Les souleirs d’beu(23) L’Amérique prend naissance!

 L’Amérique prend naissance!

         Lorsque Pierre part pour le Mississipi, l’industrie forestière a déjà commencé à prospérer depuis 1790. Napoléon Bonaparte avait mis un embargo sur l’exportation des grands arbres et du bois franc de la Baltique. De sorte que les Anglais encouragent maintenant la coupe de bois au Canada. Bientôt ce commerce prendra priorité sur celui de la fourrure

       L’année précédente (1794), on signe le traité de Jay qui installe une commission pour régler la dispute des frontières entre le Canada et les USA. Ce traité établit aussi le droit des amérindiens de traverser ces frontières librement. Le but de cette clause est d’assurer l’apport continu des pelleteries, venant des USA, par les indiens.

       Il y a déjà deux ans qu’Alexander Mackenzie s’est rendu au Pacifique et qu’une loi contre l’esclavage est votée dans le Haut Canada. Cette loi ne sert pas à abolir l’esclavage, mais veut empêcher la venue d’autres esclaves au pays. Elle stipule également que toute personne née esclave, regagne sa liberté automatiquement à l’âge de vingt-cinq ans. Curieusement, en parallèle, l’âge pour devenir légalement « majeur » est fixé à 21 ans depuis 1782. Ce n’est qu’en 1833 que l’abolition de l’esclavage devient officielle dans l’empire britannique.

       Du côté Américain, 1795 est l’année du traité de Greenville dans lequel les indiens sont obligés de céder les trois quart du territoire de l’Ohio. Malgré cette concession des amérindiens, les frontières délimitées par ce traité furent rapidement et ensuite, constamment bafouées par des colons américains. En fait, suite à la signature du traité, il y eu une recrudescence d’invasions de ces territoires « sauvages » par des pionniers, des cowboys et des aventuriers de toutes sortes. Dans l’esprit de ces gens, les indiens avaient été vaincus et le traité signé n’avait aucune importance. Howard Zinn, historien américain fera remarquer que les gouvernements des USA ont signé plus de 400 traités avec les indiens et les ont tous violés, sans exceptions.

       Que ce soit du côté Canadien ou Américain, il est difficile aujourd’hui de percevoir ce qui a été fait, politiquement et socialement, entre les années de 1790 à 1800. Ce n’est pas qu’il n’y eut rien de fait; mais on a l’impression qu’il fut préférable de ne pas enregistrer ce qui a effectivement été fait. Il semble que l’Amérique du Nord, dans son ensemble, dépense une décennie pour installer la base de ses futures sociétés avec des moyens plus ou moins drastiques.

      Aux États-Unis, on élabore une structure sociale tout à fait inédite, dans l’histoire de l’humanité. Au Canada, on essaie d’implanter la structure sociale de l’Angleterre, mais on est constamment obligé de « rectifier » et de « nuancer » cette structure pour répondre à la réalité « Canayenne ». Ce qui génère, également, une toute nouvelle structure sociale, différente de celle des USA. Ces deux sociétés américaines deviendront des phares dans le monde futur. L’une par son côté d’économie agressive et de défense des droits de l’individu, l’autre par son côté pondéré et socialement raisonnable.

       Rien de tout cela n’existe encore à l’époque qui nous concerne actuellement. Ces sociétés subissent l’influence graduelle des Lumières. Les marchands capitalistes deviennent puissants mais ne possèdent pas encore le contrôle ouvert et total de la société. Par contre, leur influence supplantera progressivement celle des Lumières qui, éventuellement, ne deviendra qu’une façade pour le pouvoir.

       En cette année de 1795, il n’y a pas tellement de voyageurs qui se dirigent vers le Mississipi. Ce qui est compréhensible puisque les indiens s’y rebellent et que le territoire est disputé, dans les capitales, par le Canada, les USA et l’Espagne. Les contrats signés pour ce voyage nous indiquent que le Gouvernail du canot est Augustin Dubreuil de Ste-Anne et que le Devant est Francois Périllard de St-Constant (Laprairie).

