le naufrage de Gbagbo

On le disait insubmersible, et lui-même le croyait. Il avait les moyens financiers d’armer autant de mercenaires qu’il le voulait, et il se voyait déjà Président à vie.

Mais Ado est arrivé!…

Il faut dire qu’Alassane Ouattara, Ado pour les intimes, n’est pas n’importe qui.

Il avait déjà été appelé au chevet de la Côte d’Ivoire, malade de la corruption, par Houphouët Boigny, en 1990, et avait réussi en quelques mois, avec un régime de cheval, à redresser le pays, et à remplir à nouveau les caisses.

En 1980, la Cote d’Ivoire avait subi de plein fouet la chute des cours mondiaux du cacao, mais elle restait confiante, au vu des richesses accumulées jusque là.

La Richesse principale de la Côte d’Ivoire, c’est le cacao, dont le pays est le premier producteur mondial. lien

Suivent le café, la noix de cajou, pour lequel le pays est le 2ème mondial.

Ce qui correspond à 40% des recettes d’exportation, soit 20% du PIB.

Mais il y a aussi le pétrole ivoirien, dont la BCEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) déclare : « le développement de l’extraction pétrolière constitue une opportunité pour le pays ».

Il semble en effet qu’un important gisement pétrolier ait été repéré au large des côtes ivoiro-ghanéennes. lien

Mais revenons au cacao.

L’argent du cacao se trouvait en principe dans un organisme appelé « caisse de stabilisation », et les ivoiriens qui croyaient la caisse bien remplie, vu les bénéfices engrangés par le marché du cacao ont eu la désagréable surprise de découvrir qu’elle avait été vidée. lien

D’où la crise qui s’en est suivie.

Avant d’accepter la mission proposée par l’ex président Boigny, Alassane Ouattara avait posé ses conditions : avoir les mains libres, sinon il restait bien au chaud aux USA, où il occupait le poste de directeur de la Banque Afrique, et de conseiller du directeur du FMI. lien

Houphouët Boigny accepta donc les conditions, et Ouattara, œuvrât  de 1990 à 1993 à remettre le pays sur les rails d’une économie plus saine.

« Les banques ne prêtaient plus et on ne pouvait même pas retirer plus de 50 000 FR CFA (l’équivalent de 500 FR français de l’époque) (…) mais en 6 mois, nous avons ouvert les robinets (…) pour mobiliser les fonds je sais le faire, c’est mon métier de Banquier » avait déclaré Alassane. lien

Une fois en place, il a divisé par 2 le salaire des ministres, et de nombreux fonctionnaires.

Il a supprimé les véhicules de fonction, limitant comme seul remboursement, les frais de déplacements.

De l’autre coté, c’était Gbagbo, éternel opposant à Houphouët Boigny, obtenant le pardon du Président, lequel avait déclaré à l’époque, « l’arbre ne se fâche pas contre l’oiseau ».

A la mort de Boigny, Henri Konan Bédié, président de l’assemblée nationale prend la place du défunt, suivant les règles ivoiriennes.

Le général Robert Guéi renverse le président Bédié le 24 décembre 1999, et Gbagbo ayant fait éliminer par la cour suprême la candidature d’Ouattara et celle de Bédié, va se retrouver enfin président en 2000, dans une élection très controversée, ce qui va provoquer un coup d’état en 2002 qui n’arrivera pas à le chasser du pouvoir, mais qui va séparer le pays en 2 : le Sud pour Gbagbo, et le Nord pour les « rebelles ».

Avec 17 000 hommes à sa botte, appuyés par 1500 paramilitaires, Gbagbo semblait avoir les armes en main pour rester indéfiniment au pouvoir.

A la fin de son mandat en 2005, il reste au pouvoir, reportant inlassablement l’élection jusqu’au premier tour de 2010, lequel donne la victoire à Ouattara, victoire validée par la commission électorale indépendante.

Le programme d’Ouattara était séduisant : services publics de qualité, assurance maladie pour les défavorisés, 500 000 logements sociaux par an, gratuité de l’école jusqu’à15 ans, création d’un million d’emplois, réduction des taxes sur le cacao au profit des producteurs, chasse à la corruption… lien

Le scrutin donne Ouattara vainqueur, victoire évidemment contestée par Gbagbo, mais confirmée par la communauté internationale.

Pour mettre fin à la crise, l’Union Européenne met donc en place des sanctions financières afin de priver l’ex présidents de moyens et le conseil de sécurité de l’ONU gèle ses avoirs.

Alors Gbagbo s’est enfermé dans sa logique, cherchant d’abord à discréditer Ouattara, s’appuyant sur un conseil constitutionnel qu’il a lui-même nommé, et qu’il manipule à sa guise.

Ouattara quant à lui s’est réfugié dans un hôtel, sous protection onusienne, attendant que Gbagbo veuille bien s’en aller.

La suite on la connait. lien

Gbagbo va se faire aider dans un premier temps par son voisin angolais, (et par d’autres) qui lui envoie des mercenaires dès le début novembre 2010, (lien)

Il fait le siège de l’Hôtel ou se trouve Ouattara, mais hésite à s’en prendre aux forces Onusiennes, sachant que celles-ci, auraient à ce moment, le droit de riposter.

La situation s’enlise.

Puis le vent tourne, les mercenaires ne sont plus payés, et ils vont finalement le quitter vers le 20 mars. lien

Gbagbo, voyant sa défaite probable, va alors lever une armée de « rébellion » aux pieds nus, en allant chercher les jeunes les plus pauvres et désespérés de la population ivoirienne, l’armée régulière ayant rallié le président élu Ouattara. lien

Ces candidats à la mort, à qui Gbagbo a fait miroiter la richesse, et l’engagement dans sa future armée, seront sacrifiés sur l’autel de l’orgueil de l’ex-président, avec l’entrée en lice des forces internationales, provoquant enfin la chute de celui-ci.

Aujourd’hui, enfermé dans son bunker, tous ses chars d’assauts détruits, il resterait à Gbagbo moins d’un millier d’hommes pour le défendre. lien

Il reconnait avoir perdu la partie, mais reste dans le déni, affirmant avoir gagné les élections, demandant pathétiquement a en discuter avec Ouattara, alors que la plupart des  mercenaires qu’il avait engagé, ont repris leurs habits civils. lien

Quant à la position de la France, dont Sarközi avait affirmé « il faut en finir avec la France-Afrique », il semble bien que cette promesse ne sera pas tenue, si l’on considère la part importante que notre pays a pris ces derniers jours dans l’offensive militaire. lien

Tout ce que l’on peut espérer, c’est qu’une fois Gbagbo réduit au silence, Ouattara fasse comme il avait fait en 1990, redressant le pays, pour en finir avec la corruption, et assurant l’indépendance du pays, ce qui n’est pas gagné, car comme dit mon vieil ami africain :

« Ne te mêle pas d’aider l’éléphant à porter ses défenses».

L’image illustrant l’article provient de « jedessine.com »

Article plus ancien :

Les ivoiriens vont-ils y voir clair

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