Les souliers d’beu(33); Les derniers héros connus!

 

  Les derniers héros connus

      Martin Thomas Lefebvre, fils de Martin et Suzanne Turner, et petit-fils d’Ignace, est né le 17 juin 1853, lui aussi, à Ste-Ursule de Maskinongé.  Quelques années plus tard, la famille déménage à Montréal où Martin père travaille comme charpentier/menuisier. Martin Thomas épouse Cordélia Laporte à la Basilique de Montréal, le 3 juin 1872.  Son métier sera, éventuellement, plâtrier.

      Parler de mariage et de famille de nos ancêtres est de parler de leur fécondité et, en même temps, de la situation économique qu’ils vivent.  On a souvent l’impression que nos ancêtres étaient pauvres et démunis.  C’est un concept basé sur nos valeurs actuelles qui n’existaient pas à leur époque.

     Aujourd’hui, le contrôle des naissances contribue à améliorer la qualité de vie des couples.  À l’époque, c’est exactement le contraire.  Plus un couple a d’enfants, plus facile est leur survie.  Les ressources naturelles surabondantes sur les terres, demandent un maximum d’exploitants.  De sorte que, plus il y a de travailleurs de disponibles, plus la terre en question fournit le nécessaire à la qualité de vie.  Lorsque les gens laissent la terre pour venir habiter les villes, la situation change; moins on a d’enfants à nourrir, plus on peut dépenser pour soi-même.

     Finalement la « revanche du berceau » au Bas-Canada, n’est pas du tout une question de sauver la nation francophone.  En réalité, la fécondité au Haut-Canada ressemblait beaucoup à celle du Bas-Canada.  Les estimations fournies par Henripin (1968) pour les années 1851 et 1871 sont même plus élevées en Ontario qu’au Québec.  Donc, les grosses familles québécoises ne sont pas le résultat du contrôle de la religion Catholique.  Les Ontariens n’étaient pas Catholiques.  Ces grosses familles sont le fruit de la nécessité économique du temps.  Encore une autre mauvaise interprétation pour dorer ou salir la réputation du clergé.  Nous avons vu que les missionnaires n’ont pas provoqué l’ouverture des territoires comme ils le prétendent et maintenant, ils ne sont pas non plus les instigateurs de la supposée « Revanche du berceau » francophone d’Amérique.  Le rôle réel du clergé a été d’appuyer l’installation des autorités commerciales au pouvoir sur la population francophone québécoise.  En appuyant cet aménagement politique, il s’assurait lui-même de pouvoir et de richesses. 

     La « revanche du berceau » est donc une nécessité due à l’économie de l’époque. D’autant plus que les « Canayennes » n’ont jamais eu la réputation de « Maries touche-moi-pas ».  Disons qu’elles ne sont pas « farouches » et que les hommes ne les intimidaient pas outre mesure.  On peut le déceler dans tous les écrits de l’époque depuis le début de la colonisation.  On peut également y découvrir qu’elles ne sont pas des femmes à se laisser insulter non plus.  La majorité d’entre elles a toujours été en parfait contrôle de leur environnement.  Un  « Canayen » n’entrait pas dans la cuisine d’une « Canayenne » avec ses souliers d’beu plein de fumier ou de « bouette ».  La maison canayenne était le domaine sacré de la maîtresse de maison; et si on ne respectait pas les règles, on découvrait rapidement ce que signifiait le mot « maîtresse ».  Les quelques exceptions qui ont pu exister n’effacent pas cette réalité générale dans nos anciennes familles.

    L’époque de Martin Thomas est celle où un nombre important de personnes savent maintenant lire et écrire.  Ceci est définitivement une réussite du clergé.  On ne peut pas le nier.  L’analphabétisme diminue de façon significative à cause de l’enseignement prodiguée par les ecclésiastiques dans les institutions qu’ils ont mis sur pied et défendu.  Il en résulte que les Québécois commencent à exprimer leurs idées par des écrits : poèmes, pièces de théâtre et autre.  Ils ne sont plus limités à des chansons rythmées aidant à avironner à l’unisson.  Les sujets ne sont pas moins amusants ou moins tristes mais ils dépeignent avec exactitudes les pensées considérées par les gens de l’époque.

   On y retrouve évidemment cette joie de vivre qui a toujours été un trait distinctif chez eux.  Depuis le tout début de la colonisation, les « Canayens » sachant lire et écrire possèdent des bibliothèques personnelles où on peut trouver des livres venant d’Europe; mais à partir de l’époque de Martin-Thomas, les gens du peuple lisent les journaux et achètent des bouquins importés.  Cet intérêt littéraire augmente jusqu’à l’avènement de la télévision qui en bloque l’évolution.

    Cet apport de la lecture fait émerger plusieurs auteurs qui commencent à écrire dans les journaux.  Ce nouveau moyen de communication prend de l’ampleur.  Le clergé et les politiciens de l’époque, dans leur enseignement scolaire, attisent encore plus ce nationalisme qu’ils dévient vers la France.  Probablement parce qu’ils considèrent le peuple « Canayen » comme étant un « sous-produit » très peu « présentable ».  Il ne nous reste qu’à avoir honte, aujourd’hui, d’une telle dévalorisation de notre identité nationale.  Les responsables de l’époque sont des tricheurs et des hypocrites qui devaient porter des perruques pour cacher les poux dans leurs cheveux.  Les Canayens avec leurs souliers d’beu étaient cent fois plus honorables que ces hypocrites élitistes.  Qu’on se le tienne pour dit !  Car à aucun moment de son histoire, la nation « Canayenne » à mérité d’être considérée comme inférieure à qui que ce soit; de ce côté-ci de l’océan, tout autant que de l’autre côté.  C’est plutôt le contraire que l’on découvre en cherchant un tant soit peu.

 

 

 

    En 1845, Francois Xavier Garneau publie « L’histoire du Canada depuis sa découverte jusqu’à nos jours ».  Le clergé exigera qu’il accentue le caractère religieux de la colonisation.  Qu’il soit obligé de l’exiger prouve que, dans l’esprit de l’auteur, le caractère religieux n’était pas très important dans la colonisation.  Malheureusement, il accèdera à cette requête et ira même jusqu’à embellir les influences religieuses qui ont marqué l’ouverture des territoires.  (On n’a qu’à lire les descriptions des attaques contre les « Anglais » de Nouvelle Angleterre pour comprendre à quel point les interventions du clergé n’y est pas très « louable »).  Les Français en seront les héros et le clergé en sera le Fer de lance.  Une belle fable qui est complètement différente de la réalité; mais c’est un premier pas pour affubler un masque à notre « nationalité ».

     Par contre, on doit reconnaître que Francois Xavier Garneau illustre bien posséder ce courage de « l’esprit libres » de ses ancêtres, dans une lettre qu’il adresse à Lord Elgin, lorsqu’il apprend que celui-ci s’intéresse à son « Histoire du canada, depuis sa découverte jusqu’à nos jours ».

   Voici une partie de cette lettre qui démontre ses convictions personnelles :  

Tiré de :

http://www.archive.org/stream/4edhistoireducan04garn#page/ccxxxvi/mode/1up

      Voici certains événements importants de l’époque :

 1851 Le gouvernement du Canada-Uni déménage à Québec.

1852 Création de l’Université Laval.

1854 Abolition du régime seigneurial

1854 Une incendie des édifices parlementaires de Québec fait envisager de déménager le gouvernement à Ottawa.  Entre-temps, il siège à Toronto.

1859 Construction du Parlement de Québec.  Le gouvernement du Canada-Uni y siège jusqu’à son déménagement à Ottawa à l’automne 1865.  À partir de 1867 l’édifice de Québec devient le siège de l’Assemblée législative de la province de Québec.  

1861 les tramways tirés par des chevaux, apparaissent à Montréal.

      Les sièges des futurs gouvernements sont installés.  La confédération canadienne en prendra possession en 1867.  Mais on remarque tout de suite que ce qui s’installe est la base nécessaire à l’exploitation de la puissance de travail de la population.  Le capitalisme installe, peu à peu, son nid.  Est-ce nocif pour l’individu ?  Certainement pas à l’époque dont nous parlons.  Les « bourgeois » ont besoin de main-d’œuvre et la population a besoin de moyens de survie.

     Aurait-on pu continuer le développement des terres ?  Sûrement encore pendant un certain temps; mais, déjà, à cette époque, le développement des terres nuit à l’exploitation forestière des compagnies qui deviennent de plus en plus riches et puissante.  Ils doivent s’assurer qu’on leur donne des « droits de coupe » sur de grands territoires le moins éloignés possible.  Ce qui limite l’émancipation des fermes privées.  D’ailleurs, pour l’individu, il est moins harassant de travailler pour une compagnie que de travailler sur une ferme où le travail dure du lever du Soleil jusqu’à son coucher.  Ceux qui « travaillent en ville » ont un revenu continuel tout au long de l’année; contrairement au  propriétaire d’une ferme.

