Le volet du tangible

Dans cette Section P2 de ce site, nous parlons de la production des biens tangibles par opposition à la production des intangibles, les services, lesquels feront l’objet de la Section P3. La production de biens tangibles se caractérise par le rôle important qu’y joue encore la matière première. De cette importance de la matière qui est appropriable et transférable – alors que la compétence qui est le facteur dominant incontesté de la production d’inangibles ne l’est pas, mais reste indissociable de celui qui l‘a acquise – découle le pouvoir que conserve le Capital dans ce volet. Un pouvoir maintenant mitigé, car les travailleurs ne sont plus interchangeables et ne peuvent plus être traités comme de simples ressources, mais le rôle du Capital y demeure crucial.

Primordial, même quand la compétence monte en puissance, parce que le Capital appuyé sur la force peut encore aujourd’hui maintenir son pouvoir sur la production des biens tangibles en contrôlant cette matière première, tout comme le sédentaire proprio d’oasis du néolithique, s’il en avait la force, pouvait exiger un « dédommagement » des pasteurs nomades pour leur permettre l’accès à sa source. Le Capitral est aujopurd’hui mieux organisé et parfois plus subtil, mais c’est le même principe qui s’applique : tirer profit d’une rareté, si nécessaire en la provoquant, puis fixer à son gré les termes de l’échange avec les producteurs.

Fixer les termes de l’échange entre proprios-capitalistes et travailleurs-entrepreneurs est l’essence du débat politique au sein d’une société et nous en parlons ailleurs. Disons seulement ici que cette négociation doit conduire à une entente, quels qu’en soient finalement les termes, sans quoi rien n’est produit. La conclure est le premier défi de la production des biens tangibles.

De l’importance de la matière première découle aussi l’exigence d’en faire l’économie. L’efficacité est de faire coller l’offre à la demande, car tout écart se solde par un gaspillage de ressources naturelles, dont la rareté ne peut qu’augmenter, même si l’horizon où chacune sera épuisée peut sembler éloigné. L’intérêt du travailleur consommateur se confond avec cette économie, car au gaspillage des ressources correspond un gaspillage de travail et une stisfactionh moindre. Cette efficacité, cependant, ne sert le Capital que si la ressource demeure rare; si celle-ci devient surabondante, le pouvoir du Capital décroît.

Comme diminue le pouvoir du Capital quand on passe de la production du tangible à celle de l’intangible… ce qui est le phénomène fondamental de l’évolution de la production depuis que nous avons atteint l’abondance. Pour bien camper la problématique du volet de production des biens tangibles, il faut poser dès le depart que son importance relative ne peut que s’estomper au rythme où les désirs que cette production vise à satisfaire sont comblés. Démographie et enrichissement aidant, il n’est pas sûr que l’on produira moins en termes absolus dans une Nouvelle Société, mais on y attachera bien moins d’importance. L’industrie ne sera plus au coeur de la société.

Une Nouvelle Société sera postindustrielle. Ce n’est pas une trouvaille, mais il faut le répeter jusqu’à ce que tout le monde l’ait compris et surtout accepté. Gérer le volet de production de biens tangibles, c’est gérer cette décroissance relative. Une décroissance à des rythmes divers

Dans le tiers-monde le passage de la production du tangible à celle de l’intangible n’est encore qu’un processus en marche, mais produire des biens tangibles ne sera bientôt plus la principale activité du travailleur moyen dans les pays en voie de développement. Encore un peu de temps, et la même transformation sera achevée meme dans les pays encore aujourd’hui sous-développés. Dans les pays développés, toutefois, il y a déjà deux générations que c’est chose faite.

Il ne reste aux USA que 2 à 3% de la main-d’oeuvre au primaire, 12% en industrie. S’il en reste encore autant, c’est que le processus a été et demeure encore volontairement retardée. La finalité de l’industrie a été pervertie pour garder son pouvoir au Capital et n’est plus orientée vers la satisfaction des besoins ou même de la demande, mais uniquement vers sa continuité comme système. Elle est devenue une fin en soi.

Une fin absurde qui exige du travailleur un effort qui souvent n’est plus nécessaire, pour lui remettre un argent qui n’a plus de valeur réelle, ne servant qu’à rendre sa demande “effective” … pour des produits dont on arrive à grand peine à le convaincre qu’il les veut vraiment ! C’est à cette absurdité qu’il faut échapper.

La production industrielle hypertrophiée que nous entretenons est devenue un passe-temps imposé par les “gagnants” aux gens simples que l’abondance a désoeuvrés, ceux-là abusant du désarroi de ceux-ci pour maintenir une hiérarchie sociale qui ne correspond pas aux priorités d’une société industrielle mature et donc d’abondance. Même le retour d’un profit aux investisseurs n’a plus que valeur de symbole, puisque ce profit ne fait que s’ajouter à la quasi-totalité de la richesse qui demeure sagement dans l’univers virtuel comme outil de pouvoir et ne conduit plus jamais à la consommation de biens réels.

Dans une société postindustrielle qui s’assume comme telle, on ne produira plus pour produire, mais pour satisfaire nos besoins. Nos besoins, nos désirs et même nos caprices, car une Nouvelle Société sera résolument hédoniste, voire ludique, mais on produira mais seulement ce que l’on veut vraiment.

Une Nouvelle Société, dans le respect de la nature, de l’efficacité et du simple bon sens, ne produira que ce qu’il faut de biens pour optimiser le mieux-être et que la demande soit pleinement satisfaite. Elle n’imposera pas de restrictions quant à la satisfaction totale que doit pouvoir chercher le consommateur, mais on va l’inviter à trouver cette satisfaction avec une consommation réduite plutôt que pléthorique de biens divers et y parvenir sera perçu comme une forme de civisme aussi bien que d’intelligence.

Un consensus s’établira spontanément à ce sujet et c’est une valeur que véhiculeront le système d’éducation comme les médias. On ne produira plus rien non plus qui, au vu du service qu’on en attend, ne soit pas de bonne qualité quant à sa durée, sa fiabilité et l’économie de ses intrants. Qu’un marché de biens semi-durables se stabilise au niveau de remplacement le plus bas ne sera plus vu comme une calamité, mais comme la confirmation d’un objectif atteint.

La production des biens tangibles visera à apporter la plus grande satisfaction au moindre coût. Dans cette optique, c’est connaître la demande avec précision qui, plus que toute avancée technologique venant ajouter à une productivité dejà énorme, va devenir la veritable critères de l’efficacité.

Pierre JC Allard

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *