Les  » éléments de langage » du microcosme médiatique

LE YETI

Savez-vous que le 3 mai est la journée de la liberté de la presse ? À cette occasion, l’observatoire sourcilleux des médias, le site Acrimed (Action-Critique-Médias), reprend un appel de l’UCP2F (Union des clubs de la presse de France et francophone) : “Quelle presse ? Pour quelle information ?”

La question mérite effectivement d’être posée. Car il n’y a aujourd’hui guère plus de différence entre nos différents supports médiatiques qu’entre nos partis politiques dits de pouvoir. La pauvre multiplicité apparente des titres n’a d’égale que la concentration de leurs propriétaires, tous confinés dans les mêmes milieux d’argent, de pouvoir et d’influence.

Rafales pathologiques

De fait, les informations diffusées s’uniformisent et brillent par leur partialité. Le choix des présentateurs ou des rédacteurs prévaut et fait filtre sur celui des journalistes de terrain (quand il en reste). Face à la crise qui menace son système, le blockhaus médiatique n’a de cesse que de protéger jusqu’à la caricature ses privilèges corporatistes et les intérêts de ses commanditaires.

En témoignent, Mélenchon en sait quelque chose, les “éléments de langage” lâchés en rafales pathologiques pour tenir à distance tout intrus assimilé à une menace.

« Populiste ! Antijournaliste primaire ! “Tous pourris”, c’est ce que vous voulez dire ? Êtes-vous conscient de la violence inacceptable de vos propos ?… »

Autant d’insinuations répétitives toujours ponctuées d’un hypocrite :

« Mais non, nous n’insinuons rien, nous vous posons juste une question ! »

Une arme de propagande massive en déliquescence

L’UCP2F dénonce dans son appel la marketisation grandissante de l’information. On s’étonnera au contraire de l’obstination des propriétaires à conserver ces supports malgré l’état désastreux de leurs comptes et la désaffection du public.

Sinon à considérer que le souci de rentabilité leur importe moins en l’occurrence que l’arme de propagande massive qu’ils constituent à leurs yeux. Arme d’ailleurs en relative déliquescence depuis le fiasco ouiste du référendum de 2005 sur le projet de constitution européenne. Mais qu’importe à nos fébriles sur la défensive.

Je terminerai ce petit exposé en relevant que si celui-ci est publié sur le support d’un grand groupe de presse [Rue89 appartient au groupe Perdriel, ndlr], cela relève bien moins de la garantie d’une indépendance de presse que d’un fait du prince disposant de facto du droit de grâce ou de veto sur ce qui se passe chez lui.

On est bien loin en tout cas de l’esprit des ordonnances sur l’indépendance de la presse publiées en 1944 par le Conseil national de la Résistance (CNR), qui entendait lutter contre la concentration des entreprises de presse et interdire à un même patron d’être aux commandes de plusieurs titres et d’exercer une fonction extérieure.

Et si l’on réactivait les ordonnances du CNR ?

« Ho, Yéti, c’est vrai ce que tu écris, mais peux-tu nous dire ce que tout ça apporte de nouveau ? »

Attends un peu, gobemouche hébété, tu vas voir ! Suppose qu’à la faveur de cette “Grande perdition”, certains se mettent en tête de réactiver les fameuses ordonnances du CNR. Ce qui ne serait, tu en conviendras, que justice et œuvre de salubrité publique (« coup de balai, si si, je vous assure, vous avez dit coup de balai ! »).

Que crois-tu qu’il adviendrait s’ils décidaient d’interdire, comme leurs aînés, les monopoles concentrationnaires, de confisquer et de redistribuer les liens des contrevenants, de punir « toute personne convaincue d’avoir prêté son nom au propriétaire, au copropriétaire ou au commanditaire d’une publication » [article 4 de l’ordonnance du 26 août 1944] ?

Oui, je vois que tu as compris. Ouvre toute grande tes oreilles et écoute la nouvelle bordée d’”éléments de langage” en veux-tu en voilà qui ne manqueront pas de fleurir :

« Stalinien ! Chasseur aux sorcières ! Liberticide ! Espèce de Marine Le Pen ! Suppôt de Chavez ! Nazi ! … »

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