Le « Kiosque permanent » de plumedepresse

Au menu du jour, le nouveau témoignage dans le bettencourtgate, avec un récapitulatif du faisceau d’indices concordants qui accusent le président de financement illicite de sa campagne électorale, une Phrase du jour comparant Besancenot et Le Pen et un billet d’humeur visant Nadine Morano.

Tout va très bien, Madame la marquise Morano

19 h 23 – « Ils ont 20 ans mais n’ont pas le cœur à la fête. Loin de l’image d’une jeunesse insouciante et rêveuse, eux pointent au chômage ou ont un travail qui ne leur permet pas de boucler les fins de mois. Ils sont même de plus en plus nombreux à frapper à la porte d’une organisation caritative pour recevoir un colis alimentaire. C’est ce qui ressort du rapport annuel du Secours catholique rendu public ce matin. L’association note une augmentation du nombre de moins de 25 ans dans ses antennes, qui représentent désormais 11% des personnes accueillies », annonce Vincent Mongaillard dans Le Parisien. Un jeune de 18 à 25 ans sur cinq vit désormais en dessous du seuil de pauvreté. Mais il n’y a pas besoin de faire un « virage social », expliquait hier soir dans Mots croisés Madame la marquise Nadine Morano.

« La mortalité infantile ne baisse plus en France depuis 2005 et a même augmenté en 2009, selon une étude publiée aujourd’hui par l’Insee, qui n’a pas identifié « d’explication claire » à ce phénomène, rapporte l’AFP le 27 octobre dernier. Du coup, dès 2008, « au classement des plus faibles taux de mortalité infantile, la France est ainsi passée du 5e rang européen en 1999 au 14e », ajoute l’Insee. (…) La France se situe désormais notamment derrière la Grèce et l’Espagne. (…) « On a cherché des explications du côté des mères : on a examiné leur âge, leur nationalité, leur catégorie sociale, leur lieu de résidence mais il n’y a pas d’explication claire », selon Xavier Niel, de l’Insee. « On peut peut-être supposer des choses (explicatives) du côté de l’offre de soins », a-t-il ajouté, indiquant que l’Insee allait lancer une étude sur ce sujet, aux côtés des autorités sanitaires. » Mais quand Eva Joly proteste des menaces qui pèsent en France sur l’éducation et la santé, Madame la marquise Morano vitupère : « Je ne peux pas vous laisser dire ça ! » Et elle ajoute que supprimer un fonctionnaire sur deux vise l’objectif de « mieux organiser » le fonctionnement des services publics.

« Selon l’Insee, un ouvrier non quali?é a aujourd’hui une espérance de vie à 35 ans plus faible de neuf années par rapport à un cadre de la fonction publique, rappelle Carine Fouteau sur Mediapart. La différence est encore plus grande en prenant en compte l’espérance de vie en bonne santé : un cadre de 35 ans peut espérer vivre encore 34 ans sans incapacité, contre 24 ans pour un ouvrier. En un quart de siècle, l’écart entre les deux groupes a augmenté de 16%, notamment sous l’effet, au cours de la période récente, de la hausse des différences de revenus en France, entre les très riches et les très pauvres. » « Les personnes vivant moins longtemps sont en effet plus particulièrement pénalisées par le relèvement progressif de l’âge de la retraite », écrit dans Le Monde Nicolas Marquès (Institut économique Molinari), ce qui conclut parfaitement l’extrait précédent. Mais la réforme des retraites gouvernementale, qui pénalise ainsi les plus modestes et refuse de taxer les revenus de la spéculation et les stock-options (des riches) « est juste », comme s’en félicitait hier soir sur France 2 Madame la marquise Morano.

En l’écoutant, à défaut de la gifler, nous avons vraiment ressenti une furieuse envie de casser la télévision.

