Les mercenaires à l’UQAM

  

  
Montherlant disait – plus élégamment, puisqu’il était Montherlant – que si, dans une querelle, les deux parties vous attaquent à tour de rôle, c’est que vous êtes sans doute un esprit libre… :-)   Je vais sans doute avoir fait un grand pas vers la liberté  d’esprit avec ce dossier des revendications étudiantes pour la gratuité des étude universitaires, car je ne me suis pas à m’y faire des amis…

J’ai répété, dès le début de cette grève, ce que je disais depuis longtemps : la gratuité des études. universitaires est une mauvaise solution. Ce n’est pas une mesure progressiste, mais élitiste, faisant porter par la classe moyenne le coût de formation et donc les frais d’établissement d’une minorité privilégiée.   Mes amis de la Gauche ont grincé des dents…

Quand j’ai dit, cependant, que la gestion provocatrice de la crise par la gouvernement indiquait que celui-ci comptait bien attiser ce conflit  pour qu’il en résulte une bavure qui lui permettrait de se faire réélire par une population apeurée, c’est la Droite qui s’est voilée la face, comprenant que ma position dans dossier n’était pas le commencement de ma conversion au libéralisme.

Je restais néanmoins dans une sorte de no man’s land  idéologique, puis hier, patatras !  Je suis retombé relaps impénitent dans mes vieux péchés de gauchiste. Car je continue de penser qu’il faut prêter et non donner à ceux qui suivent une formation professionnelle, mais la faute du gouvernement qui ne propose pas sérieusement  cette solution évidente devient tout a coup infiniment plus grave que celle des étudiants qui ne la réclament pas.

C’est que le gouvernement vient de faire un pas tragique dans l’escalade. Il a transformé nos étudiants en Taliban.  Vous croyez que même si le mot « taliban » signifie bien « étudiants »  en arabe et en pashtan, il n’y a rien en commun, entre  les fondamentalistes qui explosent les statues du Bouddha et lapident des femmes en Afghanistan et nos étudiants québécois ?

Détrompez vous. Les étudiants de l’UQAM ont maintenant UNE chose en commun avec les Talibans : on leur a donné pour adversaires des mercenaires.

Et pas n’importe quels mercenaires : les agents de sécurité de BEST, une filiale de la même société, GARDA, qui fournit des mercenaires en Irak.   De ceux dont on a dit qu’ils étaient responsables du plus clair des atrocités et des exactions.  Ces familles décimées, ces femmes violées par douzaines, ces films innombrables où l’on voit et entend ces mecs rigoler en tirant sur tout ce qui bouge…  Ce n’étaient pas seulement des mercenaires, les responsables, mais c’était SURTOUT des mercenaires.

Tous les mercenaires ne sont sans doute pas des brutes sadiques – ce serait une impossibilité mathématique –  mais peut-on avoir un préjugé favorable concernant la bonne conduite d’individus qui choisissent d’aller brutaliser et tuer au besoin des gens qu’ils ne connaissent pas ?  Et qui ne le font pas comme des soldats sous prétexte de défendre une patrie en danger, mais pour gagner pas mal de fric ?

Quand arrivent les mercenaires – à Montréal, comme à Kandahar et à Bagdad – c’est le signe que l’on ne fait plus trop confiances aux forces régulières pour mater l’adversaire avec toute la brutalité qu’il faudrait; un sursaut d’humanité est trop vite arrivé chez un policier ou un militaire honnête qui tape sur un honnête  homme …

À ceux qui se battent pour une cause le pouvoir oppose donc des mercenaires. Le bon mercenaire est payé et il fait son boulot sans états d’âme. Le mercenariat a une longue tradition d’excellence dans l’abomination depuis Carthage, mais, ne regardons qu’hier,

Ce sont les agents de sécurité de Pinkerton qui ont tabassé les grevistes pendant les décennies noires de l’histoire syndicale des USA.   C’est le même genre de ressources qui tapaient sur les grévistes à Asbestos. Ce sont d’autres mercenaires qui ont fait et défait les gouvernements en Afrique depuis l’affaire du Katanga dans le Congo des années ‘’60. On les appelait « les affreux »…

Encore des mercenaires qui ont tué et massacré sous contrat au Guatemala et au Salvador, puis massivement au Nicaragua, où on a parlé des « Contras ». N’oublions pas la Colombie, où l’on a mis en lignes les « Paramilitaires », payés par les propriétaires terriens, qui ont fait depuis 20 ans chez les paysans 10 fois plus de victimes que la guérilla… Seul le nom change.

Introduire des mercenaires dans un conflit a toujours mené à des bavures… Je ne trouve donc pas raisonnable de mettre au front les agents de BEST contre les étudiants en grève de l’UQAM ou d’ailleurs. Nous en baverons beaucoup et, depuis hier, c’est déjà commencé, avec les profs qu’on veut intimider. Une grave erreur du gouvernement…

Mais est-ce une erreur ? Seule une énorme bavure dans le déroulement de la grève étudiante pourrait arracher à la population un autre mandat pour le gouvernement discrédité de Jean Charest.  Alors, quand le gouvernement provoque les étudiants, comme il le fait à Gatineau, par exemple, c’est de la bêtise ou une astuce ?

Je crois que le gouvernement est bête, SURTOUT s’il se croit astucieux. Il devient si évident qu’on a tendu un piége aux étudiants qu’on ne pourra que faire porter au gouvernement la responsabilité des conséquences qui en résulteront.

Or, le gouvernement ne semble pas comprendre que, dans un conflit urbain violent, les techniques modernes modifient radicalement l’équilibre des forces entre la société et l’individu.  L’État ne peut pas prendre en otage  toute une population où se mêlent ses amis et ses ennemis. Tout affrontement entre insurgés anonymes et les forces de l’ordre – qui ne peuvent jouer leur rôle qu’en s’identifiant – se transforme donc en une lutte inégale entre voyants et aveugles…

Il serait pourtant si facile de proposer un plan RAISONNABLE de financement a long terme… Si un malheur arrive, quel que soit le camp qu’on voudra en accuser, je prétends que Jean Charest en sera le grand responsable.

Pierre JC Allard

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