       Les milieux sont : Francois Roux (20ans) de Chateauguay, Toussaint (24 ans) et Francois Rose de Sault-au-Récollet, Pierre Passepartout de Longueil, Pierre Marié de Lachine, Urbain maillet de Rivière des Prairies, Antoine L’Espérance de Beloeil, Pierre Lerous de Laprairie, Francois Lachapelle de St-Francois, Nicolas Gregoire de Laprairie, Pierre Bonin de St-Antoine, Joseph Beignois de St-Sulpice et, évidemment Pierre Joseph Lefebvre de l’Ormière de Maskinongé.

      Il y a plus d’un canot qui fait le voyage, évidemment. Ce qui suppose que se trouvent, déjà là, des Devants et des Gouvernails, employés réguliers de la compagnie qui ne sont pas mentionnés sur les nouveaux contrats de voyageurs de cette année-là.

       Lorsqu’on examine les contrats de ces hommes, on se rend rapidement compte d’une anomalie. Les montants alloués aux « milieux » sont très différents les uns des autres. Ce qui n’était pas le cas en 1792. Ces contrats se chiffrent de 400 à 600 livres. Ce 600 livres étant le taux habituel, il devient évident que les 400, 450 et 500 livres de ces contrats sont le résultat de remboursement de dettes encourues par les contractants envers la compagnie. Il semble que Pierre, malgré l’avertissement de Toussaint Lesieur, ait accumulé certaines dettes, puisque son contrat est de 450 livres. Ceci laisse également entendre que son absence de trois ans, n’a rien apporté à sa famille. Son image en est ternie quelque peu et il est maintenant presqu’assuré qu’il a remit le 48 livres de son « avance » sur ce dernier contrat, à Marie Josephte. Malgré qu’il faut bien l’admettre, elle ne devait pas tellement compter là-dessus après s’être démerdée, seule, pendant trois ans. D’ailleurs, elle fut loin d’être la seule à vivre dans ces conditions à l’époque des voyageurs. Mais retenons-nous de trop calomnier notre héros; nous ne sommes pas dans ses souliers d’beu pour vraiment le juger.

        Notons qu’Alexander Mackenzie se sépare de la NWC parce qu’il n’est pas d’accord avec les politiques de Simon McTavish. Il est fort probable que celle d’encourager les employés à boire à crédit fut l’une de ces raisons. Lorsqu’on lit les rapports de Mackenzie, on perçoit facilement son honnêteté intellectuelle et sa probité envers ses « employés ». Mais, même s’il y a plus d’un seul Mackenzie à cette époque, on a le droit de se poser quelques questions lorsqu’on lit l’histoire suivante :

       Leblanc, Xavier est un commis canadien-français au fort
Norman, sur la côte septentrionale de la baie du Grand Lac des Ours. Son nom se trouve mêlé à un épisode qui montre, avec une foule d’autres, la brutalité des « officiers » des compagnies de traite dans les premiers temps de leur existence. Un M. MacKenzie, surnommé « le Grand-Cou »  par les Canadiens, accable ses employés de travail, tout en ne leur donnant que quelques poissons et de l’eau pour nourriture.

       Un jour qu’il les trouve fumant la pipe pour se reposer, il les apostrophe sévèrement, leur reprochant leur paresse, au point qu’un nommé Desmarest ne peut s’empêcher de lui répondre. Mais ce dernier en prend pour sa peine par un coup d’épée que l’Écossais lui donne dans la cuisse ; après quoi le bourgeois essuie tranquillement sur sa botte son arme ensanglantée et la remet dans le fourreau.

      Un commis, ce n’est pas encore un « coureur de bois ». Il y a une assez grande différence de caractère entre les deux. A la vue de cet acte de cruauté, François Beaulieu, voyageur, prend son fusil et couche en joue son auteur, qui s’enfuit et va se renfermer chez lui.