La phrase du jour : Emmanuel Berretta

14 h 44 – Le chroniqueur Médias du Point s’inquiète, dans le dernier billet de son blog, de l’ « ostracisme tranquillement décrété à l’encontre de la fille de Jean-Marie Le Pen » par Laurent Ruquier et Michel Drucker, révélé lors de la dernière émission de Vivement dimanche, dont l’invité était Jean-Luc Mélenchon. « Jusqu’à preuve du contraire, le Front national est considéré comme un parti politique légal sous la Ve République, écrit-il. (…) L’équité commande enfin que tous les courants d’expression républicains soient représentés à la télévision et à la radio. » L’argument est inattaquable. Mais selon nous, le problème réside davantage dans la présence, toutes tendances confondues, d’hommes politiques dans des émissions de divertissement, où ils apparaissent nécessairement comme sympathiques et où leur est, pour le formuler trivialement, servie la soupe. Berretta déplore d’ailleurs lui aussi « la confusion des genres entre les émissions politiques et les émissions de divertissement ». Mais là où nul ne peut s’accorder avec lui, c’est lorsqu’il interroge : « pourquoi Olivier Besancenot, qui promettait, en 2007, un salaire maximum à 7 500 euros, serait plus fréquentable que Marine Le Pen, qui entend donner la préférence nationale ? » Les bras nous en tombent : peut-être parce que la République « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion » (article premier de la Constitution), non ? La proposition de Le Pen consiste justement en cette discrimination proscrite. Mais apparemment, pour Berretta, imposer un salaire maximum de 7500 euros par mois serait tout autant scandaleux. Touche pas aux riches !

Bettencourtgate : nouveau témoignage contre Sarkozy

9 novembre 2010, 9 h 37 – Ancien chauffeur des Bettencourt, Dominique Gautier dit tenir la confidence de la gouvernante Nicole Berger, décédée depuis : « M. Sarkozy était venu chercher de l’argent chez M. et Mme Bettencourt (…) C’était juste en pleine campagne électorale ». A lire chez Mediapart (article payant) ou en résumé dans Le Monde : « Interrogé sur la raison pour laquelle il n’a jamais livré ce témoignage à la police, il répond : « Ah non, je n’en ai pas parlé aux policiers ! (…) Quand on voit à quelle sauce a été mangée Mme Thibout maintenant, j’ai pas envie de passer par-là. » L’ex-comptable Claire Thibout avait affirmé début juillet à Mediapart qu’Eric Woerth avait reçu, en tant que trésorier de l‘UMP, la somme de 150 000 euros en liquide pour financer cette campagne. Elle affirmait aussi que M. Sarkozy, quand il était maire de Neuilly et « un habitué » de la table des Bettencourt, « recevait aussi son enveloppe ». L’entourage de Nicolas Sarkozy a fermement démenti ses propos. » Tu m’étonnes !

