Le secours direct et l’Asie

Bien des Québécois se sentent coupables de ne pas venir en aide aux pauvres Pakistanais victimes des terribles inondations de ces derniers jours. Nous avons été généreux à l’égard des sinistrés d’Haïti se disent-ils, pourquoi serions nous pingres lorsqu’il s’agit de ce pays voisin de l’Inde?

Cette culpabilité, qui vient sans doute de certains traits génétiques chrétiens particuliers au Québec – ne faut-il pas voler au secours d’autrui? –  fait fi du sens commun.

Le Pakistan se trouve en Asie – nous ne semblons pas nous en rendre bien compte. C’est un pays créé,  ciselé lorsque l’Inde se fut donné son indépendance nationale – pour des raisons religieuses justement. Les nouvelles nous ont appris que deux des trois pays les plus riches de la Terre se trouvent en Asie – comme le Pakistan. N’est-il pas logique, normal, intelligent que les secours directs et indirects pour aider les Pakistanais viennent de la région asiatique?

La Chine, depuis peu, est la seconde puissance économique du monde et le Japon la troisième. Cela n’est pas insignifiant. Il tombe sous le sens que ces deux pays là- sans parler de l’Inde voisine qui tire aussi son épingle du jeu – viennent au secours de leurs frères continentaux, directement ou par l’instrument de l’ONU.

Le Québec, osons le rappeler, n’est pas une puissance dont l’impact économique est mondial. Tout juste est-il significatif en termes «régionaux». Je suis allé rendre visite à des amis à Shenyang, dans le nord de la Chine, une ville «régionale» dont nous avons peu entendu parler ici, mais qui compte plus de huit millions d’habitants; soit la population de tout le Québec plus un million ou deux par dessus le marché. Ce constat a tendance à nous remettre à notre place;  à relativiser notre importance.

Aussi il est normal, intelligent, raisonnable de penser que la Chine et le Japon aient pour mission principale de se comporter comme les secouristes de l’Asie. Et que ceux-ci mobilisent quand une catastrophe de ce genre survient? D’autant qu’il n’est pas impossible que les causes du désastre pakistanais soit elles-mêmes «asiatiques». Est-il dans le domaine du possible que le déferlement de l’eau ait une cause environnementale?

En tout cas la contamination de l’air en Chine par la combustion du charbon est de caractère continental et il n’est pas interdit de penser que cela a des conséquences sur la qualité de la neige au nord du Pakistan. Certes la solidarité des pays asiatiques aidera à déterminer quelles sont ces causes du désastre. Que les inondations asiatiques soient de nature environnementale ou qu’elles soient cycliques, ce ne sont pas les «bonnes œuvres» du Québec qui auront un impact sur les systèmes hydriques.

La vocation du Québec, c’est, pour commencer, de bien construire ses propres villes pour que celles-ci soient intelligemment planifiées et qu’elles soient une exemple d’harmonie pour le reste de l’Occident. Et qu’elles aient tendance à compter moins sur l’automobile pour vivre.

La vocation québécoise est donc occidentale; et ce ne sont pas les problèmes à régler en Occident qui manquent!

Certains  pourraient avoir la tentation de penser que les problèmes créés par le tremblement de terre en Haïti sont réglés. Ils ne le sont pas. Les villes et villages n’ont pas été reconstruits et il est urgent de passer à l’action à cet égard.

Puisque le gouvernement du Québec n’a pas de ministère de la Ville ou de ministère de l’aménagement, de l’architecture et de l’urbanisme son action est limitée. Il serait intelligent, ainsi, que le Québec s’allie avec des pays qui en ont – la France notamment – pour procéder au rétablissement de l’harmonie urbaine en Haïti. Ce n’est pas en envoyant une obole au Pakistan – pour se déculpabiliser – que les choses changeront.

L’Occident a des problèmes qui nécessitent un partage des ressources d’une autre envergure que celle d’une quête paroissiale. Songeons que les États-Unis, cinq ans après la tempête Katrina, n’ont pas encore réussi a reconstruire les villes et village de la côte du Golfe du Mexique; que les pêcheurs de ce lieu ont perdu leur travail et que si les citoyens veulent manger des crevettes, il faut, maintenant qu’ils les importent du Pacifique!

Nous pourrions nous demander s’il ne faudrait pas envoyer des sous à Washington pour aider ce pays «libéral» à se trouver des architectes et des urbanistes!

Il est normal que les immigrants pakistanais habitant l’Ontario – c’est là qu’ils vont – envoient des sous à Lahore. Mais il est normal aussi que les occidentaux que nous sommes ne divisent pas les ressources au point de laisser croupir nos frères – eux qui sont collés sur l’Amérique du Nord – mourir sous des tentes.

Entendons-nous nos journaux nous faire rapport sur notre manière d’aider à la reconstruction de Port-au-Prince? Moi je ne trouve rien à lire sur le sujet et cela est vraiment coupable; c’est  cela qui devrait nous culpabiliser.

Jean Pierre Bonhomme

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