Le laïcisme, nouvelle religion – 2

Yan Barcelo, 27 février 2011

Dans ma chronique de la semaine dernière, j’annonçais que j’allais traiter du laïcisme en tant que fait religieux. Or, pourquoi dire de lui qu’il est d’ordre religieux? À un niveau superficiel, il ne semble pas avoir de rituels particuliers, ni de signes distinctifs de telle sorte qu’on dira qu’il n’est pas d’ordre religieux. En fait, le laïcisme se distingue par son absence de signes de foi et, tout particulièrement, par son insistance pour que tous les signes de foi soient éliminés de la sphère politique. Mais identifier le fait religieux à des signes et rituels relève d’une analyse trop superficielle. Je propose de chercher plus profondément.

J’ai argumenté dans l’essai SIDA de civilisation, à l’intérieur de ce site, que l’être humain est métaphysique par essence. Il est situé, qu’il le veuille ou non, devant l’immense mystère de l’être (le simple fait que les choses sont) et devant la question incontournable d’un possible destin cosmique qui englobe son existence actuelle et sa possible survie après cette existence.

Toute position intellectuellement articulée qui se prononce face à ce destin cosmique relève inévitablement de la métaphysique et, dans certains cas plus particuliers, de religion et de spiritualité. Dire que l’homme est appelé à régler les comportements de sa vie selon les préceptes d’une conscience inspirée par Dieu, ce que propose le christianisme ou l’islamisme, relève de la foi. Et dire que l’homme n’a à répondre à aucun Dieu, qu’il est illusoire de se soucier de conscience et d’un destin cosmique, que sa station dans la vie est uniquement réglée par la raison, ce que propose le laïcisme, cela relève aussi de la foi. Mais dans ce cas, il s’agit d’une non-foi, d’une a-métaphysique. Cela reste de l’ordre de la foi et de la métaphysique, mais sur un mode négatif.

Ne nous y trompons donc pas : le laïcisme est une religion et il manifeste déjà tous les tics de la religiosité étroite chez ses représentants plus fanatiques : l’obsession avec des peccadilles qui créent un « inconfort » ou un « malaise » comme c’est présumément le cas pour ce citoyen qui a intenté une poursuite devant le tribunal des libertés; l’impérieux besoin d’avoir raison sur l’autre; l’impératif d’excommunier ceux qui n’adhèrent pas au code.

Devant cette montée inexorable du laïcisme, les questions du professeur Garant peuvent sembler farfelues (j’en réfère à ma chronique de la semaine dernière). Elles ne le sont pas. Quand la sphère politique aura été aseptisée de tout relent de foi et de religion, il deviendra de plus en plus pressant de nettoyer la sphère publique. Car la sphère politique et la sphère publique sont évidemment en continuité directe. Ce jour-là, les clochers, les croix, les noms de rue et de ville avec tous leurs « saints » et « saintes » et même les concerts sacrés deviendront suspects, peut-être même des cibles.

On se sera assuré de confiner toute religion et manifestation de foi à la stricte sphère privée. Mais à bien y penser, les sphères publiques et privées ne sont-elles pas en continuité? La seconde n’a-t-elle pas constamment tendance à déborder dans la première et à y « imposer » ses signes? Après tout, un homme riche n’est pas riche seulement dans son salon, il accuse une forte tendance à l’être aussi avec son auto qui circule dans les rues et avec les bijoux et le manteau de vison de son épouse.

Ce jour-là, on peut s’attendre à ce que le laïcisme revendique l’intégralité pure et dure et cherche à interdire la croyance et la pratique religieuse même dans la sphère privée. Autrefois, on appelait cela de la persécution, une activité très présente aujourd’hui encore : des centaines et même des milliers de chrétiens sont assassinés chaque année à cause de leur croyance religieuse.

Or, qu’on cherche à faire cesser les prières du maire Tremblay, qu’on en débatte sur la place publique et finalement qu’il en vienne à faire preuve de plus de discrétion, voilà qui relèverait d’un processus démocratique tout à fait légitime. Mais dans la controverse du Saguenay, quelqu’un a été « offensé » par la prière du maire, en a fait appel à un « tribunal des libertés » (l’Inquisition aussi avait ses «tribunaux »), et cette « offense » coûte au maire 30 000$. C’est de la persécution. Nous sommes en pleine guerre de religions. Le maire est d’autant plus coupable que plusieurs le perçoivent comme étant « quétaine ». Péché impardonnable pour nos « élites » intellectuelles.

Exagération que tout cela? Pas du tout. Nous avons déjà vu les monstruosités auxquelles ont procédé l’idéologie profondément et intrinsèquement laïque du communisme, une idéologie qui sévit encore en Chine, pays qui abrite un cinquième de la population de la planète.

Mais qu’est-ce qui se cache derrière cette querelle des signes religieux? Y a-t-il un enjeu plus profond que simplement des disputes autour de signes, somme toute assez superficiels. C’est ce que je vais explorer dans deux prochaines chroniques.

7 pensées sur “Le laïcisme, nouvelle religion – 2

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    27 février 2011 à 8 08 14 02142
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    « le laïcisme est une religion et il manifeste déjà tous les tics de la religiosité étroite chez ses représentants plus fanatiques : l’obsession avec des peccadilles qui créent un « inconfort » ou un « malaise » comme c’est présumément le cas pour ce citoyen qui a intenté une poursuite devant le tribunal des libertés; l’impérieux besoin d’avoir raison sur l’autre; l’impératif d’excommunier ceux qui n’adhèrent pas au code. »

    On ne peut donc plus nier le genre d’apprentissage qu’a inculqué la religion à l’esprit humain.