Encore hier soir lors de l’émission de France 2 Mots croisés, l’insupportable Nadine Morano s’est insurgée d’ « accusations sans preuves ». Faisons-lui la leçon : il s’agit de plusieurs témoignages, corroborés par un faisceau d’éléments précis, que rappelle Mediapart. « Il y a d’abord eu, on l’a vu, les déclarations de l’ancienne comptable du couple milliardaire, Claire Thibout, à propos d’un versement illicite de 150 000 euros au pro?t de la campagne électorale de M. Sarkozy en 2007. A défaut d’être formellement établies – les versements d’espèces sont généralement improuvables et c’est même leur intérêt premier -, les af?rmations de l’ex-comptable ont toutefois été confortées par plusieurs éléments matériels. Dans ses déclarations du 16 juillet à la juge Prévost-Desprez, Claire Thibout a ainsi indiqué que c’est le 18 janvier 2007, une date qui correspond à la période évoquée par Dominique Gautier, qu’elle avait remis une partie de l’argent (50 000 euros en espèces) destiné à ?nancer les ambitions présidentielles de Nicolas Sarkozy au gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, Patrice de Maistre. Or, dans l’agenda de l’ex-comptable, ?gure à la date indiquée la mention suivante : «Rendez-vous madame Bettencourt pour donner enveloppe qui donnera à Patrice». Et à la date du lendemain, le 19 janvier, on peut lire ceci : «Patrice et trésorier». A savoir, un rendez-vous entre Patrice de Maistre, l’homme de con?ance de la milliardaire, et Eric Wœrth, trésorier de la campagne de M. Sarkozy. (…) Les agendas de Patrice de Maistre saisis par la police con?rment l’existence d’une rencontre dans la matinée du 19 janvier avec Eric Wœrth, pour un «café». (…) Ce n’est pas tout. Les livrets de comptabilité de la maison Bettencourt, renseignés par Claire Thibout pendant ses treize années d’activité au service de la propriétaire de L’Oréal, attestent qu’entre la ?n 2006 et le début de l’année 2007, de fortes sommes d’argent ont été retirées en espèces sans justi?cation (contrairement à toutes les dépenses courantes) depuis les comptes des Bettencourt. D’après l’ex-comptable, une partie de ces sommes avait précisément vocation à ?nancer de la main à la main des hommes politiques français. A ces éléments, qui donnent du crédit à la parole de l’ancienne comptable, il faut ajouter la découverte par les enquêteurs de la brigade ?nancière des journaux intimes du photographe François-Marie Banier. Le protégé de Liliane Bettencourt (…) a notamment reporté, au printemps 2007, des «propos tenus» par la propriétaire de L’Oréal selon lesquels Nicolas Sarkozy aurait reçu, en pleine campagne présidentielle, de l’argent des époux Bettencourt. La phrase exacte, rapportée par Le Point après les révélations de Mediapart, est la suivante : «De Maistre me dit que Sarkozy demande encore de l’argent. (…) Tout aussi catégoriques dans leurs propos mais sans désigner explicitement Nicolas Sarkozy, deux anciens employés de la maison Bettencourt, une secrétaire particulière et un majordome, ont fait des déclarations concordantes à la police, début juillet, qui ne laissent guère de place au doute sur l’existence d’enveloppes en espèces ayant pro?té à des personnalités politiques, principalement de droite. » On le voit, n’en déplaise à la harpie sarkozyste, balayer tout cela à l’aide de la formule d’ « accusations sans preuves » s’avère tout sauf convaincant. Le témoignage indirect de l’ancien chauffeur des Bettencourt n’est qu’un élément supplémentaire venant conforter la thèse, éminemment gênante pour l’UMP, que l’élection de leur champion à la présidence de la République devrait être invalidée pour cause de financement illicite ! Mais évidemment, le ministère de la Justice s’est arrangé pour que l’affaire ne soit pas jugée avant 2012… Et l’on nous parle de démocratie et de légitimité ?

