Le manifeste des pas-de-carré

 

 Par Pierre-Guy Veer

Depuis le début du mouvement de boycott étudiant – l’éducation est une marchandise, car elle est le produit du travail humain, tel que reflété par son prix, son offre et sa demande –, deux principale factions se sont opposé. Il y a d’abord les carrés rouges, les plus bruyants, les collectivistes enragés[1], ceux pour qui tous les moyens sont bons[2] pour atteindre leur fin[3], qui est soit annuler la hausse de 1625$ des frais de scolarité – qui laisse malgré tout le Québec tout juste devant Terre-Neuve pour 2012-2013[4] –, soit atteindre la gratuité scolaire et ainsi prétendre avoir droit au produit d’autres humains comme les esclavagistes d’autrefois – quoi que même avec la gratuité, ça ne serait pas suffisant[5]. Il y a ensuite les carrés verts[6], légèrement moins collectivistes que les carrés rouges – ils prétendent aussi que l’éducation est un droit –, qui approuvent la hausse des frais de scolarité et la bonification du programme de prêts et bourses tout en s’opposant aux boycotts, dont les votes sont peu démocratiques[7] et ouverts d’esprit[8].

Bref, dans les deux cas, nous avons deux factions étatistes qui justifient le rôle du gouvernement dans l’éducation. Elles sont d’accord pour que les contribuables paient leur éducation – seule la proportion change –, bien que les frais semblent sans influence sur la diplomation[9] et qu’une injection massive de fonds publics n’a, au mieux, qu’une influence non significative sur les résultats[10]. Pour utiliser la terminologie objectiviste, ce sont des altruistes, des gens qui utilisent les autres à leurs fins.

La faction de la liberté

 

C’est pourquoi il est plus que temps pour qu’un autre groupe voit le jour : les pas-de-carré. Qui sont-ils? Ce sont des gens qui s’opposent à toute ingérence du gouvernement dans l’éducation, et qui veulent donc l’abolition du ministère de l’Éducation. Ce sont des gens qui voient l’éducation comme elle est : une marchandise. Ce sont des gens qui sont conscients que la meilleure façon de décider de la répartition d’une marchandise, c’est par le marché, i.e. par les décisions des huit millions de personnes vivant sur le territoire du Québec. Ce sont, comme les carrés verts, des gens qui s’associent volontairement et n’exercent aucune coercition les uns sur les autres. Enfin, toujours comme les carrés verts, ce sont des gens qui croient que des boycotteurs n’ont aucun droit de bloquer l’accès aux cours des personnes qui veulent y assister, même si une assemblée qualifiée l’a décidé. Après tout, c’est le consommateur individuel qui choisit ou non de boycotter une marchandise; un groupe n’a aucun droit de l’empêcher de la consommer, surtout pas au nom de la « solidarité ». Solidarité qui, dans le cas des boycotts étudiants, est sans valeur puisqu’elle est renforcée à la pointe d’un fusil[11].

 

Cesser de biaiser les choix

 

Donc, en voyant l’éducation comme une marchandise, il est facile de comprendre l’effet d’une intervention des gouvernements. En effet, comme tout prix plafond – dans ce cas-ci, les étudiants ne paient pas le prix réel de leurs études –, les consommateurs ont un fort incitatif pour consommer le plus possible. En « consommant » plus d’études, le marché se retrouve donc saturé de diplômés dans des domaines aux débouchés limités – sociologie, théâtre, sciences politiques. La note est évidemment refilée aux contribuables.

Si, ainsi que le prétend la CLASSÉ, moins d’étudiants sont sur les bancs suite à la hausse[12], c’est donc signe que lesdites études n’en valaient pas la peine. En d’autres mots, la dépense encourue par trois années de bac n’aurait pu être remboursé par un travail convenable. Cela a donc diminué le gaspillage encouru par des frais trop bas; gaspillage qui serait encore plus réduit si les frais étaient laissés à eux-mêmes.

 

Mais le gaspillage n’est pas unidimensionnel. Il ne faut pas oublier les prêts et bourses, qui sont la prochaine bulle[13]. La même logique que les bas frais s’applique : quand le gouvernement  change les incitatifs, les gens, qui sont rationnels, changent leur comportement pour en profiter. Dans le cas des prêts et bourses, des gens qui n’auraient autrement pas accès à des prêts y ont « droit », ce qui augmente leur dette et taxe leur capacité future de payer (et celle des contribuables). On subventionne ainsi encore plus les études, avec des résultats mitigés.