       Heureusement, M. Leblanc parvient à calmer l’effervescence des Canadiens et du métis ; puis il leur fait, au nom de leur commun maître, des présents qui finissent par les désarmer. Ceci se passe au printemps de 1799, au fort de la C » du N.-O.

       D’ailleurs la sécurité « dans le nord » dépend strictement des aptitudes individuelles de chacun. Voici l’histoire de certains des voyageurs de l’époque, que j’ai pu récupérer:

Auger, Joseph. — Canadien au service de la C** du N.-O. En 1793 il est à la tête du fort Souris, près de Qu’Appelle, où il a pour voisin Donald McKay, qui est en charge de l’établissement de la C* de la Baie d’Hudson. La concurrence que les deux traiteurs se font a pour résultat des ennuis, en conséquence desquelles Auger fait arrêter ce dernier pour s’être mis en embuscade et avoir tiré sur lui.

Deschamps, François, père. — Canadien qui, de concert avec toute sa famille, s’acquiert une triste célébrité par les violences et autres procédés irréguliers qui marquent la plus grande partie de sa vie.

        Nous le trouvons d’abord employé en 1799 par les traiteurs de fourrures dans le voisinage des montagnes Rocheuses. En 1804, il avait déjà vécu assez longtemps avec les Indiens, chez lesquels il avait pris femme, pour en devenir l’interprète au fort des Prairies (Edmonton). Lors de la bataille de la Grenouillère, il se fait remarquer par sa cruauté, et reçoit, en conséquence, les éloges publics des officiers de la C* du N.-O., à laquelle il appartient. L’annotateur de l’arpenteur l’accuse, apparemment sans raison suffisante, d’avoir achevé d’un coup de fusil le gouverneur de la compagnie de la Baie d’Hudson, Robert Semple, qui n’était pas blessé mortellement.

       Après cette triste affaire, il se retira à Pembina, sur la frontière internationale. L’historien Alex. Ross se trompe en disant qu’il y tomba mort, sur la glace de la rivière près de laquelle il avait bâti sa maison. La vérité est que la mauvaise conduite de ses enfants le force à émigrer avec eux, au Missouri supérieur, vers l’an 1827. Là, père et fils s’attirent l’inimitié de tout le monde par leurs brigandages, violences et même, leurs meurtres, dans les environs du fort Union, où ils s’étaient retirés. Les choses en vinrent au point que la mort du père et de son fils aîné fut décidée, et le 23 juillet 1836, un nommé Baptiste Gariépie assomme le premier d’un coup du canon de sa carabine et blesse grièvement le second, qui finit par demander grâce.

Deschamps, François, fils. — Fils aîné du précédent, il nait dans les dernières années du dix-huitième siècle, et, malgré son jeune âge, n’en assiste pas moins à la bataille de la Grenouillère en 1816. Plus tard, il aimait à parler de cette triste affaire, et se vantait d’y avoir tué six Anglais. Vers 1827, il passe avec son père et toute sa famille au Missouri supérieur, et en 1832 il fait partie de l’expédition du prince Maximilien au nord-ouest des États-Unis. Ce voyageur dit qu’il était «un excellent tireur et très brave dans le combat. » Le 23 juillet 1835, il manque d’être tué au fort Union par l’assassin de son père, qui lui reproche, paraît-il, de lui avoir proposé d’acheter sa femme.

        Une réconciliation semblait s’être opérée entre les deux familles quand, au cours de l’été suivant (28 juin 1836), alors que François se trouve avec ses frères et sa vieille mère au fort William, sur le Missouri supérieur, cette dernière demande à ses enfants, déjà pris de boisson, de venger la mort de leur père. Ceux-ci tuent alors un ami de son meurtrier, et menacent de traiter ainsi tous les blancs et les métis de là place, qui en ont assez et décident d’anéantir toute cette famille.