8 novembre 2010

La Pravda sarkozyste dans ses oeuvres

20 h 39 – Ah ils sont gonflés, au Figaro ! La popularité de Sarkozy reste stable dans la tempête, se réjouit le quotidien à la Une de son édition du 5 novembre dernier. Acrimed réagit dans l’article Le Figaro, quotidien burlesque : « Qui dit «tempête», dit baromètre : «Selon le baromètre TNS Sofres pour Le Figaro Magazine, la popularité de Nicolas Sarkozy est restée inchangée». Depuis quand ? Certes, cette «popularité» est en baisse depuis septembre, mais voici qui est plutôt rassurant (pour Le Figaro) : «Depuis septembre, le président de la République n’a finalement perdu que 4 points dans le cœur de ses concitoyens : ce n’est pas si cher payé pour une réforme qui se veut la plus emblématique du quinquennat !» Les concitoyens dont le cœur palpite pour Sarkozy seraient 26%. Mais cette «popularité» (sic) est restée stable entre octobre et novembre. «Victoire !», crie Le Figaro : «À force de répéter que la réforme des retraites n’a fait « ni vainqueur ni vaincu », Nicolas Sarkozy a réussi un exploit que révèle la dernière livraison du baromètre TNS Sofres pour Le Figaro Magazine : des millions de Français ont eu beau défiler dans la rue, crier haut et fort leur sentiment d’amertume et d’injustice, la popularité du chef de l’État, qui n’a rien lâché sur l’essentiel, est restée inchangée. Basse, certes, mais intacte : comme en octobre, 26% des Français lui font confiance pour résoudre les problèmes qui se posent à la France. » C’est cela : intacte à 26%, et c’est « un exploit » que de n’être pas descendu encore plus bas… Hasard de l’actualité, un autre sondage est sorti aujourd’hui même, le baromètre Ipsos-Le Point, dévoilé par l’hebdomadaire sous ce titre : Nouveau record d’impopularité pour Nicolas Sarkozy. « Nicolas Sarkozy pariait sur un retournement mécanique de l’opinion publique : une fois la réforme des retraites votée, les Français, lassés de la mobilisation, agacés par les blocages et les grèves à répétition, devaient lui redonner du crédit, écrit Charlotte Chaffanjon. Mais il est loin de ce scénario. En novembre, selon notre baromètre Ipsos pour Le Point, le niveau d’impopularité du chef de l’État atteint son record. » Qu’en dit Le Figaro ? Pas de titre en Une cette fois, ni même d’article, juste la reprise de la dépêche AFPPopularité : Sarkozy toujours très bas. En fait, le mot « burlesque » est parfaitement choisi par Henri Maler, l’auteur de l’article d’Acrimed. Comment en effet ne pas trouver risibles les pathétiques efforts du quotidien d’Etienne Mougeotte et Serge Dassault pour nier l’évidence ?

Médias aux ordres : la révolte des journalistes d’Ouest France

17 h 14 – Il faut se garder de l’amalgame « journalistes tous pourris » et bien distinguer la direction et les éditocrates d’une part, et le reste de la confrérie – les « soutiers » – de l’autre. Nous l’évoquions dans un billet le 30 septembre dernier : à France Télévisions comme à l’AFP, les organisations syndicales n’hésitent pas à protester en termes très fermes et accusatoires contre la normalisation sarkozyste à l’oeuvre dans leur média. A son tour, le Syndicat national des journalistes d’Ouest France a publié le 25 octobre un communiqué au vitriol, sous le titre d’Enrayer le déclin éditorial : « Trop, c’est trop ! En ces temps de mouvement social de grande ampleur, nos éditorialistes attitrés s’affranchissent avec constance des principes mêmes sur lesquels le journal fonde sa culture, son image et la confiance de ses lecteurs. Chaque matin ou presque, pour voler au secours de Sarkozy et de sa politique, la Une affiche une ligne idéologique à sens unique. Quand, à Ouest France, ligne éditoriale et idéologie font bon ménage, le projet de réforme des retraites est présenté comme une évidence qui doit s’imposer à tout esprit sain et raisonnable. Sa contestation prolongée et résolue est d’une irresponsabilité coupable au regard des générations futures. La radicalisation du mouvement social met en péril l’équilibre économique et sape les fondements de notre démocratie. Le gouvernement, droit dans ses bottes, incarne l’ordre et la fermeté. Les opposants, eux, alors qu’ils ont le soutien de la majorité des Français, sont présentés comme divisés et sans projets sérieux. Que deviennent le pluralisme, la défense de la démocratie, le respect du lecteur qu’Ouest France brandit, à la première occasion venue comme son étendard ? Les consignes données aux rédactions par la hiérarchie sont sans ambiguïté : il faut restreindre la couverture des manifestations «pour éviter de lasser» le lecteur ; il importe de mettre l’accent sur les perturbations – lycées bloqués, stations services à sec… – et de donner surtout la parole «aux gens dont l’activité commence à être perturbée par le mouvement». Sur le terrain, de nombreux journalistes ont été interpellés par des lecteurs choqués et qui se sentent trahis. Dans nos rangs aussi, la colère s’exprime, comme lors de l’AG de la section Ouest France du SNJ : «Qu’on arrête enfin de nous faire passer des choix idéologiques pour des choix journalistiques, s’insurge une consoeur. Non, les gens qui sont contre le mouvement social actuel ne créent pas un événement à couvrir au même titre que ceux qui manifestent !» «Qu’on arrête d’essayer de minimiser l’ampleur de ce mouvement, en nous demandant de donner la parole à tout le monde», s’indigne un autre. (…) Le SNJ n’est pas opposé à l’expression d’opinions affirmées dans les éditoriaux. A condition que les points de vue divergents puissent s’exprimer à la même place. A condition que le traitement de l’actualité reste dans le cadre dont il n’aurait jamais dû sortir : celui d’une information honnête et équilibrée des lecteurs. C’est pourquoi le SNJ mène un combat pour la reconnaissance, par la loi, de l’indépendance des équipes rédactionnelles, leur permettant de s’opposer collectivement à toute pratique porteuse d’un risque heurtant la conscience professionnelle des journalistes. » Bon courage les gars (et les filles, comme l’objecte un plumonaute) !

