Les hurluberlus de Gesca

Photo : Flickr PetitGrand
Photo : Flickr PetitGrand

La population de Montréal a t-elle donné hier son aval à la corruption institutionnalisée ?  Il a suffi que 60% des gens s’en fichent et qu’environ le tiers de ceux qui ont pris la peine de voter ne la voit pas ou la pardonne,  pour que la magouille semble reconduite.

N’est-il pas clair que  nous pouvons raisonnablement nous attendre à ce que tout continue comme avant, au moins le temps de trouver une autre façon de faire la même chose?  Quand on aura trouvé, on pourra dire, comme le personnage du Guepard de Visconti. que « tout aura changé pour que rien ne change ».

Est-ce inéluctable?  Non.  Le maire Tremblay qui ne voyait rien peut maintenant tout voir.  Ses conseillers peuvent tout voir autrement, les habitudes de l’industrie de la construction et des syndicats peuvent être régénérées, la nature humaine peut devenir meilleure….  Rien n’oblige la nouvelle administration de Montréal à persister dans le modèle nauséabond qu’on nous a révélé au cours des dernières semaines. Ne condamnons pas des présumés innocents. Ayons tous la foi, l’espérance… et la charité.

Il reste néanmoins que les Montréalais ont donné  démocratiquement leur aval pour que le même pilote garde la main sur la barre et que les même moussaillons traînent dans l’entrepont   Il est POSSIBLE qu’ils aient eu raison, mais difficile de penser que ce soit probable.  Pourquoi les Montréalais ont-ils fait ce choix un tantinet risqué ?

D’abord… parce que ce n’est pas le choix qu’ils ont fait ! Les deux-tiers d’entre eux ont voulu que Tremblay parte. La division du vote a voulu qu’il ne parte pas. Un scrutin a deux 2 tours aurait vraisemblablement permis que Harel ou même Bergeron  gagne, au deuxième tour, un duel contre Tremblay  Ce que nous avons n’est pas vraiment la démocratie.

Cela dit, pourquoi cette faille systemique a-t-elle joué ici en faveur de Tremblay ?  Deux facteurs ont contribué à ce résultat.  D’une part, le clivage ethno-linguistique, évident dès le départ, et qui rendait Harel inacceptable à la vaste majorité des Anglophones.  Pour triompher de Tremblay, il aurait fallu, soit que Harel obtienne un pourcentage du vote francophone qui aurait correspondu aussi à une polarisatio ethnique du vote – ce qui n’était  ni probable ni souhaitable –  soit que Bergeron  fasse sauter l’embâcle ethnique et obtienne un appui solide des Anglophones.

Le vœu de ceux qui souhaitait un changement était que cet embâcle saute et que le vote anti-corruption – francophone comme anglophone – propulse Bergeron en tête. Tout a fait  réalisable, mais il y avait un danger pour la minorité anglophone;  si seul le vote anglophone faisait ce pas,  c’est Harel qui bénéficierait du transport des votes anglophones de Tremblay alors affaibli, vers un Bergeron qui n’aurait pas la note de passage.

Un risque que la communauté anglophone ne voulait pas courir. Expectative, donc… Quand les prises de position contre Bergeron des chroniqueurs de Gesca ont convaincu la presse anglophone que l’Establishment québécois  ne laisserait pas tomber le système en place – va pour Harel, tout étant  là pour montrer que les même forces resteraient  au  pouvoir, mais pas un facteur imprévisible comme Bergeron  –  The Gazette a jeté son glaive dans la balance en soutenant Tremblay, produisant le résultat que nous avons eu. L’analyse détaillée du vote d’ici un jour ou deux confirmera ce scénario.

Quelle conclusions en tirer? D’abord modifier le scrutin uninominal à un tour qui ne vaut que pour une démocratie bipolaire à l’américaine.  Si les gens commencent à réfléchir et qu’on pense à des tierces options, ce type de scrutin n’a plus sa place.

Ensuite, rendre le vote obligatoire, tout en introduisant l’option de refuser tous les candidats. C’est l’inertie qui  a permis à 14% de l’électorat de créer la situation que nous risquons de vivre. On peut facilement imaginer que la population  qui aurait DÛ faire une choix n’aurait pas fait celui-là.

Enfin – et surtout – une lueur d’espoir.  En quelques semaines, entre la confirmation par Labonté du cloaque qu’était devenu Montréal et l’élection municipale,  le soutien à Projet Montréal a doublé!  La seule information libre à laquelle l’électeur a eu droit a été celle des blogues, mais la vague Bergeron a  doublée et est monté à 26%, malgré la mauvaise foi et tous les efforts des médias traditionnels.   Il s’en est fallu de bien peu…

C’est sans doute la dernière de ces vagues qui n’aura pas emporté la digue. Il suffit  d’extrapoler la tendance, pour comprendre que la prochaine élection ne se gagnera pas dans le médias traditionnels,  discrédités encore un peu plus  lors de ce scrutin, par ces gens comme Alain Dubuc qui ont traité d’hurluberlu  un candidat auquel finalement aura fait confiance  26 % de la population.

Elle se gagnera sur les médias citoyens  où l’on pourra se parler à l’abri de la corruption et de l’hypocrisie de ces pseudo journalistes  à la solde d’une presse qui ne veut pas informer, mais manipuler. Gesca a menacé de fermer ses journaux le 1er décembre.  Tant mieux.   Il y a une alternative à l’Évangile selon Desmarais.  Je la proposerai ici la semaine prochaine.

Pierre JC Allard

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