        Armés d’un canon et de fusils, ils assiègent la maison du fort où ils se sont réfugiés. L’un d’eux a déjà été tué lorsqu’on permet aux femmes, des Assiniboines, de se sauver. La vieille Deschamps se montre bientôt avec un calumet de paix pour demander grâce ; mais une balle lui traverse immédiatement le cœur. J. Mayotte, qui causa sa mort, fut peu après blessé au cou par un projectile des assiégés.

       Comme, malgré une fusillade bien nourrie, la nuit avançait sans que les assiégeants eussent pu atteindre leur but, ils résolurent de mettre le feu au fort, et de tenir des cavaliers montés sur des chevaux de course, prêts à intercepter ceux des Deschamps qui essaieraient de s’échapper.

       On vit alors François se précipiter vers un des bastions, sur lequel le canon fut immédiatement braqué et mainte fois déchargé sans pourtant faire d’autre dommage que des trous à la bâtisse. Quand le feu eut été à peu près éteint, un métis nommé Jos. Vivier voulut s’en approcher pour mieux viser celui qui s’y était réfugié. Mais un coup de carabine le tua, au grand contentement de François qui poussa alors un cri de triomphe. Ce que voyant, les assiégeants redoublèrent de courage et leur feu devint de plus en plus meurtrier, jusqu’à ce que, ne recevant plus de réponse du bastion, les plus hardis se hasardèrent à aller s’assurer si l’assiégé vivait encore.

       Ils le trouvèrent accroupi dans un coin de la bâtisse, le poignet fracassé et à court de munitions. Ils le tirèrent alors à bout portant. Un de ses frères, âgé de dix ans seulement, mourut le lendemain des suites de ses blessures; tous les autres, au nombre de huit y comprit leur mère, avaient été tués ou brûlés dans leur repaire.

Deschamps, Joseph. — Surnommé la « Grosse Tête», est le frère du précédent, et comme lui, prit part à la bataille de la Grenouillère. Alex. Ross dit qu’il mourut d’un coup de fusil tiré par un sauvage du Missouri au travers des piquets d’un fort de traite. En réalité, il périt dans l’affaire du 28 juin 1836.

Desmarais, Jean-Baptiste. — Canadien au service de la C* du N.-O. qui l’emploie d’abord au lac Rouge. En 1793 il se trouve à Pembina, d’où il passe au bas de la rivière Rouge (1799) ; puis en 1800 il est placé en charge d’un poste à la rivière aux Gratias. Dans l’hiver 1814-15, il est campé avec deux ou trois serviteurs de la compagnie dans ce qui est aujourd’hui le Dakota, quand un parti de quinze ou seize hommes envoyés par Miles McDonell, gouverneur de la colonie d’Assiniboia, le forçe, les armes à la main, à se défaire en faveur de celle-ci des provisions qu’il avait amassées pour les besoins de sa propre corporation. L’historien Gunn le nomme Démarrais.

Dominique Rousseau, qui, en 1801, voit son droit à la traite avec les Indiens contesté par les représentants de la C* » du N.-O. Arrivé au lac Supérieur, on coupe en morceaux ses marchandises, et il doit rebrousser chemin après un voyage de près de treize cents milles.

Labrie, Pierrot. — Fournit dans sa personne un des nombreux exemples des misères auxquelles sont exposés les employés canadiens des compagnies de traite dans le grand nord. Il est au fort Chippewayan au service de la C* du N.-O. quand, le 6 décembre 1799, il est trouvé à quelque distance du poste, les pieds gelés et couverts de blessures faites par sa hache dont le tranchant pénétrait les chairs sans qu’il s’en aperçut. Il avait été six jours sans manger et quatre sans feu. Malgré tous les soins qu’on lui prodigue, il en meurt peu après (16 décembre). Chose excessivement rare parmi les voyageurs, il vécut pauvre et laissa deux mille huit cents livres à sa mort.