Villepin, l’imprécateur

16 h 17 – « Je dis que Nicolas Sarkozy est aujourd’hui un des problèmes de la France et parmi les principaux problèmes qu’il faut régler et qu’il est temps que la parenthèse politique que nous vivons depuis 2007 soit refermée » : l’ancien Premier ministre et toujours membre de l’UMP Dominique de Villepin a frappé fort, lors du Grand Rendez-vous Europe 1-Le Parisien d’hier. « Nicolas Sarkozy a innové en inventant une cour à son image. Elle a la peur comme moyen, l’argent comme fin et le spectacle médiatique comme théâtre de sa mise en scène narcissique. La politique n’y est pas perçue comme un levier, encore moins comme un idéal, mais comme un marché où l’on achète et brade les hommes comme les idées en fonction de l’intérêt du moment. » Parfaitement observé et exprimé : c’est sans doute ce qui rend fous de rage tous les roquets de l’UMP ! Mais il ne faut pas oublier pour autant qui est Villepin : l’homme des complots et des cabinets noirs, et le héraut d’une politique antisociale symbolisée par feu le CPE qu’il tenta en vain d’imposer. Enfin, qu’il se présente à la présidentielle comme il en meurt d’envie : tout ce qui divisera la droite est bon à prendre.

Les bijoux de Christine Lagarde, trop bling bling pour le XIIe

12 h 28 – C’est Alexis Corbières (Parti de gauche, Conseiller de Paris et 1er adjoint à la mairie du XIIe arrondissement) qui a le premier révélé l’affaire sur son blog, avant que le Canard enchaîné ne reprenne l’info le lendemain : « Connaissez-vous «Les Nouvelles du 12e» ? (…) Il s’agit d’une publication, tirée à 60 000 exemplaires, en quadrichromie, distribuée gratuitement, une fois tous les deux mois  environ, dans les boîtes aux lettres des habitants du 12e arrondissement. Cette publication est à l’initiative de la ministre de l’Economie et des finances, qui y signe systématiquement un éditorial. Ce journal, en plus de la propagande de l’UMP, essaye laborieusement d’être le reflet de son activité comme élue locale, puisque depuis mars 2008, elle est élue municipale, d’opposition. L’exercice est périlleux, car, généralement, il n’y a pas grand chose à raconter. Mais, cette fois-ci, il y a du nouveau. Dans sa dernière livraison, le numéro 15, on peut voir en couverture une Christine Lagarde, souriante, interviewée, avec dans son dos les arcades de l’avenue Daumesnil, principale artère du 12e. Normal, me direz-vous, de la voir dans le quartier dont elle est l’élue. Détrompez-vous. Les habitués de ce blog savent que depuis deux ans, je reproche régulièrement et publiquement à notre ministre de l’Economie et des finances de ne jamais siéger au Conseil d’arrondissement du 12e. Je lui reproche de se désintéresser totalement de ce mandat, contrairement à ce qu’elle laisse entendre. Au mieux, elle passe une poignée d’heures en séance du Conseil de Paris, généralement lors du débat sur le budget, ou lorsqu’une séance aborde exceptionnellement un sujet qui intéresse fortement les médias. C’est tout. Elle est pourtant indemnisée pour cela plus de 4000 euros bruts chaque mois. N’a-t-elle pas assez de temps pour honorer ce mandat, «dévorée» par son travail de ministre ? (…) Mme Lagarde fait donc siège vide depuis deux ans et demi. (…) La couverture du dernier numéro des Nouvelles du 12e est donc censée, cette fois-ci, faire taire les olibrius dans mon genre. A ceux qui affirment grossièrement, comme moi, qu’elle n’est jamais dans les rues du 12e, la photo de Une semble rétorquer triomphalement: voilà la preuve éclatante que Christine Lagarde est bien dans l’arrondissement !