     Sans s’en rendre compte, la population laisse tomber sa « liberté individuelle » en échange d’une sécurité factice.  Le fermier est planté, debout, solide sur ses pieds, en parfait équilibre sur sa terre.  L’employé d’une compagnie marche continuellement en équilibre instable sur un fil de fer qui bouge selon l’offre et la demande du commerce; et surtout, selon l’honnêteté et l’implication sociale de son employeur.

     Il est évident que pour un employeur, rencontrer ses responsabilités sociales devient un handicap dans un monde capitaliste, face à ceux qui se fichent complètement de la base de leur société, c’est-à-dire, la population.  Les employeurs responsables seront limités à la petite et moyenne entreprise.  Ils ne pourront jamais s’émanciper en grosse entreprise, puisqu’ils se servent de leur surplus pour rencontrer leurs responsabilités envers leurs employés et la société qui les entourent.  Ce sont, maintenant, eux qui seront des héros.  Malheureusement, nous ne pourront pas en parler puisqu’ils sont méconnus et même inconnus socialement.

     Il y a évidemment quelques exceptions.  En fait, une seule pour l’instant me vient à l’esprit, et c’est « La famille Molson ».  Cette famille d’entrepreneurs Canadiens, semble avoir toujours appuyé l’intérêt de la population.  Ce n’était évidemment pas sans intérêt personnel, car l’intérêt de leur commerce demande que leurs clients possèdent une certaine qualité de vie pour s’offrir leur produit qui n’était pas de première nécessité.  Par contre, les « Canayens » ont toujours été de puissants consommateurs de bière; et encore aujourd’hui, la compagnie Molson est toujours prospère.  Elle s’implique toujours, également, dans la qualité de vie de ses concitoyens.

     Est-elle sans tache ?  Elle ne peut probablement pas l’être.  Elle doit se plier à la philosophie capitaliste du moment, pour survivre; mais elle fait son maximum pour aider et remettre une partie de ses profits au service de la population.  Curieux que je pense de cette façon; puisque je ne suis pas du tout un consommateur de bière.  C’est un liquide qui ne me plaît pas du tout.

     Voici ce que dit Wiki de cette famille qui dirige une entreprise québécoise, depuis le 18e siècle :

         «  La famille Molson est une famille québécoise de Montréal, fondée par John Molson qui a immigré au Canada en 1782 du Lincolnshire, en Angleterre.  John Molson et ses enfants sont à l’origine de la plus grande brasserie canadienne, Molson, ainsi que du financement du premier bateau à vapeur et du premier chemin de fer canadiens.  Ses fils ont établi la Banque Molson et ont financé la construction d’une église protestante à Montréal.

      Le sénateur Hartland Molson a étendu les opérations de la brasserie familiale à l’échelle nationale, a acheté le club de hockey des Canadiens de Montréal et a servi en tant que Gouverneur de l’Université McGill.

      La Fondation de la famille Molson finance des projets philanthropiques ».

     On peut facilement considérer cette famille comme une famille de héros Québécois nouveau style.  Surtout l’ancêtre, John qui vient s’installer au Canada.  Toutes les entreprises auxquelles cette famille s’est associée furent des succès et furent toujours en fonction de la qualité de vie de leurs concitoyens.  On peut noter, la Sunlife, le premier chemin de fer au Canada appelé alors :  chemin de fer Champlain et Saint-Laurent, l’introduction de l’énergie à vapeur dans les industries montréalaises, dont des bateaux sur le St-Laurent, et la Banque Molson à partir de 1850, qui fusionnera avec la Banque de Montréal en 1925.  La famille fait de nombreuses contributions à la ville de Montréal durant toute son histoire.  Elle finance, en 1825, la construction du Théâtre Royal sur la rue Saint-Paul.

      Ce n’est donc pas surprenant que cette famille soit considérée comme « l’enfant chéri » des Québécois.  La lignée de John Molson a gagné, haut la main, la reconnaissance des ses concitoyens tout au long de son histoire.  Curieusement, cette famille ne s’est impliquée que très peu en politique.  Probablement un autre signe de leur caractère honnête et de leur esprit qui n’accepte pas les cheminements tordus nécessaires à la vie politique.  Ils ont toujours été des hommes d’affaires avisés, refusant de fuir leurs responsabilités sociales.

