Le livre « Noir Canada » menacé d’un SLAPP par Barrick Gold sera distribué

Le livre « Noir Canada : pillage, corruption et criminalité en Afrique », écrit par Alain Deneault et le Collectif Ressources d’Afrique sous les Éditions Ecosociété a sans doute touché un point sensible car la Barrick Gold a rapidement envoyé une mise en demeure aux auteurs et à la maison d’édition les menaçant d’un SLAPP. Cette menace de poursuite judiciaire avant même que le livre ne soit distribué laisse froid dans le dos et laisse comprendre qu’ils ont l’intention d’intimider ceux qui révéleraient des informations dommageables pour la plus grande société aurifère du monde qui opère sur les cinq continents, dont l’Afrique.

Mais qu’à cela ne tienne, les Éditions Écosociété ont décidé de distribuer le livre, refusant de se plier à cette intimidation flagrante. Le lancement a lieu aujourd’hui même, en ce mardi 20 mai, à Montréal. Le but des auteurs est d’ouvrir un débat sur le comportement des entreprises canadiennes à l’étranger.

En effet, il y a un nombre quasi illimité de cas d’abus environnementaux, sociaux et politiques avec des coûts humains très élevé dans plusieurs cas. L’ouvrage s’appuie sur des sources crédibles, dont des experts mandatés par le Conseil de sécurité de l’ONU ainsi que plusieurs organisations non gouvernementales dont Human Rights Watch et Amnistie internationale. Les cas les mieux connus relatent des déversements de produits toxiques dans les cours d’eau qui sont la seule ressources d’eau potable de certaines communautés, de corruption politique, de mobilisation d’armées nationales pour mater des civils qui se retrouvent du jour au lendemain sur une terre achetée par cette société privée et ainsi que plusieurs autres cas qui sont expliqués dans le livre.

Pourquoi cela nous concerne t-il ? Il se trouve que plusieurs de nos placements ou de nos régimes de retraite sont investis dans cette compagnie et d’autres qui ont le même comportement. Ceci revient à dire que nous participons à cette entreprise néfaste d’où vient notre responsabilité de nous informer et de passer à l’action si ces compagnies opèrent au détriment de populations locales et de l’environnement.

L’information est difficile à faire sortir sur la place publique parce qu’il se trouve que plusieurs de nos médias corporatifs et membres de l’establishment ont aussi des investissements dans la Barrick. Un autre facteur est l’image qu’on se fait de nous en tant que Canadiens, bienfaiteurs dans le monde. Cette image est renforcée par des campagnes d’influence de l’opinion publique comme de l’ACDI par exemple.
Nous avons un examen de la conscience à faire. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour rentabiliser nos investissements ? À piller dans les pays étrangers, à faire des pactes avec des seigneurs de la guerre, à détruire l’environnement ? Serait-il que notre Dieu soit l’argent ? La vie n’est t-elle pas la valeur suprême ?

Un livre et une réflexion à ne pas manquer.

8 pensées sur “Le livre « Noir Canada » menacé d’un SLAPP par Barrick Gold sera distribué

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    20 mai 2008 à 15 03 10 05105
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    « … L’information est difficile à faire sortir sur la place publique parce qu’il se trouve que plusieurs de nos médias corporatifs et membres de l’establishment ont aussi des investissements dans la Barrick… »

    Mais encore ? Pas de problèmes à imaginer qu’Investors ou Mackenzie Financial (toutes deux propriété de Power Corp.) ont des actions dans la Barrick, mais y’a-t-il des investissements, disons un peu plus directs ? Les preuves accablantes envers les conflits d’intérêts qui affablent Gesca se font-ils de plus en plus nombreux ?

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    21 mai 2008 à 8 08 41 05415
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    Lutopium, je pense que plusieurs seraient surpris des connexions entre ces joueurs et la politique. Les conflits d’intérêts sont nombreux et sérieux. La lecture de ce livre, si je me base sur l’entrevue de 90 min de l’auteur avec Benoit Perron sur CISM, va lever le voile sur les pratiques en coulisses de ces corporations en mèche avec les gouvernements.

    À suivre…

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    21 mai 2008 à 14 02 25 05255
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    Merveilleux papier, François,

    À la lecture de cette brique (Noir Canada), les lecteurs auront honte d’être représentés par des dirigeants à la solde des puissances économiques. On croit savoir bien des choses, mais on ignore les vraies affaires, tout n’étant que perception. La réalité, elle, est très loin de ce que l’on nous présente. Et elle sent mauvais, elle lève le cœur et rappelle que la traite des Noirs est loin d’être un vil souvenir.

    Les NÉGRIERS (blancs et noirs) ont peaufiné les armes d’asservissement des populations. Leur évolution n’a d’égal que l’avidité qui a permis la mise sur pied de ce que j’appelle le système à deux bâbords : brouiller les cartes afin de nous garder tous dans l’ignorance pour mieux nous exploiter, autant les Africains (1er bâbord) que les Occidentaux (2è bâbord).

    Les auteurs de Noir Canada invitent au débat sur les agissements abusifs des entreprises canadiennes en Afrique. Si la firme aurifère Barrick Gold juge irréprochables ses méthodes d’exploitation dans le continent noir, pourquoi ne s’attèle-t-elle donc pas à discréditer le livre en en démontrant les faiblesses et les faussetés ? Elle gagnerait sûrement en respect et en crédibilité. Sa détermination à museler le messager entraîne l’effet pervers d’éveiller les soupçons et de soulever des questions auxquelles elle devra répondre tôt ou tard.

    En tout cas, elle l’aura voulu, sa mise en demeure m’a poussée à acheter le livre et son obstination m’incite à lui coller le fameux adage À beau mentir qui vient de loin. Je ne manquerai sans doute pas de soumettre à Centpapiers un papier à la fin de la lecture du livre Noir Canada.

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    21 mai 2008 à 14 02 28 05285
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    Désolée François, j’ai oublié de signer mon commentaire.

    Solange

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    23 mai 2008 à 18 06 49 05495
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    Il y a trop de corruption et d’injustices partout dans toutes les sphères de la société. C’est pas pour rien, que plusieurs demandent une grande réforme du système de justice au Québec, pour débuter.

    L’information doit en effet, sortir sur la place publique. Bravo à vous auteur du Livre Noir, d’avoir oser braver « Le Géant Goliath », en publiant ce livre.

    Patricia Turcotte

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    24 mai 2008 à 5 05 57 05575
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    Solange et Patricia,

    Merci pour vos commentaires ! Je pense que ça nous touche. On commence à en avoir marre de la corruption et des laissez-passer pour les multinationales. Ce qui est ironique dans ce cas-ci, c’est que la Barrick en voulant censurer ce livre lui a apporté beaucoup plus d’attention et de publicité qu’il aurait pu avoir s’il n’avait pas dit un mot ! Et qu’est-ce que ça dit à propos de leur motivation et leur culpabilité !

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    20 juin 2008 à 11 11 06 06066
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    Entrevue avec Alain Deneault, auteur de Noir Canada, disponible sur le site des publications universitaires :

    Ici pour l’entrevue

    il y explique en détails la nature des concepts utilisés dans l’essai et prend bien soins de mentionner les sources auxquelles se réfèrent ses allégations.

    Bonne écoute,
    en podcast pourquoi pas ?

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    21 juin 2008 à 13 01 52 06526
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    Merci Guillaume, je vais écouter ton émission dès maintenent !

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