LaFrance, Jean-Baptiste. — est, en 1804, un traiteur libre dans le pays de l’Assiniboine, et il a déjà exercé son métier pendant plusieurs années (à partir du 10 décembre 1793) au Missouri supérieur quand, à l’automne de 1804, il est choisi pour accompagner F.A. Larocque dans une partie de traite au pays des Mandanes, en qualité de commis, guide et interprète. Comme Lafrance ne sait pas lire, on lui donne pour assistant un nommé Charles Mackenzie qui écrivit plus tard le récit de cette expédition et de celles qui suivirent.

         Le 3 juin de l’année suivante, il refait ce voyage en compagnie des mêmes commerçants, et souffre beaucoup sur les grandes prairies du nord-ouest américain. D’abord, vers la mi-août 1805, il se trouve avec ses compagnons dans une contrée où les bisons foisonnent à tel point que pendant la nuit on est obligé de tirer des coups de fusil pour les tenir à distance, et encore peut-on à peine fermer l’œil, assailli qu’on est par la crainte d’être écrasé par eux au moment où l’on y pense le moins. Ensuite les maringouins ne laissent de relâche à personne. Enfin, chacun est menacé de mourir de soif.

        Arrivé un soir à un petit lac que Lafrance, comme guide, avait indiqué d’avance, on le trouve à sec. En creusant un trou dans son lit, on obtint au bout d’un certain temps une eau fétide et salée qui augmente la soif plutôt qu’elle ne l’étanche. Le lendemain, pas une goutte d’eau toute la journée, et « la détresse des voyageurs devint insupportable », écrit Ch. Mackenzie. « Lafrance perdit patience », continue le chroniqueur, « et il jura tant qu’il ne put jurer davantage.. . A la fin, sa vue se troubla, et l’on crut qu’une crise sérieuse approchait pour lui. » Fort heureusement, son compagnon tombe peu après sur une flaque d’eau potable, vers laquelle tout le monde se précipite, alors que le Canadien, le teint livide et les lèvres couvertes d’une croûte noirâtre, parait plus mort que vif.

Lamothe. — Commis de M. de Rocheblave dans la C** X Y, près du fort Auguste (Edmonton). Un jour de l’hiver 1802-03, des, sauvages envoient dire à ses concurrents de la C* du N.-O. d’aller chercher des ballots de fourrures qu’ils leur destinent et un M. King. De cette compagnie, partit dans ce but avec Lamothe. La seconde nuit de son absence, sa petite fille, une enfant de six ans, réveille sa mère en disant qu’elle voyait son père se tenant au pied du lit, le cou tout rouge. Le surlendemain, le corps inanimé de King était ramené sur un des traîneaux, le cou tout ensanglanté. A la suite d’une dispute à propos de fourrures, Lamothe, pour défendre sa propre vie, lui avait tiré un coup de fusil. Le commis de M. de Rocheblave était de bonne famille et tout à fait respectable, tandis que King, fort gaillard assez porté à abuser de la faiblesse des autres, avait la réputation d’être un homme capable de tous les excès. En conséquence, Lamothe est absous sans difficulté de l’accusation de meurtre.

Lavigne, Augustin.— Canadien originaire de Lachine près Montréal, qui joua un rôle honorable à la bataille de la Grenouillère. Les partisans de la C* du N.-O. l’avaient enrégimenté de force au fort Brandon ; mais, au plus fort de la mêlée, il sauve la vie, au risque de perdre la sienne, d’un Anglais du nom de Pritchard qui en appelait à ses sentiments de chrétien et qu’un métis écossais voulait tuer. Peut- être est-il le même qu’un nommé Boursier dit Lavigne qui, à la fin de 1793, partit pour une expédition de traite au Missouri. Lavigne se noya en traversant la rivière Rouge.

Lebeau, Auguste. — Jeune homme au service de la C* » du N.-O. dont la fin tragique est un terrible exemple des excès auxquels l’esprit de parti peut conduire.

