L’économie américaine, comme des châteaux de cartes

Tombera-t-elle, ne tombera-t-elle pas ? On se pose cette question à propos de l’économie états-unienne à qui mieux mieux depuis quelque temps. Et c’est normal dans le contexte où nos économies sont de plus en plus reliées dans un contexte de mondialisation. Et dans le domaine névralgique de la spéculation immobilière, qui concerne, il faut le rappeler, un besoin humain primaire, il semble y avoir un problème, qui ne se résorbera pas de sitôt.

Pour Robert James « Bob » Shiller, « la crise immobilière qui frappe les États-Unis est la plus grave depuis la Grande Dépression ». Il l’explique en long et en large dans une entrevue rapportée par le site économique lesechos.fr. « Disséquant les mécanismes à l’oeuvre sur un « marché d’amateurs », il regrette le manque de lucidité de nombreux acteurs. Et, alors que la tourmente s’étend aux places boursières, met en garde contre ses conséquences. »

Il est surtout très heureux de voir un économiste s’inquiéter pour l’aspect social, et je le cite :

Il va y avoir des dommages mais ils seront sans doute localisés dans certains pays. Ce n’est pas la fin du monde. Le principal risque est en fait social. Au moment où les salaires des PDG atteignent des niveaux record et où la rentabilité des entreprises est à un sommet, on risque de mettre 2 millions de personnes dans la rue aux États-Unis. La crise du « subprime » va frapper les plus pauvres. Cela pourrait avoir de lourdes conséquences.

On voit bien qu’il ne va pas jusqu’à proposer un changement de paradigme économique, qui s’appuierait sur autre chose que la croissance, mais au moins il vante une certaine prudence, et même pointe vers un certain positivisme par rapport à une chute des prix en immobilier :

Ce qui fait la force et l’attrait de villes comme New York ou Paris, c’est en partie leur vitalité, résultat de leur diversité. Retirez les artistes, mais aussi les professeurs, les policiers…, ceux qui ne peuvent plus se permettre de vivre dans une ville qu’ils servent, et que reste-t-il ? Une ville ne peut vivre seulement grâce à des spéculateurs. Rares sont ceux prêts à l’admettre mais, paradoxe, une chute des prix peut aussi avoir des conséquences positives. Les hommes politiques parlent de pouvoir d’achat, de logement abordable, pourtant ils sont inquiets dès que les prix baissent dans l’immobilier. Mais l’accroissement des inégalités que l’on constate aujourd’hui et qui est en partie lié à l’évolution du prix des logements est aussi porteur de tensions sociales.

Or, il semble il y avoir encore un fossé énorme entre la santé économique, selon une vision refermée sur elle-même, et la santé sociale. Cela est bien facile à constater et la preuve qu’il faut fuir le plus possible le fantasme du capitalisme pur.

Derrière le risque, il y a des gens.

12 pensées sur “L’économie américaine, comme des châteaux de cartes

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    30 janvier 2008 à 13 01 35 01351
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    L’appétit de biens et les multiples paradoxes de ce monde qui ne marche plus sur la téte !

    La téte a perdue la tète !

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    30 janvier 2008 à 13 01 54 01541
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    Le capitalisme a inventé l’état et ils ne sont pas séparables. Marx qui souhaitait le dépérissement de l’état dans la phase du communisme avait bien compris que pour se débarrasser de l’état il fallait se débarrasser du capitalisme. Pour les gens de gauches, et paradoxalement l’état est devenu le veau d’or.

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    31 janvier 2008 à 11 11 13 01131
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    LE PRIX DE LA LIBERTÉ EST L’ÉTERNELLE VIGILANCE

    Il serait plus approprié d’appeler le fascisme « corporatisme » parce qu’il est en fait la jonction du pouvoir d’état avec celui du corporatisme.

    « Fascism should more appropriately be called Corporatism because it is a merger of State and corporate power. »

    - Attributed to Benito Mussolini (1883-1945), Fascist Dictator of Italy

    La première vérité est que la liberté de démocratie n’est pas en sécurité si le peuple tolère la croissance du pouvoir du secteur privé jusqu’à un point où il devient plus puissant que les état démocratique eux-mêmes. Ceci, dans son essence, est le fascisme- le gouvernement qui est la possession d’un individu, un groupe, ou n’importe quel autre pouvoir contrôlant du secteur privé.

