Le scénario parano

2004/11/22

Le scénario parano


Quand Michael Moore nous présente Fahrenheit 911, son talent et son humour nous dissocient presque de la réalité. C’est le désavantage comme la force de l’image d’imposer une vision dans l’instant présent, avec des émotions puissantes qui ne doivent rien à la réflexion ni au contexte dans lequel elles devraient s’inscrire. On voit l’homme Bush comme un individu minable, Wolfowitz comme un goujat, les autres à l’avenant. Ce sont des « personnes » qu’on peut mépriser, dont on peut se moquer, mais sans la profondeur qui justifierait qu’on les déteste.
Le film ne leur donne pas de relief. On les laisse à leur ridicule, sans montrer le pouvoir qui est leur autre facette et qui transforme la comédie burlesque en tragédie grecque. On ne voit pas ces guignols comme une équipe qui est le fer de lance des maîtres du monde. Le film, en quelque sorte, les absout par le mépris..
Eric Laurent, grand reporter et journaliste d’enquête, n’est pas un petit plaisantin. On peut aimer ou ne pas aimer les gens chez qui il dîne, Roi du Maroc en tête, mais il travaille bien. Quand il nous parle du 11 septembre et des liens entre les familles Bush et ben Laden, il n’est pas amusant. Il ne nous montre pas des monstres de Disneyland qui font peur juste un peu, puis se mettent à chanter; il décortique une monstruosité. Il faut lire « La face cachée du 11 septembre » de Eric Laurent et ses autres enquêtes sur les Bush
Je ne vous les raconterai pas. Sachez, toutefois, que comme dans le film de Moore on parle de cette étonnante évacuation et mise en sécurité de la famille ben Laden par le gouvernement Bush, le lendemain des attentats du WTC. De la formation, aussi, dans des écoles de pilotage liées à l’armée américaine, des pirates de l’air qui ont plongé sur les Tours et qui, un détail qui passera à l’Histoire quand on écrira vraiment l’histoire de ces événements, se sont abstenus de suivre les cours de décollage et d’atterrissage… !
Il y a toujours des paranos qui voient l’Histoire dans des miroirs déformants. Des gens qui pensent que si le croiseur américain Maine n’avait pas explosé dans le port de la Havane, la guerre hispano-américaine n’aurait pas eu lieu et que les USA n’auraient pas eu Cuba ni les Philippines. Que si le Lusitania n’avait pas coulé en 21 minutes, de la torpille d’un sous-marin qui de toute évidence l’attendait – confirmant qu’il était chargé à bloc d’explosifs – l’Amérique ne serait pas entrée en guerre en 1917 et qu’on ne sait pas qui, des mutins allemands ou français, aurait alors eu raison le premier de ses propres militaires. Et ça faisait l’affaire de qui ?
Beaucoup de paranos disent que si l’on avait prévenu Pearl Harbour – il est prouvé que Churchill avait les codes de l’Amirauté japonaise – on n’aurait pas tué tous ces marins… mais que la population américaine n’aurait pas acccepté une guerre avec l’Allemagne et que l’on ne sait pas trop comment tout ça aurait fini. Il faut ce qu’il faut, n’est-ce pas ?
Il y a des paranos qui soutiennent que Rudolf Hess, en mai 1941, venait offrir à l’Angleterre la paix et le statu quo ante, en prévision de la guerre imminente de l’Allemagne contre l’URSS, mais que l’Angleterr avait d’autres plans… Comme de dire oui, de faire non et, surtout, ne rien dire aux Russes… On a lontemps chuchoté que De Gaulle et Pétain étaient les meilleurs amis du monde (Pétain a été le parrain du fils de De Gaulle!), que jusqu’à ce que le sort de la guerre tourne, il passait plus de renseignements de Londres vers Vichy que l’inverse et que, si la guerre avait tourné autrement, c’est De Gaulle qui aurait été a l’île d’Yeu, mais que la France n’en aurait pas moins été dans le cercle des gagnants… Après tout, la France d’abord, n’est-ce pas ? Comme il y en a qui trouve surprenant qu’un Premier Ministre se suicide avec le pistolet de son garde du corps, dans un régime où l’on n’en est tout de même pas à quelques indiscrétions près….
Le dernier scénario parano, c’est que l’Amérique devenue impériale, ayant besoin de fouetter un peu le moral de ses fermiers zélotes avant de lancer quelques razzias néo-colonialistes chez les Infidèles, on n’a pas tout fait pour surveiller l’agent Osama qui avait d’autres ambitions. On a laissé faire. Comme Pearl Harbour et pour les mêmes raisons. Ça n’a fait qu’environ 3 000 victimes, ce qui est bien bon marché pour la raison d’État. Il en est mort autant chaque jour à Stalingrad, pendant un an; 200 fois plus à Verdun pour défendre quelques mètres de terrain.
Les 3 000 innocents, à qui on va élever comme mausolée le plus haut bâtiment du monde, ont rendu un grand service à l’État. Le drame a efffacé huit trillions de dollars (USD$ 8 000 000 000 000) de la valeur des stocks en bourse, ce qui permet maintenant de manoeuvrer plus à l’aise. On peut aussi, maintenant, en bonne conscience, bombarder les Afghans, les Irakiens, au besoin les Syriens et les Perses et controler le pétrole dont la vente est l’omniprésent droit de cuissage des shylocks sur le monde ordinaire.
Incroyable ? D’autre on fait pire pour moins. Pensez à Hitler, à Staline, pensez aux Croisades dont Bush parle si souvent… Si vous êtes parano, pensez à tous les scénarios, mais n’en parlez pas trop, surtout pas à des amis de Bush; ça pourrait leur donner des idées.
Pierre JC Allard

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