Les Goebbels de l’Occident

« À l’aube ce matin, des troupes polonaises ont massacré nos garde-frontières et attaqué férocement des soldats allemands qui faisaient quelques exercices en territoire allemand » C’est ce que Josef Goebbels a annoncé au monde, le 1er septembre 1939. On ne l’a pas cru.

On ne l’a pas cru à Paris, ni à Londres, ni ailleurs dans le monde, parce que l’idée qu’une Pologne – dont l’armée entretenait 100 00 chevaux et dont la stratégie reposait encore sur des charges de cavalerie ! – puisse attaquer les 14 divisions Panzer, les Stukas et le million de soldats du Reich massés à ses frontières était simplement saugrenue. Il faut garder un minimum de décence dans le mensonge.

Vraiment ? Dans son best-seller de 1925 – les plus grosses ventes de toute l’histoire de la littérature allemande ! – un certain Hitler, qui devait donner par la suite d’autres raisons de ne pas partager ses opinions, avait prétendu le contraire.

« Les gens ordinaires croient un mensonge énorme plus facilement qu’un petit, parce que, même s’ils mentent eux-mêmes souvent pour de petites choses, ils auraient honte de mentir pour des choses d’une extrême importance. Il ne leur vient pas à l’esprit de fabriquer des mensonges d’une colossale envergure et ils ne peuvent donc pas croire que d’autres puissent se permettre cette infamie. Même si les faits prouvent clairement qu’il s’agit bien d’un mensonge, ils continuent d’en douter et de penser qu’il y a peut-être une autre explication. » Mein Kampf (Traduction de l’édition anglaise de James Murphy, page 134)

L’ « autre explication » de Goebbels, ce 1er septembre 1939, c’était que la Pologne, en provoquant l’Allemagne, cherchait une riposte qui justifierait une intervention franco-britannique. Ça non plus, personne n’y a cru, car l’idée de mettre une baffe a un grizzly pour que le garde-chasse vienne l’abattre néglige cette évidence que vous serez mort et en pièces détachées bien avant que le grizzly ne soit mis hors combat, ce qui incidemment, a bien été le sort de la Pologne dans cette affaire.

Personne n’y a cru… sauf en Allemagne. En Allemagne nazie, avec les médias parfaitement sous contrôle, il est bien probable que des millions d’Allemands y ont cru. Ils ont voulu se « défendre » contre la Pologne et toutes ces nations qui leur déclaraient la guerre. Justice et Vengeance ! Dieu est avec Nous ! Excellent pour le moral des troupes et des civils. Ils y ont cru.

Que se serait-il passé si les Allemands n’y avaient pas cru ? Que se serait-il passé si junkers, hobereaux et ouvriers de Volkswagen avaient compris que c’étaient EUX les agresseurs ? Auraient-ils marché avec un indéniable courage jusqu’à Stalingrad et El-Alamein, s’ils avaient pensé qu’ils n’étaient pas les « bons », mais les « méchants » de cette épopée ? Si Goebbels ne les avait pas convaincus de leur bon droit, la Deuxième Guerre mondiale aurait-elle pu commencer deux jours plus tard ? Une guerre où chacun se croyait l’agressé et où sont morts le hableur Goebbels… mais aussi une cinquantaine de millions d’autres quidams.

Il n’est pas sans importance de croire qu’on a le Bien de son côté. C’est pour ça que les équipes sportives gagnent plus souvent à domicile qu’à l’étranger C’est pour ça que les Mao, les Castro, les Tito, les Gandhi, les Nasser, les Franco – qu’ils aient tort ou raison – accomplissent des choses surprenantes, alors que Français comme Américains, qui n’avaient pas la conviction profonde d’avoir raison, ont été tour à tour humiliés au Vietnam. C’est pour ça que les forces de la Coalition se couvrent de ridicule comme de honte en Irak.

On ne peut vraiment faire marcher les gens ordinaires dans une guerre d’agression – a fortiori dans une démocratie – qui si on les convainc qu’ils sont les agressés. Les goebbels sont indispensables à une politique d’expansion impérialiste. Qu’est-ce qui sépare un menteur ordinaire d’un goebbel ? La capacité de tout mettre sur le mensonge même et de ne pas accorder une minute d’attention à la vraisemblance.

Toute cette fable d’un Irak qu’on sait pauvre, meurtri par la guerre, sillonné par des équipes de contrôle… mais qui se dote néanmoins rapidement, en cachette, d’une force de frappe atomique et d’armes de destruction massive est du pur Goebbels. Du Goebbels en plus colossalement invraisemblable et donc en mieux. Quand on veut envahir le Moyen-Orient et contrôler le pétrole, il faut mettre en scène des goebbels, car il est encore bien plus absurde de prétendre aujourd’hui que les Irakiens ou les Afghans menacent l’Occident qu’il ne l’était en 1939 de prétendre que la Pologne menaçait le Reich hitlérien.