    « The first truth is that the liberty of a democracy is not safe if the people tolerate the growth of private power to a point where it becomes stronger than their democratic state itself. That, in its essence, is fascism—ownership of government by an individual, by a group, or by any other controlling private power. »

    - Franklin D. Roosevelt in an April 29, 1938 message to Congress

    L’essence du fascisme… c’est que le gouvernement devrait être le maître, et non le serviteur du peuple.

    “The essence of fascism… is that government should be the master, not the servant, of the people.”

    - Thomas DiLorenzo in his piece « Economic Fascism »

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    31 janvier 2008 à 11 11 47 01471
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    « Pour les gens de gauches, et paradoxalement l’état est devenu le veau d’or. »

    Pixel,

    je ne comprends pas l’amalgame que vous faites entre la gauche et l’étatisme, puisque moi-même je me réclame de la gauche et prône un état le plus minimal possible. Mais un état régulateur quand même, et qui s’éloignerait de cette monarchie actuelle que compose le résultat de la symbiose entre tous les pouvoirs extrapopulaire, pour que disparaisse l’utilité de cet affreux adjectif, c’est-à-dire la plèbe.

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    31 janvier 2008 à 13 01 43 01431
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    Le capitalisme à inventé l’état pour réguler et qu’il joue l’arbitre des règles du jeux. Un des exemple est la loi antitrust voté au USA. La répartition de richesse a eu lieu partout où la richesse a été créé par la masse.

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    1 février 2008 à 4 04 46 02462
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    Pixel ? : « …/… La répartition de richesse a eu lieu partout où la richesse a été créé par la masse…/… »

    Ca demande à etre vérifier votre conclusion ! 20 millions d’états Uniens sans protection sociale ! Sacré partage ! Vous écrivez beaucoup idées pas très travaillées !

    Sans modestie, je vous le dis , votre répartition là c’est du bidon !

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    1 février 2008 à 11 11 18 02182
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    « …/… La répartition de richesse a eu lieu partout où la richesse a été créé par la masse…/… »

    Pixel je ne comprends vraiment pas ce que vous dites, c’est exactement le contraire qui se passe. La création de richesse n’a servi qu’à enrichir les riches et à appauvrir les travailleurs qui gagnent de moins en moins. Ce que l’on constate d’ailleurs c’est que l’état ne régule rien du tout. Le contrôle a été pris depuis belle lurette par les corporations. On en est d’ailleurs à des sophismes navrants qu’on essaie de nous faire passer pour de grandes vérités : si l’ingérence politique est restée sans résultat c’est que ce n’est pas de l’ingérence – comme si la définition même de l’ingérence comportait une obligation de résultat (même chose que pour le pistolet à électrocution). Vous trouvez normal que des dirigeants gagnent 500 fois plus que leurs employés ? Vous ne verrez pas souvent celui qui gagne 500 fois plus aider sa communauté et redonner ce qu’il a reçu. Vous ne verrez jamais ces personnes penser au bien-être commun. Peut-être que les corporatistes se sont réparti la richesse du monde, mais il n’ont jamais réparti cette richesse avec le monde.

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    1 février 2008 à 13 01 54 02542
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    « …/… La répartition de richesse a eu lieu partout où la richesse a été créé par la masse…/… » ça veut dire que le capitalisme à besoin d’une consommation de masse pour fonctionner et donc une masse de gens suffisament riche pour consommer. Maintenant la mondialisation change un peu la donne pour le moment, car le marché s’agrandi par des consommateurs toujours plus nombreux mais éparpillés à travers le monde. Ce qui implique qu’on a maintenant des pauvres dans nos pays au même titre qu’il y a désormais des nouveaux riches en Chine ou en Inde.

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    1 février 2008 à 23 11 32 02322
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    C’est justement le problème, monsieur Pixel. Le capitalisme n’aurait en principe pas besoin de consommation de masse ni d’une croissance démesurée. Le corporatisme effréné, tel qu’il se pratique en ce moment, oui. Pourquoi les corporations ne paient-elles jamais ce qu’elles doivent, ne réparent-elles jamais les dommages environnementaux et sociaux qu’elles créent ? Et puis, pour notre part, pourquoi faudrait-il consommer à ce point ? Pourquoi faudrait-il continuer de nous créer des besoins de toutes pièces ? Si je suis votre logique, il faut aller s’enrichir au détriment d’autres peuples maintenant que l’économie des pays occidentaux est en train de devenir exsangue, de se vider de ses travailleurs, incapables d’obtenir plus de crédit ou appauvris à mesure qu’ils travaillent, sans plus d’argent pour répondre même à leurs besoins primaires.

