Le succès théatral de l’année à Montréal: La chaîne de transmission ayant une fermeture de sécurité!

Personnages faisant partie de l’élite de notre société :

Le Commissaire en charge (ancien juge de la cour suprême)

2 avocats de la commission

2 avocats du parti

2 avocats du gouvernement

1 avocat du Premier ministre

2 avocats d’un ancien ministre.

Le premier ministre

L’ancien ministre

2 Collecteurs de fonds

Une floppée de gestionnaires

Une gestionnaire ésotérique.

La scène se déroules à Montréal et le sujet est : « Possibilité d’influences indues dans la nomination des juges »

Acte premier:

-(Commissaire) Bonjour mesdames et Messieurs.

-(tous en coeur) Bonjour M le Commissaire!!!

-(Commissaire) Vous pouvez commencer M. l’avocat (de la commission)

-Merci M. le commissaire. J’aimerais produire les documents…(et les documents sont produits). J’aimerais ensuite demander à M. le collecteur de fond le plus influent du parti gouvernemental de bien vouloir venir prendre place et prêter serment. (Ce qui est fait sans problème)

-Jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, dites je le jure!

Le collecteur de fond, face à ce triple choix,  dit : Je le jure!

-M. le collecteur de fond, si je vous dis, et corrigez-moi si je me trompe, qu’il n’y a pas d’influences indues dans la nomination des juges. Que répondez-vous?

-Je réponds que c’est tout à fait exact M. l’avocat.

-Très bien. Maintenant, est-ce que vous, et corrigez-moi si je me trompe, vous êtes responsable  « d’influences indues » pour la nomination des juges?

-Non, Pas du tout, M. l’avocat.

-Alliez-vous fréquemment au bureau du Premier Ministre, M le collecteur de fond?

– Lorsque nous avons pris le pouvoir, j’y suis allé au moins une fois par semaine, M. l’avocat de la commission.

-Qui rencontriez-vous à cet endroit M. le collecteur de fond.

-Celle qui était en charge des nominations, M l’avocat.

-Et de quelle durée étaient ces visites, M le collecteur?

-Bof! Quinze minutes, une demi-heure? Parfois entre 3 et 6 hres.

-Et vous certifiez, corrigez-moi si je me trompe, ne pas y manifester d’influences indues auprès de cette personne en charge des nominations?

-Je le certifie M. l’avocat.

-Et comment procédait-on pour le choix parmi les postulants à des postes, M. le collecteur?

-C’était assez simple, M. l’avocat. Celle en charge des nominations me demandait si je connaissais certains des postulants, parce que je connais énormément de personnes dans le public à cause de ma position de collecteur de fond pour le parti.

-Et vous ne voyez aucun problème avec cela M. le collecteur?

-Quel problème? Madame veut savoir si je connais ces personnes et je lui réponds oui ou non. Ce n’est pas plus malin que  ça, M. l’avocat. Je ne l’influence pas, je l’informe.

-Merci M. le collecteur de fond. Plus de questions M. le Commissaire.

Acte septième:

6 semaines plus tard, après un nombre assez important de témoins qui ne sont jamais témoins de rien (sauf un, de qui l’avocat du barreau a exigé de certifier une deuxième fois avoir prêté serment sur l’évangile), la gestionnaire ésotérique, dame responsable des nominations, arrive « à la barre ».

-Jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité et seulement la vérité, dites je le jure!

(C’est curieux, tout le monde jusqu’ici a fait le même choix)

Je le jure!

-Madame vous êtes en charge des nominations; corrigez-moi si je me trompe?

– Vous ne vous trompez pas du tout, M. L’avocat; je suis effectivement en charge des nominations.

-Et vous procédez de quelle façon pour la nomination des juges?

-Je ne procède pas du tout, car la nomination des juges ne me regarde pas en aucune façon. Je prends la liste et je la garde sous clef jusqu’à ce que le Premier Ministre la consulte. Ensuite je la reprends et la rapporte à qui de droit avec la mention, si nécessaire, du choix du Premier Ministre. Lorsque celui-ci est d’accord avec le choix du ministre de la justice, il n’y a donc pas de mention spéciale.

-Que faites-vous de cette liste avant de l’apporter au Premier Ministre?

-Je vérifie si je connais les postulants et note sur un « post it » (un collant) ceux que je sais appartenir au parti.