Sauf que… Sauf que, quand on y regarde de plus près, (…) on s’aperçoit que cette photo est un montage pur et simple. Oui, oui. Elle n’est en réalité qu’un vulgaire copié-collé d’une autre photo de Mme la ministre, prise lors d’un sommet franco-allemand qui s’est tenu en février dernier. L’original de cette photo (que l’on voit ici) peut être aisément regardé sur le site du ministère des Finances. Etonnant. Pourquoi ce montage ? Est-ce si difficile de trouver une photo de Mme Lagarde dans les rues du 12e ? (…) Quand elle s’adresse au bon peuple du 12e en cette fin d’année 2010, Madâme, fine politique, sait aussi  tenir compte des conséquences de la crise économique, des inégalités qui se creusent, du mécontentement social et, du coup, Christine Lagarde veille à donner d’elle une apparence un peu plus «populaire» que ce qu’elle est en réalité. Car, manque de chance, sur la photo initiale, les bijoux de Mme la Ministre ne font pas vraiment «Etat modeste». C’est vrai quoi, les grosses perles pendues aux oreilles, la grosse bague sertie de diamants, le bracelet de perles baroques, franchement, quand on demande aux français de «faire des efforts» en travaillant deux ans de plus pour une pension de retraite à la baisse, ce n’est pas très malin, avouez-le. Mais, rassurez vous, Mme Lagarde ne fera pas une telle faute de goût. Miracle, le logiciel Photoshop est là. Et hop, enlevées les perles ! Et hop, supprimée la jolie bague ! Simple, non ? »

En réalité, ce n’est pas la première fois que la ministre s’adonne à ce genre de tripatouillage, comme le signale Guy Birenbaum, exhumant un numéro de mai dernier : « Rides et autres bouton ou pattes d’oie, tolérés dans la photo originale ministérielle (…), ont été systématiquement effacés dans Les nouvelles du 12?. Cette coquetterie apparaît pourtant moins gênante que cette troisième manipulation, toujours dans Les nouvelles du 12, mise au jour par Mediapart : cette fois-là, en février dernier, c’est un luxueux bracelet qu’elle avait fait discrètement escamoter du cliché destiné aux « pauvres », pardon, à la population du 12e. Voyez vous-même.

Ce que révèlent ces tripatouillages photoshopesques ? Que Lagarde n’assume pas son bling bling quand il s’agit de s’adresser à un électorat populaire, qu’elle veut se faire passer pour une autre que ce qu’elle est et, plus globalement, que le nom du parti au pouvoir signifie bien UMPosture !

Eduquons-nous avec l’UMP

10 h 18 – « L’UMP, qui avait organisé mercredi sa convention sur l’éducation, a édité un dépliant vantant le bilan du gouvernement sur l’école depuis 2007. On peut relever sur la photo qui illustre la page sur «l’égalité face à la réussite» une superbe erreur de calcul dans le tableau des additions : 6 + 2 = 7?, a débusqué Le Parisien. L’Obs commente finement : « Il s’agit peut-être d’une nouvelle méthode de calcul pour réduire le nombre de chômeurs ainsi que les déficits publics ». On voit mal ce qui leur reste d’autre.

A’ lire aussi:

  1. Dès demain ici : le « Kiosque permanent »
  2. Bienvenue sur le nouveau plumedepresse !

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