         Né en 1 778, il est fils d’Antoine Lebeau de Saint-Cuthbert, et n’a que vingt-deux ans quand, s’étant lié avec des représentants de la C* de la Baie d’ Hudson, il forme le projet de passer dans les rangs de cette dernière. Il demeure alors à un fort non loin du lac Népigon, ayant pour patron un nommé Frederick Schultz, commis de la C du N.-O.

       Celui-ci ayant appris la résolution du jeune Lebeau, lui envoie l’ordre de revenir immédiatement à son poste • au moment où il se préparait à partir pour la factorerie de Norway. Schultz prétexte que son assistant se trouve en dette avec sa corporation ; ce à quoi le jeune homme fait répondre qu’il est tout prêt à payer ce qu’il doit, mais qu’il ne retournera jamais à son ancien maître. Là-dessus, Schultz affile sa dague et se rend au fort delà C* de la Baie d’ Hudson.

       Il demande alors à Lebeau s’il n’allait pas retourner avec lui. Celui-ci, intimidé, balbutie une réponse telle que la désire l’agent de la compagnie rivale ; mais un moment après le croyant désarmé, il veut se précipiter vers la porte et s’enfuir. Le commis le saisit au passage et lui enfonce sa dague dans les reins. Lebeau expire le soir même, et l’auteur du crime, bien que transféré de résidence, n’est pas autrement inquiété par ses supérieurs ou les autorités civiles. Les auteurs anglais nomment improprement le premier Labau au lieu de Lebeau.

       Terminons ce survol avec une histoire moins macabre :

Malhiot, François- Victor (ou Frambert). — Canadien au service de la C* » du N.-O., dans laquelle il entre en 1791, âgé d’à peine quinze ans. Après cinq ans d’apprentissage, il est promu au grade de commis et envoyé à la Rivière- Rouge, qu’il quitte en 1804 pour aller fonder un poste au lac Flambeau, dans le Wisconsin. Il s’y construit un fort, dont il parait très fier dans son journal, qui fut achevé en avril 1805. La protection de ses palissades n’est pas inutile au milieu de sauvages gâtés par la concurrence que se fait alors la C** du N.-O. et celle connue dans l’histoire sous le nom de X Y. Le rhum paraît avoir coulé copieusement des deux postes rivaux du lac Flambeau, et la conséquence sur les Indiens en est facile à deviner. « J’envoie Bazinet verser un baril de rhum aux loges», écrit-il un jour. Cette seule phrase en dit plus qu’une longue dissertation sur les mœurs des traiteurs du temps.

         Rien d’étonnant après cela s’il croit pouvoir écrire de ceux qui traitent avec lui et son concurrent Charrette: « Il y en a encore quelques autres que je pourrais mettre au compte des bons sauvages ; mais en général si je pouvais tous les mettre dans une poche et savoir que Lucifer en voulut, je les lui donnerais tous pour un denier. . . Si autrefois ils étaient des agneaux, aujourd’hui ce sont des loups enragés et des diables déchainés. »

       Trop peu instruit dans sa jeunesse, il ne peut atteindre, parmi les traiteurs, le rang que lui destinait sa grande pénétration d’esprit. Aussi ne tarde-t-il pas à se dégoûter d’une vie sans autre avenir pour lui que celui de subalterne toujours à la peine et rarement à l’honneur. En conséquence, il retourne au Canada en 1807, accompagné d’un fils qu’il avait eu cinq ans auparavant d’une sauvagesse. Il s’établit à Contrecœur et y mourut en 1840. Il était le frère aîné de l’hon. F.X. Malhiot.

          Voici le territoire du Mississipi de l’époque, où se rend Pierre Lefebvre :

            Comme on peut le voir, malgré que les Américains, les Espagnols et les Anglais se disent « propriétaires » de différentes parties de ce territoire, la réalité est que ce territoire est occupé par les autochtones. La nécessité devient alors évidente. Il faut, soit conquérir par les armes les peuples qui y habitent, ou bien les convaincre par diplomatie. Lorsque l’Espagne ce retire de ce territoire, les USA entrent en action et sous l’apparence diplomatique de signatures de traités, envahissent le territoire militairement et se rendent coupable de génocide envers les vrais propriétaires du territoire.