-Pourquoi faites-vous cela Mme?

-Parce que…

-Parce que …quoi?

-Parce que. . .que.

-Plus de question, M. le commissaire.

-Monsieur le commissaire, je suis l’avocat de l’ancien ministre de la justice et j’aurais quelques questions pour madame.

-Est-ce que ces questions sont pertinentes au sujet qui nous préoccupe M l’Avocat de l’ancien ministre?

-À mon humble avis, M le commissaire, je pense que cela est probablement possible.

-Dans ce cas, allez-y; mais attention à ne pas répéter les mêmes questions qui furent déjà posée, M. l’avocat.

-Évidemment, M. le commissaire. Bonjour Madame.

-Bonjour.

-Si je vous dis, madame, et corrigez-moi si je me trompe, que la loi ne demande pas que le premier ministre appose son véto, au préalable, sur le choix du ministre de la justice, que diriez-vous Madame?

-Je dirais que je ne sais pas, et que nous procédons, depuis toujours, de la même façon, M l’avocat.

-Si je vous disais, et corrigez-moi si je me trompe, que la liste des postulants pour la nomination des juges n’a aucun droit d’être en votre possession et n’a aucune raison légale d’être détournée vers le premier ministre, que diriez-vous Madame?

–Je dirais que je ne sais pas, et que nous procédons, depuis toujours, de la même façon, M l’avocat.

-Si je vous disais que la seule raison pour ce détournement me semble être d’informer le premier ministre de l’allégeance de certains postulants au parti au pouvoir, que diriez-vous madame?

-Je dirais que je ne sais pas, et que nous procédons, depuis toujours, de la même façon, M l’avocat

-Si je vous disais  qu’il ne peut pas y avoir d’influences indues faites par M. le collecteur de fond, tout simplement parce que vous êtes du même parti politique et qu’il n’a pas besoin de vous influencer. Que diriez-vous madame?

– Je dirais que, même si je connais énormément de personnes dans le public dû à mon ancienneté dans le parti, je ne peux évidemment pas connaître tout le monde et qu’il est normal que je demande à d’autres membres influents du parti si ces postulants sont connus d’eux. Il n’y a aucune influence dans cela M. l’Avocat.

– C’est exactement ce que je vous disais Madame. Maintenant retournons à votre implication dans la nomination des juges. Vous dites n’avoir aucune implication; c’est bien cela?

-C’est exactement cela. Je reçois la liste, je la mets sous clef et je l’apporte au premier ministre qui la consulte. Ensuite je rapporte le tout au bureau du ministre de la justice. Je n’ai rien à y voir, je ne suis qu’une courroie de transmission M. l’avocat.

-Disons Madame que vous êtes une courroie de transmission qui laisse sa marque sur les CV des postulants, n’est-ce pas madame.

-Je n’inscris que l’âge du postulant M. l’avocat.

-Et vous y collez des « post-it » qui donne son adhérence politique; c’est bien ça?

-Oui mais lorsque je rapporte le dossier au ministre de la justice, après que le premier ministre les a vus, c’est « post-it » ne sont plus là; M. l’avocat.

-Pourquoi?

-Parce qu’ils ne sont plus nécessaires M. l’Avocat.

-(Un avocat du gouvernement) J’aurais une objection M le commissaire. Mon éminent collègue pose des questions depuis une demi-heure et il est évident qu’il tourne en rond autour du sujet de la commission. Je vous demanderais d’exiger qu’il entre dans le vif du sujet.

-M. Le commissaire, je pense que je suis exactement dans le…

-M l’avocat de l’ancien ministre, je suis d’accord avec l’objection de votre collègue et je vous prie de poser les questions pertinentes à notre sujet ou vous aurez terminé votre contre-interrogatoire.

-Bien M. le commissaire. Madame, pourquoi êtes vous allé, par deux fois, voir un ministre éminent dans le parti et ancien ministre de la justice, avec la liste des postulants au poste de juge?

-Parce que je voulais savoir s’il les connaissait puisque le ministre de la justice, lui, ne les connaissait pas. Et comme ce ministre connaît plusieurs personnes dans le parti, alors…

-Mais si vous n’avez rien à voir avec la nomination des juges, corrigez-moi si je me trompe, pourquoi cette démarche?