    « Ce jour-là, les clochers, les croix, les noms de rue et de ville avec tous leurs « saints » et « saintes » et même les concerts sacrés deviendront suspects, peut-être même des cibles. »

    Triste, un peu, cette façon de vouloir faire peur.

    Merci pour cet article. M. Barcelo.

    Amicalement

    Elie l’Artiste

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    27 février 2011 à 13 01 13 02132
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    Vu de Paris où la laïcité, depuis des années très fortement menacée et grignotée à la fois par le gouvernement « républicain », les islamistes et bon nombre de politiciens et intellectuels de droite et « de gauche », vos deux articles m’apparaissent comme une attaque de plus contre la laïcité.

    J’avais dejà eu cette impression quand des québécois avaient proposé que soient contournées les règles québécoises de la laïcité par des accomodements dits « raisonnables ».

    Il me semble que vous confondez respect des religions avec respect des privilèges religieux. Et puis aussi, d’ailleurs, spiritualité et religiosité, laïcité et athéisme.

    Mais c’est peut-être, pour vous comme pour beaucoup de défenseurs des privilèges religieux, simplement parce que toute la société, depuis toujours, ne s’intéresse pas, en la matière, à ce qui est le plus important, et le plus insupportable.

    Je vous renvoie à ce que j’avais mis, sur ce sujet, en introduction de mon article publié par Centpapiers, « Benoît XVI, premier responsable de la violence religieuse » :

    « La religion du XXIe siècle sera violente ou ne sera pas. Tel est les choix des institutions qui dirigent les monothéismes. Violente ou pas n’est pas le problème. Telle est la position du reste de la société ».

    Ce n’est pas suffisant de déplorer que des chrétiens soient assassinés pour leur croyance religieuse. Il faut se demander enfin sérieusement pourquoi des croyants tuent d’autres croyants, différents, et des athées en se réclamant de Dieu. Et cela, aujourd’hui comme il y a 3000 ans.

    Les religions seront respectées quand elles auront enfin, d’une part pacifié leurs bases théologiques, d’autre part décidé d’appliquer strictement les règles de la laïcité, seul moyen d’assurer un égal respect des non-croyants et des croyants.

    Bien cordialement.

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    27 février 2011 à 14 02 06 02062
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    Monsieur Regnier,

    Je vous invite à attendre mes prochaines chroniques pour avoir une idée du « fond » qui, à mon sens, trouble autant les croyants que les laîcs dans cette querelle des signes. Si on pouvait simplement s’entendre, dans nos sociétés, entre personnes raisonnables sur l’établissement d’une zone neutre où aucune religion particulière n’avait de privilèges particuliers et où, en même temps, toutes seraient bienvenues et accueillies, je n’aurais aucun problème. On pourrait coiffer ca d’un terme comme « la neutralité confessionnelle », par exemple. Mais voilà, on appelle ca la « laîcité », et ca, c’est un programme et un agenda qui entendent balayer bien plus large que la simple neutralité confessionnelle de l’espace public. je vous invite à lire mes prochaines chroniques.

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    27 février 2011 à 14 02 44 02442
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    Rarement lu un tel tissu d’imbécillités. D’abord une confusion gigantesque entre athéisme et un « laïcisme » dont on attend en vain une définition. On soupçonne qu’il s’agit d’une vision stricte ou rigoureuse de la laïcité, mais si c’est cela, elle n’a jamais prétendu interdire les religions, mais les cantonner à la sphère privée.

    L’auteur à l’esprit tellement formaté par son irrationalité religieuse qu’il n’arrive même pas à analyser un tel concept qui est purement politique, un simple outil destiné à éviter d’une part prosélytisme et guerres de religion et, d’autre part à assurer le respect des athées, agnostiques et libre-penseurs.
    Parler du « laïcisme » comme d’une « religion » est aussi stupide que de parler d’une « démocratie » qui serait « dictatoriale » . Ou d’une « non-violence » qui serait « brutale ».
    N’importe quoi…

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    27 février 2011 à 15 03 17 02172
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    à Vilistia

    Continuez à m’écrire n’importe quoi. Comme tout le monde j’ai besoin de me détendre. Mais je suis sûr que, si vous étudiez aussi un petit peu, vous serez plus heureuse dans la vie. L’étude, même à petite dose, est un bon remède contre l’aigreur. Il n’est jamais trop tard pour commencer.

    à Yan Barcelo

    Je vais continuer de vous lire et d’essayer de vous comprendre. Mais prenez en compte le commentaire de Léon. Il vous dit plus directement que moi ce que ressent forcément un citoyen laïc qui lit vos deux articles, qu’il soit par ailleurs athée ou agnostique ou religieux fervent, ou de toute autre catégorie pouvant avoir un rapport à la religion.

    La laïcité, c’est très précisément ce qui permet – et c’est ce qui est seul à permettre – la « zône neutre » que vous appelez de vos voeux.

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    28 février 2011 à 17 05 52 02522
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    @ l’auteur

    Comment peut-on à ce point ignorer le premier mot du sujet dont vous prétendez traiter?

    Très ostensiblement vous ignorez la réponse de Laplace à Napoléon.

    Votre article sent la sacristie.

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    1 mars 2011 à 11 11 57 03573
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    Yan Barcelo,

    l’emploi de syllogismes est ici un gros moins pour ce qui est du sérieux de l’analyse. Pointons celui qui englobe tous les autres :

    L’être humain est métaphysique par essence.

    « Toute position intellectuellement articulée qui se prononce face à ce destin cosmique relève inévitablement de la métaphysique et, dans certains cas plus particuliers, de religion et de spiritualité. »

    Le laïcisme est donc une religion.

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