       L’adoption de la confédération canadienne s’est faite sans consultation ou consentement populaire.  Elle est issue d’un consentement de la Reine Victoria d’Angleterre pour « l’Acte de l’Amérique du Nord britannique ».  Les choses avaient changé au Canada à cause d’une poussée de l’immigration à partir de l’Angleterre.  Le Haut-Canada était maintenant plus populeux que le Bas-Canada et la représentation par 42 sièges pour chacun des partis est jugé « injuste ».  Ce qui est assez curieux puisque la situation inverse, lors de l’instauration du Canada-Uni, n’avait posé aucun embarras en Angleterre.  Ce sont les « pères de la confédération » qui auront l’honneur de rectifier la situation.  Parmi ces « pères », nous jetterons un coup d’œil sur les « pères Québécois ».

      Avant 1867, l’Amérique du Nord britannique est un groupement de six colonies indépendantes : la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, le Canada-Uni (anciennement Haut et Bas-Canada), Terre-Neuve, l’Île-du-Prince-Édouard et la Colombie-Britannique.  En 1867, seules les trois premières colonies mentionnées plus haut constituent la Confédération (qui est, en réalité, une Fédération.  En fait, si elle était une Confédération, les problèmes actuels disparaîtraient).  À cette époque, la « Terre de Rupert » et « les territoires du Nord-Ouest » appartiennent à la Cie de la Baie d’Hudson qui les cèdera en 1870.

      Les « pères de la Confédération » choisissent de baptiser le nouveau pays : le Dominion du Canada, après avoir rejeté les noms de Royaume et Confédération.  Les « pères de la  Confédération » sont donc plutôt les « pères du Dominion ».  Ce titre de « père de la Confédération » est digne de l’hypocrisie… woops !  Excusez-moi ; …est digne de la « subtilité politique », puisque le Canada n’est pas une Confédération mais bien une Fédération, nous l’avons déjà souligné.  Les membres d’une Confédération gardent leur indépendance individuelle en assumant ensemble, les coûts produits par les dépenses du groupe ; comme des joueurs de poker qui font venir une pizza.  Les membres d’une Fédération, sont contrôlés par un groupe qui administre l’ensemble du regroupement au moyen de taxes qu’il décrète.  Comme l’armée qui décide d’envoyer une pizza à des soldats qui jouent au poker.

     Plusieurs de ces « pères » sont menés par leurs intérêts économiques pour promouvoir la Confédération.  Par exemple : George-Étienne Cartier posséde des actions dans la compagnie de chemin de fer qui devait relier le Canada d’est en ouest.

    Les « pères de la Confédération » Québécois, sont :  Sir George-Étienne Cartier, Jean-Charles Chapais, Sir Alexander Tilloch Galt, Sir Hector-Louis Langevin, Thomas D’Arcy McGee et Sir Étienne-Paschal Taché

  

  George-Étienne Cartier :

   Marchand prospère, en 1837, Cartier se trouve au nombre des 500 patriotes qui fondent l’association des Fils de la Liberté.

    Cartier participe à la victoire de la bataille de Saint-Denis en apportant des munitions de Saint-Antoine, village voisin.

     Il s’exile aux États-Unis, retrouvant Papineau à Saratoga, puis Ludger Duvernay à Burlington.  Donc, il se mouille, mais pas au point de se noyer.  Il n’est certainement pas de la trempe des héros qui furent jugés en 1839.  Il participe à la fondation de la société Saint-Jean-Baptiste de Montréal en 1834.  Il est donc l’un des responsables de cette « illusion patriotique » qui fut endossée par les héros « Patriotes ».

     Petit à petit, la vitalité économique de Montréal et les relations politiques de Cartier lui offrent l’opportunité d’aller chercher de nouveaux clients parmi lesquels le chemin de fer, « le Grand Tronc ».

     Par ailleurs, Cartier aura une liaison avec Luce Cuvillier (1817-1900), musicienne, fille d’Austin Cuvillier (1779-1849), riche marchand, l’un des fondateurs de la Banque de Montréal et premier président de l’Assemblée législative du Canada-Uni.

     En 1849, à Montréal, la session parlementaire est caractérisée par le tumulte qui entoure le projet de loi sur l’indemnisation des victimes des rébellions de 1837 et de 1838.  Un petit remords refait surface.  Des anglophones mécontents réagiront en incendiant l’Hôtel du Parlement.  La session doit alors se poursuivre à Toronto jusqu’en 1851.  On y discute des relations avec les États-Unis.  Cartier oppose au mouvement annexionniste un simple rapprochement économique qui va se traduire en 1854 par l’abolition des tarifs douaniers sur certains produits.

     En 1852, Cartier préside la Commission parlementaire des chemins de fer.  Il est déjà connu comme promoteur du chemin de fer de Montréal vers l’Atlantique.  Il parle cette fois-ci, de la nécessité de relier Montréal aux Grands Lacs et même plus loin vers l’ouest, pour rivaliser avec les États-Unis, déjà dans cette direction.

