Le Québec : dernier souffle ou grand bond?

JEAN-PIERRE BONHOMME 
 

Je suis en train de lire l’intéressant livre de Niall Ferguson intitulé Civilization. J’apprends que plusieurs grandes civilisations sont mortes et que rien, dans la vie des peuples est permanent, stable.

Notre moment à nous est celui de la civilisation dite «de l’Ouest» et il n’est pas certain que celle-ci dominera toujours la manière de vivre de l’humanité. D’autres civilisations émergent et leur âme a tout autant de valeur que la nôtre. Deux grandes nations-empires – l’anglaise et la française – ont nourri l’âme occidentale récemment et lui ont donné la puissance que l’on sait.

Les Québécois jusqu’ici, se sont nourris à l’âme française – laquelle malgré ce que l’on pense parfois, existe toujours comme véhicule de civilisation occidentale. Cela s’est produit par le moyen de l’éducation des élites – dans cet environnement humaniste particulier et valorisant de la France. Les chemins qu’empruntent les peuples sont ceux que véhiculent les leaders et leur culture. Il ne faut pas s’en étonner.

Bien des Québécois se demandent aujourd’hui – crise sociale oblige – quel avenir collectif leur est réservé de ce point de vue civilisateur. Les choses ne sont pas très claires à cet égard. Les élites surgies du milieu étudiant contestent, en ce printemps chaud, les autres élites, les vraies, celles qui se sont emparées du pouvoir. Ce sont les étudiants qui ont raison d’ouvrir le débat.

Ici, en Amérique du Nord, où la nation anglo-américaine domine, il n’est pas simple de choisir de s’accrocher au char de la nation française et de maintenir, ainsi, une certains spécificité nationale. Et parfois cette difficulté est si lourde à surmonter qu’on la cache dans les soubassements de l’oubli, du déni et de la tergiversation. Je crois pour ma part que, sans une vraie prise de conscience immédiate de la difficulté de notre choix culturel, il n’y aura plus de culture, d’identité propre. Les Québécois seront de simples «américains» engoncés dans le magma de l’empire d’à côté.

Mais il y aura un prix à payer. Les Américains comme on les nomme sont, grosso modo, des Européens qui ont oublié leur culture et qui se sont fondus dans un magma pratico-pratique qui a plus à voir avec la protection de la survie et du confort qu’avec l’esprit des Lumières. La satisfaction de la consommation y prend une place démesurée et les Québécois disparaîtront dans ce magma culturel problématique; celui-là même qui ne prend pas de valeur avec la multiplication des fameux «drones» que l’on sait et qui saupoudrent les autres peuples en les humiliant.

A moins que… a moins que les Québécois fassent le choix de garder contact avec leur nation-mère. Le mot mère-patrie n’est plus à la mode ici, mais c’est bien à tort. La mère-patrie c’est l’humanisme et sa spiritualité! Si les Québécois coupent tout lien avec cela et avec les restes du christianisme, ils se trouveront dans un no-man’s land culturel et les morceaux de leur culture – ce qui en restera – seront happés par les premières modes venues.

Les élites culturelles étudiantes ont combattu pour avoir plus d’argent dans leur poche. Ce n’est pas une erreur. Mais c’en sera une si elles s’arrêtent là. Elle devront nous dire d’importantes choses à cet égard. Elles devront nous dire que le petit traité de Voltaire sur la Tolérance, par exemple, est aussi important à approfondir, à l’université, que les techniques d’ingéniérie. L.’accès aux auteurs comme celui-là, ne sera pas coupé sans conséquences.

Les Jésuites, lesquels, jadis, enseignaient ici, transmettaient la culture-mère de France; ils voulaient former des «honnêtes hommes», des têtes bien faites pour rendre la vie plus douce et pour montrer des chemins prudents.

Ces enseignants bien formés ont-ils été remplacés après cette réforme des mœurs des années 60? Si oui, comment se fait-il que nous avons un gouvernement très peu porté sur l’âme des choses? Voyons nous beaucoup de nos chefs expliquer la manière de maintenir ici l’humanisme de base, celui qui pouvait faire surgir des médecins assez cultivés pour produire des œuvres littéraires? En tout cas je ne vois pas comment nous pouvons propager de riches cultures dans ces «écoles-usines» de 4000 étudiants qui sont les nôtres.

Et puis M. Ferguson, dans son nouveau livre, nous explique en liminaire que l’histoire des civilisations est en rapport direct avec celui des VILLES. Sans de riches villes bien assumées il n’y a pas de civilisation, il y a la barbarie. Comment se fait-il, alors, que les familles Québécoises issues du monde français ont fui la ville – les villes de Montréal et de Québec – au lieu d’en assumer la responsabilité et de la construire à leur image? Comment se fait-il que le leader du parti qui souhaite affranchir ce peuple de sa domination par l’Autre, une dame, ne souhaite pas vivre EN VILLE et se rabat sur les zones agricoles ou bien sous les épinettes du bas Saint-Laurent? Perte du sens civilisateur? Comment se fait-il, surtout, que le chef du gouvernement de ce peuple égaré à l’ouest de l’Atlantique, aborde si peu la question de l’équilibre urbain et laisse la nation se répandre dans les champs de patate?

Il me semble que les vraies question devant être posées pas notre élite étudiante sont celles-là qui concernent la CIVILISATION. Il se pourrait bien qu’ils la posent mieux que leurs prédécesseurs. Et le monde ne s’en trouvera que mieux..

Sans cela, sans cela qui presse, je me demande où les étudiants «libérés» trouveront le bonheur dans l’existence. Pas en Virginie de l’Ouest en tout cas.

Jean-Pierre Bonhomme

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