Les responsabilités allemandes dans la débâcle Européenne

Les plans de sauvetage de l’Euro préparés et imposés par l’Allemagne n’intéressent pratiquement plus aucun autre pays membre de l’Union. Un climat de suspicion et de pessimisme assorti de frustrations règne en effet depuis quelques semaines sur l’Europe, illustré par les récentes déclarations du Ministre Luxembourgeois des Affaires Etrangères, Jean Asselborn, mettant « en garde l’Allemagne et la France » contre toute prétention à exercer leur « pouvoir avec arrogance »… Cette amertume, particulièrement perceptible auprès des petits pays membres ayant le sentiment d’être acculés par la toute puissante machinerie allemande, est un très mauvais signe pour l’Union. Pour la toute première fois depuis le déclenchement de la crise Européenne en fin d’année 2009, son avenir semble effectivement aujourd’hui très sérieusement remis en question et ce dans un contexte où la lassitude de nombre de nations membres laisse présager du pire, à savoir d’une probable déliquescence dès cette année 2011.

Après les renflouements de deux membres de cette Union -la Grèce et l’Irlande-, les questionnements lancinants et existentiels quant au prochain pays qui devra quémander la charité Européenne tout en subissant les inévitables admonestations allemandes achèvent de rendre irrespirable l’atmosphère de notre continent. Bref, l’Euro lutte pour sa survie douze ans seulement après avoir vu le jour. Impopulaire parmi les pays en difficultés qui ont conscience que la monnaie unique ne leur permettra pas d’opérer une relance par l’exportation mais également peu apprécié en Allemagne où la génération ayant connu le Deutschemark se retourne avec nostalgie vers cette gloire et cette solidité sacrifiées à l’autel d’une devise dont quasiment personne ne voulait… A l’occasion d’un entretien accordé en 2010, l’ancien Chancelier Helmut Kohl n’a-t-il pas admis s’être abstenu d’organiser un référendum sur l’introduction de l’Euro qui aurait été, selon lui, majoritairement rejetée par la population de son pays?

C’est ainsi que les mois se suivent et se ressemblent et que l’année 2010 vient de se terminer comme elle a commencé, c’est-à-dire par un sommet ayant réuni en Décembre dernier à Bruxelles les vingt-sept pays flanqués de la Commission Européenne et de la Banque Centrale Européenne dans une atmosphère caractérisée par incompréhension et non dits. Impossible en effet pour ces nations membres de l’Union de combler leurs différences fondamentales en dépit de communiqués finaux cosmétiques et malgré les sempiternelles et pitoyables auto congratulations à l’issue de chacun de ces sommets. Ce faisant, nos leaders Européens comme leurs conseillers et autres experts en finance n’ont fait que démontrer leur ignorance absolue des mécanismes et des réactions d’un marché qui exige des mesures concrètes et qui ne se laisse pas bluffer par des sourires de façade. Qui sera attaqué après l’Irlande, elle-même ayant succédé à la Grèce: vraisemblablement le Portugal suivi de l’Espagne…? En réalité, les dirigeants Européens n’en ont aucune idée! Ceux à qui nous avons confié nos destinées quittent chacun de ces sommets Européens en se croisant les doigts et en misant sur l’atténuation de la tempête.

Et pour cause puisque la totalité des scripts de ces réunions Européennes sont rédigés par et en Allemagne, elle-même dirigée par une Chancelière qui « craint le risque et (qui) se montre rarement créative », selon des diplomates américains cités par Wikileaks. L’Allemagne, qui se comporte comme si elle était seule à la barre du paquebot Europe, n’écoute plus ses partenaires et ne consent à sauver l’Euro que selon ses propres conditions. Pire encore: elle ne se décide à agir qu’en dernière extrémité et alors que les pays fragilisés sont sur le point d’imploser. La France, qui croit naïvement que c’est en soutenant l’Allemagne qu’elle parviendra à reconstituer avec elle un partenariat ayant jadis contribué de manière décisive à la construction Européenne, se fourvoie complètement. Madame Merkel et son Gouvernement ne viendront au secours de l’Union qu’en dernier ressort et, qui plus est, en appliquant avec obstination un remède qui sera encore pire que le mal lui-même.

Persuadée que chaque pays doit gérer son économie comme elle, l’Allemagne impose à ces nations sinistrées des privations et des sacrifices tels que la croissance y demeurera impossible avec peu de chances de vraiment résorber leurs déficits.  L’ambition de l’Allemagne est en fait de transformer l’Union en un gigantesque coffre-fort façonné à son image.

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