Le scandale oublié

A chaque année, en septembre, l’Université du Québec donne à ses étudiants un très utile cahier d’agenda (qui couvre l’année scolaire). Belle initiative. Les étudiants peuvent ainsi bien organiser leur temps – de travail et de loisirs!.

Or sur la page couverture de cet  «agenda associatif» on trouve des immeubles déglingués de la ville centrale et… la charpente en béton des immeubles de la rue Berri, devant la Grande Bibliothèque du Québec, immeubles que l’État n’a pas trouvé les moyens de terminer. Ce serait ‘la crise de la 40 aine’ dit l’université sur la couverture de l’agenda.

La construction de ces bâtisses de la rue Berri – ce devaient être des logements pour les étudiants, principalement – est stoppée depuis maintenant cinq ans environ.  Les citoyens sont naturellement bien en droit de se demander pourquoi, car les coûts sont à l’avenant, et, surtout, le square Berri, qu’on l’aime ou pas, se devait d’être agrémenté, sur son côté nord, d’immeubles dignes d’une des places principales de la ville – la seule, du reste, qui pouvait bien souligner la présence de la culture française dans la métropole.

La Grande Bibliothèque, elle, aurait pu donner à ce square toute son importance symbolique si on l’avait construite sur ce site approprié. Le gouvernement du Québec – car c’est lui qui décide en définitive; c’est lui qui paye! – a plutôt choisi de la construire en retrait. Il nous faudra donc vivre avec ce choix… Mais nous nous disions qu’après tout le gouvernement du Québec arrangerait les choses : il construirait la porte d’entrée principale de l’UQAM – qui n’en a pas encore – sur le square et donnerait ainsi à la seule université française du centre ville (la communauté anglaise, elle, en a deux gigantesques)  une présence forte; une présence qui revaloriserait le triste environnement actuel du square. C’était rêver dans la grisaille!

Dans l’État actuel des choses il faudra que le secteur central (est) de la ville vive pendant au moins une dizaine d’années, sinon pour toujours, dans l’«absence de beauté et de monumentalité». Rappelons-nous qu’en ce quartier dit «latin» l’Université de Montréal, qui se trouvait là, justement, auparavant, était logée dans des immeubles respectueux de la culture occidentale. Ce n’est plus le cas : l’Université du Québec, sur le plan de l’architecture, transpire l’ennui, sinon le désespoir… Le secteur central ouest, lui, est par contre – richement pourvu d’une architecture universitaire de qualité.

Jean-Pierre Bonhomme

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