 

Les demandes

 

Voici donc les demandes des pas-de-carré (elles varient d’une personne à l’autre, puisque ce n’est pas un groupe homogène, mais en voici les principales)

–        Abolition du ministère de l’Éducation et congédiement de tous ses fonctionnaires (avec compensation s’il y a un contrat)

–        Abolition du programme des prêts et bourses

–        Abolition du REÉÉ (régime enregistré d’épargne étude). On n’a pas besoin d’un autre programme d’épargne; si une personne veut étudier/veut que ses enfants étudient, l’épargne ordinaire suffit.

–        Abolition de toute forme de subvention à l’éducation à tous les niveaux, du primaire à l’université. Si l’éducation est si « payante », alors la dépense sera vue comme un investissement et se fera sans arrière-pensée.

–        Affecter la moitié des surplus dégagés au remboursement de la dette et l’autre moitié à des réductions d’impôts, idéalement pour avoir un taux d’imposition unique au plus au niveau de l’Alberta (10%). Dans un État fédéré, il est plus difficile d’obtenir des revenus, alors l’impôt sur le revenu semble nécessaire pour accomplir les missions régaliennes de l’État.

–        Abolition de l’âge obligatoire pour les études. Ainsi, les personnes « pas faites » pour étudier pourront intégrer le marché du travail quand bon leur semble.

–        Abolition de la syndicalisation obligatoire des enseignants, de leur sécurité d’emploi automatique et de leur ancienneté en béton. Désormais, la compétence primera avant tout, et l’État ne dictera pas ce qu’un enseignant peut ou ne peut pas donner comme note[14].

–        Abolition des commissions scolaires. Ces monstres bureaucratique ont plus leur intérêt à cœur que celui des élèves[15]. Si des gens veulent regrouper certaines écoles pour mieux gérer les ressources, grand bien leur en fasse.

Oui, ces demandes sont radicales. Oui, ces demandes vont causer des perturbations à court terme, et certaines personnes risquent de souffrir beaucoup. Mais malheureusement, le statu quo (avancer vers le mur au même rythme), ou pis l’accélération de la cadence vers le mur, est inacceptable. Plus on attend pour faire les réformes, comme ce fut le cas le dégel soudain des frais de scolarité, plus elles seront douloureuses. Des pays comme l’Estonie ont effectué des coupes publiques profondes et s’en porte nettement mieux que la plupart des autres pays industrialisés[16]. Ceux qui, comme la Grèce, n’ont pas réformé leur économie, s’enfoncent de plus en plus dans le marasme économique – le japon s’y trouve depuis 20 ans. Sans le secours financier de 8G$ envoyé par le reste du Canada, le Québec serait exactement dans la situation de la République hellénique.

 

Évidemment, comme les pas-de-carré ne croient pas en la violence, vous ne les verrez pas en train de bloquer un pont, fracasser les vitrines d’une agence gouvernementale ou envoyer des sauterelles dans le local d’un groupe marxiste. La seule façon de changer les mentalités, c’est le temps. C’est cette idée de liberté et de dignité pour la classe moyenne qui a donné au monde la machine à vapeur[17]. C’est cette idée qui doit revenir au galop au Québec si l’on veut que la Belle Province cesse d’être dans les bas-fonds des classements économiques et sociaux et cesse de ressembler au monde de Atlas Shrugged. C’est cette idée que les pas-de-carré veulent propager.

 

Amants de la liberté, antagonistes de l’étatisme et sceptiques de l’interventionnisme, unissez-vous! Propagez les idées de libertés, montrez aux gens que l’État est le problème et non la solution, lisez et parlez Mises, Rand, Smith, Bastiat, Say et tous ces auteurs qui ont montré au monde le vrai visage de l’interventionnisme et que la liberté est la seule alternative. Portez une simple épingle anglaise vide ou un carré d’identification vide pour montrer votre attachement à la cause de la liberté et montrer que vous refusez que l’État ne contrôle votre destinée.


[17]  Palmer, Tom G éditeur. The Morality of Capitalism, What Your Professors Won’t Tell You, Jameson Books, Ottawa, Ill, 2011, p.29

Ecrit par : Pierre-Guy Veer le 21 septembre 2012.

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