Il y a déjà quelque temps qu’on nous la fait « a la goebbels » chez les Yankobritanniques, mais ceux dont c’est la tâche de nous faire avaler des couleuvres nous présentent maintenant des pythons et des boas. Ainsi, Tony Blair, affirmant sans rougir qu’il ne voit pas de lien entre les attentats du metro de Londres et l’invasion de l’Irak. Tout le monde le voit, mais pas lui. Il peut fabriquer des mensonges d’une colossale envergure. Du grand Goebbels.

Ainsi le « Deuxième attentat de Londres ». Même heure, même poste, même scénario que le premier… mais pas de victimes ! .Les mêmes groupes mystérieux, mais ils ne savent plus s’y prendre. Toujours des suicidés en puissance, mais ils fuient AVANT les explosions – qui ne se produisent pas – et on ne les retrouve pas. Doubler la peur et donc le sentiment d’être agressé et la volonté de continuer le combat, mais sans se faire de mal. Du très grand Goebbels. Comme la « terrible » épidémie d’anthrax qui a paniqué l’Amérique après l’attentat du World Trade Center… et qui a fait une dizaine de victimes. Alors qu’une attaque bactériologique sérieuse, avec une maladie contagieuse, en aurait fait des millions. Ouvrez grand la bouche, c’est un anaconda.

Ainsi – mais c’est effroyablement plus grave – un tout nouvel Al-Qaeda apparaît, une filiale, juste pour le Levant et l’Égypte, qui tue une centaine de personnes à Sharm-el-sheikh, ce qui va aussi certainement saboter toute l’économie égyptienne. Pourquoi une organisation terroriste, qui prétend se battre pour l’Islam et qui n’a vraiment que l’embarras du choix des cibles, ruinerait-elle sa crédibilité dans le monde islamique en tuant des civils musulmans dans un pays musulman ? Cet attentat va évidemment nuire à Al-Qaeda et, quel que soit le terrorisme qui a frappé en Egypte, il ne pouvait évidemment que viser Al-Qaeda. Prétendre le contraire n’a aucun sens.

Mais tout ça a-t-il encore un sens ? Que vont nous donner en rappel les goebbels de la nouvelle « race des seigneurs » anglo-saxonne qu’on a réussi a fascisée malgré son attachement à la démocratie, pour nous convaincre que l’Occident doit se « défendre » et occuper aujourd’hui le Moyen-Orient, demain le monde entier ? Allons-nous y croire ? Allons-nous accepter de nous penser les victimes et monter à l’assaut, en oubliant que c’est NOUS les envahisseurs, les occupants, les exploiteurs ? Allons-nous poursuivre de Kabul a Baghdad, puis à Téhéran, la même course de la Wermacht de Danzig à Bergen à Paris, suscitant en chaque pays conquis une résistance farouche, jusqu’à ce que l’on arrive à quelque Stalingrad que l’on ne prendra pas ?

Notre salut est de décoder les mensonges de nos goebbels, de comprendre que c’est de NOUS qu’on veut faire agresseurs et de refuser de continuer cette tentative de conquête du monde qui ne peut mener qu’à une catastrophe.

6 pensées sur “Les Goebbels de l’Occident

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    24 octobre 2007 à 8 08 19 101910
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    Pierre

    Cet article n’a pas pris une ride. Notre responsabilité de décoder, comme vous dites si bien, doit être accompagnée de notre capacité de diffuser. Lorsque les médias – aveuglés aux premières heures de l’invasion de l’Irak – encensent par patriotisme le pouvoir, c’est toute notre capacité de nous interposer qui est compromise. Nous avions au Canada des documentaires dévastateurs sur cette invasion alors que le peuple américain était soumis à une propagande innommable. Au Canada, cette volonté du gouvernement Harper de nous imposer le concept d’une présence humanitaire en Afghanistan est fort peu subtile et trouée de tous les mêmes faux prétextes qu’on puisse imaginer.

    Et ma crainte est la suivante : si on n’y prend garde, la mainmise monopolistique sur les médias, au Canada, accroîtra – à court terme – le haut risque de dérapage dont il faut impérativement se prémunir. Notre vrai pouvoir serait de rejeter l’actuel gouvernement et ses mensonges. Mais pour le remplacer par qui ? Voilà où notre pouvoir perd de sa force.

    Pierre R.