-Parce que je fais toujours cette démarche pour tous les dossiers M. l’avocat.

-Donc, vous n’avez rien à voir avec la nomination des juges de la même façon que vous n’avez rien à voir avec les autres nominations. C’est bien ça?

-Pas du tout M. L’avocat. Les autres nominations, c’est moi qui s’en charge. Pour les juges je ne décide de rien.

-Dans les nominations dont vous êtes en charge, Madame; est-ce que l’adhérence à votre parti est un facteur important?

-Pas du tout M l’avocat; mais comme M. le collecteur vous a dit, à qualification égale, je choisis un membre du parti, évidemment.

-Et c’est la raison pour laquelle vous vous enquérez de l’adhérence ou non au parti, des postulants, auprès de M. le collecteur; je me trompe?

-Non, vous ne vous trompez pas. C’est exactement la raison.

-Et c’est également la même raison qui fait que vous indiquez l’opinion politique des postulants au poste de juge. N’est-ce pas?

-Je dirais que c’est une chose que je fais depuis le début M l’avocat.

-D’accord avec vous que vous le faites depuis le début; mais si vous le faites pour les postes qui ne sont pas ceux de juges, tout autant que ceux qui ont attrait aux postes de juges, ne peut-on pas dire que c’est comme si c’était vous qui décidiez quel postulant doit être nommé juge? Je sais bien que ce n’est pas vous qui nommez le juge, mais si c’était vous, suite aux infos que vous fournissez, le résultat serait le même n’est-ce pas?

-Objection M le commissaire!!! Mon collègue influence indûment le témoin et parle de faits imaginaires. Il est prouvé que ce n’est pas elle qui nomme les juges. Mon collègue continue de tourner autour du pot M. le commissaire.

-Je dois dire que je suis enclin à appuyer cette objection M. l’avocat de l’ancien ministre. Avez-vous terminé?

-Plus de question M le commissaire.

-(L’avocat du barreau) M. le commissaire, j’aurais quelques questions pour madame.

-Allez-y M. l’avocat du barreau.

-Bonjour Madame.

-Bonjour M. l’avocat.

-Permettez-moi de vous demander quelques informations que vous pourrez certainement me fournir grâce à votre sagesse, malgré votre jeune âge, à savoir : si je dis, et vous pouvez également me corriger si je me trompe, si vous voulez; si je dis donc, que vous êtes en charge de la nomination des postulants aux postes qui comblent l’organigramme organisationnel gouvernemental, que répondriez-vous?

-Rien M. l’avocat. Vous auriez parfaitement raison.

-Merci madame. Plus de question M. le commissaire.

Et voilà! Comme aucun avocat de quelque parti que ce soit ne fut « corrigé », on peut affirmer que la lumière est faites, et qu’il n’y a aucune influence indue de découverte au sujet de la nomination aux postes de juge. On peut dire également que le coût avoisinera les 10 millions lorsque tout sera terminé.

Dû au succès presqu’incroyable de la pièce auprès de la population, les auteurs ont décidé de prolonger la représentation en insérant une nouvelle pièce importante pour le scénario, mais pas pour le sujet fondamental: la découverte de l’agenda de l’ancien ministre de la justice pour les années en question dans la pièce.

On peut, d’ores et déjà, grâce à ce nouveau facteur, s’attendre à un « climax » impressionnat au niveau…du coût de la commission.

André Lefebvre

2 pensées sur “Le succès théatral de l’année à Montréal: La chaîne de transmission ayant une fermeture de sécurité!

  • avatar
    1 octobre 2010 à 19 07 55 105510
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    Les nouveaux développement sont:

    1) Le parti Libéral présente un agenda disant que M. Bellemare avait un rendez-vous ailleurs que chez le Premier Ministre le soir du 2.

    2) Mmme Bellemare n’est pas invitée à témoigner. C’est pourquoi, elle décide de donner un interview télé pour dire, entre autre, que M. Fava avait effectivement appelé M.Bellemare à deux ou trois reprises. Ce que M. Fava avait nié sous serment.

    3) Dans l’agenda de M. Bellemare de l’année 2003/2004, le fameux soir du 2, on retrouve DEUX rendez-vous: celui indiqué dans l’agenda des libéraux PLUS celui avec le Premier Ministre par la suite.

    L’étau se resserre, semble-t-il.

    André Lefebvre

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