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    2 février 2008 à 14 02 24 02242
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    Ixe Igreczed

    « Le capitalisme n’aurait en principe pas besoin de consommation de masse ni d’une croissance démesurée. » Vous me stupéfiez.

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    3 février 2008 à 9 09 51 02512
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    Je vais vous stupéfier sans doute davantage en citant Omar Aktouf, professeur titulaire aux HEC, qui prononçait une allocution le 11 janvier 2008 lors du 15e anniversaire de Groupe conseil agricole Lanaudière, allocution dont vous pouvez lire des extraits dans La terre de chez nous du 31 janvier, p. 8. « La mondialisation à saveur néolibérale est une catastrophe dont l’agriculture est la première victime. L’organisation mondiale du commerce est une coquille vide qui sert les intérêts des plus riches et qui a trahi le projet des fondateurs des accords de Bretton Woods. » Je cite maintenant le journaliste Jean-Charles Gagné : « Monsieur Aktouf a illustré “l’échec fracassant de cette mondialisation” par la concentration de la richesse entre les mains de moins en moins d’individus, par le maintien de 850 millions de personnes souffrant de la faim et de trois milliards d’humains vivant avec deux dollars par jour, soit moins que les subventions aux vaches européennes et américaines ! À ses yeux, la planète n’a jamais été aussi inégalitaire, pauvre et belligérante. De plus, la recherche du profit maximum, dans un univers où les ressources sont limitées, va selon cet économiste finir par détruire plus qu’elle ne construit. À preuve, les problèmes environnementaux qui s’amplifient. (Personnellement, j’ajouterais les problèmes de santé publique énormes créés de toutes pièces par les multinationales de l’agriculture, de l’énergie et qui viennent affecter le système immunitaire des populations, qui viennent directement causer des cancers. Qui va payer pour ça ? Les multinationales ? Les pharmaceutiques ? Les banques ? Les sociétés d’assurance ? Laissez-moi rire ! )
    Cette mondialisation va finir par imploser, prévoit M. Aktouf, car les pays riches – lisez bien ceci, monsieur Pixel – n’auront plus assez de clients solvables pour acheter leurs produits. L’accord de libre-échange nord-américain qui a fait disparaître 30 000 PME en agriculture au Mexique et y a fait chuter les salaires de 23% en est une preuve directe. Comment voulez-vous que les agriculteurs du Québec puissent y vendre leurs produits ? Monsieur Aktouf constate que les revenus nets des fermes québécoises baissent constamment depuis 30 ans, que les revenus moyens n’ont que doublé entre 1982 et 1987 pendant que l’endettement a été multiplié par six et la valeur des fermes par cinq. Il faut donc changer de cap. Il croit que l’industrie naissante des biocarburants est en train “massacrer l’agriculture au Québec. La production d’éthanol à base de maïs nécessite beaucoup d’eau, de fertilisants et de pesticides et tombe mal alors que l’agriculture est pointée du doigt comme source importante de gaz à effet de serre. Elle hausse le prix des aliments de base (sorgho, soya, canne à sucre, maïs) à un niveau où les plus pauvres ne peuvent plus se les payer. Bref, les biocarburants sont une fausse piste qui mène tout droit dans les filets des multinationales de l’énergie. »

    Le corporatisme effréné néolibéral et ceux qui entonnent son credo font des dommages partout où ils passent. Je ne vous souhaite pas de perdre votre emploi pour que l’entreprise qui vous embauche présente une meilleure marge bénéficiaire à ses actionnaires. Si vous voulez lire quelqu’un de complètement déconnecté, dans la Terre de chez-nous, allez lire le compte rendu de l’allocution prononcée par Bernard Landry sur le même sujet. J’espère bien que vous serez stupéfié, pour employer votre expression.

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    12 février 2008 à 5 05 02 02022
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    C’est clair que le monde poid sous le coup de l’injustice, du fossé de plus en plus grandissant entre les riches et les pauvres. Et les difficultés n’ont plus de couleurs. « Prolétaires du monde unissons-nous » face aux affres du capitalisme sauvage et barbare.

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