Le silence électoral américain

Les élections américaines de la semaine dernière n’ont pas intéressé tous les Québécois, mais c’est bien à tort. Tout ce qui se passe chez nos voisins a des conséquences directes sure notre vie de tous les jours. Pensons que le Congrès américain, qui vient de passer en masse dans le camp républicain – le sénat aussi a basculé – a le pouvoir d’agir sur notre quotidien. Les puissances dites ‘républicaines’ – on devrait plutôt dire extrémistes de droite – peuvent maintenant légiférer dans tous les domaines de notre existence. Elles peuvent, selon leur nature protectionniste, remettre en cause le traité de libre échange entre les trois pays d’Amérique du Nord, elles peuvent rendre plus difficile la libre circulation des personnes, elles peuvent ouvrir la porte aux expériences industrielles polluantes….

Voilà matière a quelques soucis. Mais il nous faut quand même nous demander pourquoi le peuple américain a viré ainsi «à droite», comme on dit;  pourquoi il ne s’est pas montré amène à l’égard des immigrants, des démunis, des gens ordinaires; pourquoi, surtout, il veut «réduire la taille de l’État» comme si ne pas être gouvernés était la recette de l’efficacité politique! On ne veut pas d’un «bon gouvernement» on ne veut «pas de gouvernement du tout»!

Aux États-Unis, comme au Québec, les partis politiques gagnent ou perdent par un déplacement infime du nombre des voix. Aux USA, ainsi, les «indépendants», les esprits libres, ceux qui n’ont pas d’appartenances politiques inscrites dans leurs gènes, sont restés à la maison. Il pourrait y en avoir ainsi une trentaine de millions comme cela, dit-on – la population du Canada – qui ont ainsi semoncé l’administration par leur silence. Et il y a de quoi.

Il y a deux ans le président actuel, M. Obama, juste avant d’être élu, avait laissé entendre – au moins entre les lignes – qu’il mettrait fin aux grandes guerres des antipodes et qu’il accorderait plus de ressources pour le rétablissement des infrastructures de son propre pays. Il est vrai qu’il a diminué le nombre de soldats américains en Irak, mais tout le monde sait qu’il en restera quelque 50,000 ad vitam aeternam, ce qui équivaut à une occupation en bonne et due forme. Et puis, il y a quelques petites lunes, il a envoyé 60,000 nouveaux soldats en Afghanistan, comme si cela n’était qu’une promenade. Sans compter toute l’armurerie des «drones» qui bombardent par les airs le Pakistan, pays voisin, sans demander la permission!

Il n’y a pas de mal à être ainsi militariste; ce qui est mal en l’instance, c’est de faire croire que l’on ne l’est pas quand on l’est. Faut-il se surprendre que les électeurs indépendants des États-Unis aient été désenchantés et qu’ils aient ainsi ouvert la voie à leurs adversaires – qui ont le mérite de ne pas se cacher?

La présidence américaine actuelle dit aux citoyens que le problème de l’heure c’est celui de «l’économie». En d’autres termes notre pays voisin commence à manquer d’argent. Mais en 2001 le gouvernement américain entretenait 250, 000 militaires –  dans 153 pays du monde. Avec les dépendants cela fait un compte de  530,000. Les grandes bases militaires américaines, elles, se trouvent dans 33 pays (selon le ministère de la Défense US). La valeur de remplacement de la seule base militaire d’Okinawa, au Japon, s’élèverait à quelque 5 milliards $, sans compter l’annexe de munitions d’à côté qui vaudrait 900 millions$. La décennie qui suit n’a pas vu des dépenses diminuer. Est-ce que cela ne commence pas à être un peu coûteux?

Ne parlons pas de la fameuse promesse de la présidence américaine de fermer la base militaire de Guantanamo, symbole mondial du dévoiement militariste, ce dépôt de prisonniers internationaux en territoire cubain. Promesse non tenue et volte-face non expliquée.

Le lendemain de la déroute électorale susmentionnée, le président Obama a tenu une ; conférence de presse, mercredi le 3 novembre à 1 h.  pour faire le point;  Il a fait part de sa tristesse et de son désarroi; et il a promis de s’intéresser à relever l’économie américaine de sa «dépression». Or il n’a pas fait mention de ces dépenses militaires qui se trouvent au cœur de la problématique.

Les journalistes présents, nombreux – à qui on avait donné le droit de poser des questions au président – n’ont pas fait une seule mention de la problématique militariste (qui coûte si cher). Ils n’ont pas demandé au président pourquoi, spécifiquement, les indépendants d’esprit auraient pu être déçus de son comportement. Silence total sur toutes ces questions relatives à l’Empire américain et à sa dispersion dans le monde.

Pour l’auteur de ces lignes cela est inquiétant car cela signifie que la presse américaine est en collusion avec le pouvoir militaro-industriel et qu’il ne leur vient pas à l’esprit de remettre en question ce désir de dominer.  Soit dit en passant un livre récent, de M. Peter Beinart  «The Icarus Syndrome» montre bien comment cette attitude prétentieuse peut mener à la catastrophe.

Jean-Pierre Bonhomme

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