         Au Canada c’est différent. La principale raison en est que la population occupant la portion « Canadienne » du territoire, est très fortement métissée et les relations entre les deux peuples, blancs/autochtones, sont beaucoup plus amicale que chez les Américains. Cette « sociabilité » découle exclusivement du respect mutuel des deux peuples, développé entre les « Canayens » et les « sauvages », durant les deux siècles qui ont précédé.

Les autorités anglaises miseront sur ces relations amicales pour écraser les habitants de ces territoires.

La confrontation finale se produit entre les Anglais et les Métis et non entre les Anglais et les indiens. On soumet militairement ces métis, premièrement en leur refusant une identité distincte et surtout en s’appropriant le territoire qu’ils revendiquent. Ce sont les terres qu’on appelle aujourd’hui, le Manitoba fondé par le métis Louis Riel. Attribution de territoire qui avait été convenu aux Canayens depuis 1763, qui lui, s’appelait le Québec. La confrontation finale avec les métis, s’achève, quelques années plus tard, à Batoche, en Saskatchewan,. Il y eut aussi, évidemment, une confrontation entre Anglais et Canayens en 1837, mais l’enjeu n’est pas du tout une question d’ethnie ni de territoire.

           En bout de ligne, l’Angleterre réussit à conquérir tout le territoire canadien, en prenant soin de diminuer l’importance de trois sociétés distinctes : les Indiens, les Canayens et les Métis. Les Anglais habitant au Canada, les « réunissent » en une société unique, plus ou moins « virtuelle », qu’ils appellent les « Canadiens ». Les frictions internes se font encore sentir aujourd’hui; mais les raisons de base ont été biaisées depuis une centaine d’années. Même la raison initiale du conflit des « Patriotes de 1837 » fut, plus tard, transposée sur une notion de nationalité « française ». Ce qui est tout à fait inexact. Le « Patriote » qui se rebelle en 37, défend son identité « Canayenne » et non son identité française. Ce n’est, exclusivement, que dans l’esprit des anglais de l’époque que les Canayens sont « rattachés » inconditionnellement à la France. C’est d’ailleurs pourquoi ils n’ont pas vraiment confiance aux Canayens ». En réalité, le peuple Canayen est exclusivement attaché à son genre de vie empreint de liberté et à sa culture qui, en grande partie, est un amalgame de la culture française et amérindienne. Ce qui est loin d’être la culture française de l’époque.

          La route vers le territoire du Mississipi passe par les grands lacs. Pierre refait donc le même trajet qu’en 1792 et continue, ensuite vers l’Ohio et le Mississipi.

         Pendant que Pierre et son groupe se rapprochent de la région du Mississipi, le gouverneur Zénon Trudeau, engagé par l’Espagne, envoie en mission le Capitaine Mackay pour prendre possession de la région du Missouri au nom du roi d’Espagne. Une compétition féroce se développe entre l’Espagne et l’Angleterre pour la traite de fourrures au Mississipi/ Missouri. Par contre le lieutenant gouverneur Zénon Trudeau est également très conscient du danger potentiel causé par les Américains sur ce commerce. Le fait que ce danger soit considéré potentiel en 1795, nous indique que les « traiteurs » américains ne sont pas des « ouvreurs de territoires ». Ils attendent que les dangers soient amoindris avant de s’y aventurer. C’est tout à fait normal puisqu’ils sont perçus par les autochtones comme des envahisseurs plutôt que des amis « visiteurs » ou des commerçants.

         Le gouverneur espagnol Zénon Trudeau, voulant parer à la menace américaine, tout en contrant celle du Canada, commande la création de la « Compagnie commerciale de l’exploration des nations du Haut-Missouri ». Les actionnaires sont : Laurent Durocher, Antoine Reille, Joseph Robidoux, Hyacinthe St-Cyr, Charles Sanguinet, Louis C. Dubreuil, Joseph Motard, Bénito Vasquez et Jacques Clarmorgan.