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    24 octobre 2007 à 13 01 47 104710
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    Oui mais est ce que la majorité des américains qui ont voté Bush pour un 2e mandat étaient encore dupe du mensonge ou n’y avait il pas un intérêt fiscal et celui d’un impérialisme US qui accepte pour sa prospérité d’infliger des dégâts à des peuples bouc-émissaires ?
    Je n’ai pas de réponse à cette interrogation.

    Le thème de libérer le peuple irakien d’une dictature ne tient plus après la défaite de l’armée irakienne et que commence la résistance. Les ADM introuvable, les liens imaginaires avec le groupe terroriste de Ben Laden etc. tout apparaît clairement avant l’élection du 2e mandat. Alors ?

    Avec l’internet de nos jours, aucun pays ne peut contrôler entièrement l’information. Les américains avaient avec leur satellite ou leur accès internet la possibilité d’avoir une information canadienne ou européenne plus objective. Maintenant une certaine forme de patriotisme ferme les yeux et rend sourd. Pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre dit on. Le cinéma hollywoodien en est souvent le porte drapeau au départ avant de servir parfois le contraire ensuite.
    Maintenant avec la chambre des députés majoritairement démocrate, les pouvoirs qu’a Bush fait qu’il peut lancer une autre guerre (contre l’Iran) malgré tout. C’est comme l’a dit justement Ben Laden, un échec de la démocratie US qui n’est pas en mesure de faire respecter le choix de la majorité de ses citoyens électeurs.

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    24 octobre 2007 à 15 03 40 104010
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    @ Pierre R. Merci. Je crois que tout repose maintenant sur l’internet et les blogues. Je ne pense pas que les USA puissent lancer une autre guerre sans censurer ou, plus simplement, stopper l’Internet en disant qu’il a été saboté par Al-Qaeda… Il faudrait immédiatement rétablir une communication alternative.

    @ Paul de Montréal : Les USA ont réussi à bloquer 95% de la communication au niveau des neurones. Il n’y a que 5% des Américains qui pensent. On est donc trompé en voyant les réactions des tabloids, de Foxx News, etc., puisqu’il est clair que lambda en Arkansas connait mieux le carte de Middle-Earth que celle du Moyen-Orient et que la politique USA est une logorrhée de bêtises. Mais… il faut garder le contact avec les 5% qui pensent. D’où l’importance de l’Internet… ou d’une alternative

    PJCA

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    25 octobre 2007 à 8 08 59 105910
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    Y-a-t-il un ricain dans le forum ?

    En France certaines catégories professionnelles ( SNCF, RATP, EDF ) est en train de défendre bec et ongle leurs régimes spéciaux de retraite. C’est humain, quelquesoit les arguments du gouvernement, ils feront tout pour éviter de perdre cet avantage acquis.

    Est ce que aux USA le peuple ne réagirait-il pas d’une façon similaire ? Quelqu’un s’est-il déjà posé la question ? Nous avons le pic pétrolier qui est dans sa phase descendante, nous avons les américains qui représente 5 % de la population mondiale et qui consomment 25 % de l’energie de la planète. Le discours de l’administration Bush n’est-il pas « On a pas le choix, si vous voulez continuer à vivre au niveau actuel, alors tout les moyens sont bons pour continuer à s’accaparer le pétrole là où il se trouve. Si nous lachons de la pression, ce que nous ne prendrons pas ira aux Russes, aux Chinois, en Europe… Donc soit nous continuons dans cette voie, même si cela va à l’encontre de la morale et des lois internationales, soit vous vous retrouverez encore plus dans la misère dans quelques années. »

    Si j’étais américain, avec un tel discours, je voterai pour un 3ème mandat de Bush. Je préfèrerai continuer à vivre au dessus de mes moyens, avec les inconvénients et les quelques sacrifices que cela suppose, plutôt que d’être « libre » dans la pauvreté.

    Dites moi que je me trompe SVP !

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    25 octobre 2007 à 21 09 30 103010
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    @ Didier

    Je pense que vous surestimez la capacité de l’Américain moyen de vouloir etablir des rapports de causes à effets. L’électeur oppose uns vague préférence pour la liberté et l’initiative qu’il associe au Parti Républicain à un tout aussi vague préférence pour la solidarité et la justice qu’il associe aux Démocrates, mais il est motivé à 80% par son propre sentiment d’appartenance identitaire à l’un ou l’autre des partis et, pour le reste, c’est la sympathie que lui inspire le visage du candidat et l’indignation du dernier ragot des medias. Il ne voit en rien son intérêt dans son choix et, le verrait-il, qu’il n’aurait pas la lucidité de se l’avouer.

    La démocratie américaine est depuis longtemps un pur exercice de manipulation, qui est à se transformer en un pur contrôle des processus électoraux mêmes

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