semaine dernière, j’avançais l’idée que le Japon constitue une manifestation concrète de l’idéal fasciste tel que celui-ci a été élaboré chez certains penseurs de l’idéalisme, Hegel en premier lieu. Comme le propose le titre, le Japon est un cas où l’idéal fasciste a « réussi ».

Je poursuis cette semaine en exposant quelques exemples frappants de cette intégration poussée de l’individu aux volontés de l’État qu’a accomplie le Japon, phénomènes et pratiques dont nous sommes peu informés ici.

Au sommet de la société japonaise on trouve un conglomérat qui réunit la triade gouvernement, entreprises et banques dans un tissage extrêmement serré. Entre les parties de cette triade, les hauts dirigeants circulent très librement, un haut fonctionnaire pouvant devenir dirigeant d’entreprise, pour ensuite devenir ministre puis retourner au mandarinat d’État. Les grands groupes dominants, qu’on nomme les zaibatsu et où on trouve les colosses Mitsubishi, Mitsui, Sumitomo et quelques autres, sont les faisceaux autour desquels les élites du pays articulent et organisent la société japonaise.

Ces grands groupes ont des comportements qui sont inimaginables pour nous, en Occident. Par exemple, quand j’étais là en 1990, tous les jeunes recrutés par les grandes sociétés vivaient dans des colonies et dortoirs entretenus et payés par leurs entreprises. Ce n’est qu’au moment de se marier que ces jeunes avaient la permission d’acheter une maison et de quitter la « colonie ». En fait, 40% des mariages étaient arrangés, planifiés, organisés et payés par les entreprises.

Le système d’éducation est une vaste chaîne de promotion organisée comme une pyramide qui s’appuie à sa base sur les écoles primaires dans les préfectures et au sommet de laquelle trônent quelques universités, comme celles de Tokyo et de Kyoto. Et au-dessus de ces universités, prennent place les zaibatsu, qui ne recrutent que parmi les finissants de celles-ci. Pour le jeune, c’est une longue course à obstacles extrêmement éprouvante, où l’échec est coûteux. Chaque année, on assiste à des dizaines de suicides de la part de jeunes qui se sentent déshonorés parce qu’ils n’ont pas réussi les examens d’entrée des écoles supérieures, souvent même d’écoles ou de collèges à des échelons inférieurs. Quand a-t-on entendu parler au Québec, au Canada ou en France de jeunes qui se sont suicidés parce qu’on leur avait refusé l’accès à un collège ou à une université, je vous le demande?

Tout Japonais qui a été en poste à l’étranger est vu avec méfiance par la société qui l’accueille à son retour, et c’est pourquoi il est soumis à une période de « purification » s’étalant sur une année ou deux : il est assigné à un emploi moins décisionnel, une sorte de « poste de quarantaine », où il est soumis à l’observation de ses pairs qui tentent de déceler chez lui les déviations étrangères et déterminent s’il est digne pour des responsabilités accrues. En même temps ses enfants sont envoyés dans des écoles spécialisées de « décontamination » pour une année ou deux et, son épouse, elle aussi, est tenue sous observation.

La pression de se conformer aux exigences du groupe est considérable et omniprésente et toute déviation par rapport aux normes est directement réprimandée ou silencieusement condamnée. Et cet impératif de conformité opère dès l’enfance. Quelqu’un me rapportait l’anecdote révélatrice d’un élève à l’école primaire qui avait fait un dessin dans lequel il avait coloré les arbres en rose et bleu. Son professeur l’a vertement réprimandé et ridiculisé devant toute la classe au nom de cette évidence élémentaire : les arbres sont verts.

Le Japon n’est pas raciste, mais xénophobe. Cette xénophobie, fréquente chez nombre de peuples, ne tient pas seulement à une réaction de peur et de malaise devant l’étranger. Elle tient à une notion que les Japonais sont la race élue, la seule race vraiment humaine, à côté de qui toutes les autres sont carencées. Une telle vision peut facilement basculer du côté du racisme actif, comme on l’a vu dans la première moitié du XXe siècle avec l’invasion japonaise de la Corée et de la Chine et au cours de laquelle les Japonais se sont adonnés à des exactions inhumaines.

Mais encore une fois, cette supériorité que s’assignent les Japonais relève plus de la xénophobie, je crois, que du racisme, et n’a certainement rien à voir avec le racisme « scientifique » et délirant des Nazis. Et parfois, cette xénophobie emprunte au plus haut burlesque. On ne compte plus le nombre de livres qui prétendent expliquer l’unicité sans égal du Japonais. Les raisons vont d’un intestin plus long de 3 à 5 mètres que chez les autres humains à un organe spécial et exclusif au cerveau des Japonais qui explique leur intuition ou leur force intérieure supérieure. Ces théories ne sont pas le fait de maniaques isolés, aussi farfelus qu’obscurs, mais d’éminents chercheurs ou d’honorables docteurs dont les propositions sont largement discutées dans les médias et dans les cafés.

YAN BARCELO

Une pensée sur “Le Japon : un fascisme qui a réussi – 2

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    2 avril 2013 à 23 11 43 04434
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    Il ne faut pas croire tout ce qu’on dit sur les nazis, même si on n’a pas le droit d’exprimer plusieurs vérités sur ces sujets, ce qui en dit long…

    Cordialement,

    Nicolas

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