         Je paris que vous ne saviez même pas que les espagnols portaient tous des noms « Canayens » et que la majorité d’entre eux sont nés au Québec. C’est à se demander comment il se fait que certains Québécois, aujourd’hui, insistent pour se « claquemurer » dans un aussi petit territoire que la province de Québec, quand leurs ancêtres contrôlaient les expansions territoriales des Anglais, des Français et des Espagnols partout en Amérique du Nord. Ce n’est certainement pas à cause de notre devise : « Je me souviens », en tous les cas.

           La compagnie en question choisit Jean Baptiste Trudeau comme responsable de la première expédition de cette compagnie. Son père et sa mère, Joseph Trudeau (il signe Truteau) et Catherine Ménard, mariés en 1748, habitent à Longue Pointe (Montréal). Le 4 Février 1793, à Longue Pointe, un certain Monsieur Trudeau assiste comme témoin au mariage de Nicolas Robert et de Marguerite Mador. Les autres témoins sont : Norm MacLeod, P. Lapromenade et James McDonell qui signeront l’Acte. Ce sont tous des membres important de la société Montréalaise. Notons qu’un descendant direct de notre Pierre Lefebvre épousera une descendante de ce Nicolas Robert en 1942, toujours à Montréal.

         Voici un dessin fait par Jean Baptiste Trudeau qui montre encore plus clairement la région du Mississipi :

           Cette première expédition de la compagnie « espagnole » vers le Missouri est un échec dû aux innombrables difficultés rencontrées par Jean Baptiste Trudeau. Il est obligé de passer l’hiver 94-95 chez les indiens Poncas qui lui dérobent une grande partie de ses marchandises.

         La seconde expédition, supposément pour venir secourir Trudeau, est dirigée par un certain l’Écuyer qui est « acceuillit » par ces mêmes Poncas. Ceux-ci pillent, « amicalement » puisqu’il est Canayen, ses marchandises à lui aussi. Il faut souligner que L’Écuyer prend deux épouses Poncas lors de cette visite. Il est plus que probable que ces deux « mariages » ont coûté très cher à la compagnie espagnole. Par contre, ce comportement des indiens nous indique combien est tendue l’atmosphère entre les commerçants et les « sauvages ».

          La cause principale de cette situation est l’invasion des territoires, plus à l’Est, par les colons américains, qui délogent les autochtones et les poussent vers l’Ouest. Ceux-ci commencent alors, à se rebeller contre tout ce qui est « blanc » sauf, à très peu d’exceptions, contre certains Canayens. C’est d’ailleurs la seule raison pour laquelle Trudeau et L’écuyer ne sont pas tués par les « sauvages ».

          La troisième expédition de la compagnie est confiée au Capitaine James Mackay dont nous avons parlé plus haut. Il rencontre, chez les Omahas, Jean baptiste Trudeau sur son retour vers St-Louis. Son expédition est empêchée de se rendre chez les indiens Mandanes par les Sioux qui refusent de le laisser passer. Lorsqu’il se replie vers les Omahas, il trouve un fort construit par les marchands de Montréal chez les Aricaras. Nous sommes en 1796, début 97. Mackay prend possession du fort en question. Il fait prisonnier les quelques Canayens qui s’y trouvent et les envoie à St-Louis. Pierre Lefebvre qui venait d’arriver à ce fort depuis quelques mois est parmi les prisonniers.

          Le voyage vers St-Louis n’est pas de tout repos. Les prisonniers sont enchaînés et ne sont que très peu nourris. Si Pierre est chanceux, il rencontrera Jean Baptiste Trudeau qui est un Canayen et pourra peut-être recouvrer sa liberté.

À suivre
                                                                                 Elie L’Artiste

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