     En 1854, Cartier prend position pour l’abolition du régime seigneurial.  Il recommande, par contre, de verser aux seigneurs, en échange de leurs droits, l’équivalent de deux millions de dollars.

    À titre de procureur général, en 1856, Cartier parraine deux réformes importantes sur l’organisation judiciaire du Bas-Canada : 1) une décentralisation judiciaire créant quinze nouvelles cours de districts, donc, de nouveaux postes de juges et 2) la construction de palais de justice.  La deuxième réforme concerne également la codification des lois civiles du Bas-Canada.  Cartier préside alors une Commission parlementaire chargée de rédiger le Code civil.

 

Jean-Charles Chapais

       Agriculteur et marchand prospère, Chapais devient maire du village de Saint-Denis en 1845, puis député de Kamouraska en 1851.  Il travaille à l’abolition du système seigneurial au Québec et à des réformes des lois sur l’agriculture.

      À la suite de la Conférence de Charlottetown en septembre 1864, Chapais participe à la conférence de Québec pour négocier en faveur de plus grands pouvoirs pour les gouvernements provinciaux dans le futur système fédéral canadien.

     Lors de la création de la fédération canadienne en 1867, Chapais devient ministre de l’agriculture.  À cette époque, après un scandale dû à des irrégularités électorales dans son comté de Kamouraska, il change de circonscription pour devenir député de Champlain.  Pas compliqué d’avoir l’air immaculé vous ne croyez pas ?  Mais peut-être l’était-il, même s’il n’y a jamais de fumée sans feu.

     Il est nommé sénateur au Sénat du Canada à partir de 1868 et restera sénateur jusqu’à sa mort.

 

Alexandre Tilloch Galt

       Il participe de façon notable à la création de la coalition lorsque le gouverneur général du Canada d’alors, Sir Edmund Walker Head, lui demande de devenir premier ministre du Canada-Uni.  Doutant de sa capacité d’obtenir la loyauté de la majorité des membres de l’assemblé législative, il refuse le poste, suggérant plutôt que George-Étienne Cartier et John A. Macdonald deviennent co-chefs du nouveau gouvernement[1].

      Par contre, Cartier et Macdonald lui demandent (comme si ce n’était pas un retour de l’ascenseur) de devenir inspecteur général du Canada.  Il accepte en exigeant que Macdonald et Cartier fassent de la création de la confédération un thème majeur de leur gouvernement.  En 1858, Galt rédige un proposition, lors d’une assemblée législative tenue à Kingston, recommandant que la Province du Canada demande au gouvernement britannique de créer une union fédérale de l’Amérique du Nord britannique (Canada-Est, Canada Ouest, Île du Prince-Édouard, colonie de Terre-Neuve, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse) et Terre de Rupert (détenue par la Compagnie de la Baie d’Hudson).  La proposition est acceptée : Galt, John Ross et Cartier se rendent à Londres pour entamer la longue procédure qui permettra de convaincre les autorités britanniques de transformer l’Amérique du Nord britannique en un dominion souverain de l’Empire britannique.

      En 1883, Galt et son fils Elliott Torrance fondent la ville de Lethbridge en Alberta, en établissant une mine sur les berges de la rivière Oldman.  Galt a planifié en 1885 l’agencement des rues après que son exploitation fut déplacée au niveau de la prairie depuis la vallée de la rivière.  Le Gouverneur général du Canada, le 5 e Marquis de Landsdowne, a démontré que le gouvernement du dominion canadien appuyait l’entreprise des Galt en ouvrant une ligne de chemin de fer à Lethbridge en septembre 1885[][].

 

Thomas D’Arcy McGee,

      Il est un journaliste canadien né à Carlingford en Irlande le 13 avril 1825.  Il émigre aux États-Unis en 1843 à l’âge de dix-sept ans.

      Quelques années plus tard, il revient en Irlande où il commence sa vie politique.  Devenant éditeur pour le journal nationaliste Nation, son appui aux Féniens, avant-coureurs du Sinn Féin, et son implication dans le soulèvement armé de Tipperary en 1848 résulte en son arrestation.  McGee s’échappe du pays et revient aux États-Unis.

     En 1857, il part pour le Canada où il établit la revue New Era à Montréal.  Politiquement actif, ses sentiments antibritanniques se montrent à nouveau dans sa revendication en faveur de l’indépendance canadienne du Royaume-Uni.  En 1858, il est élu à l’Assemblée législative du Canada où il travaille pour la création d’un Canada indépendant.

     McGee est élu au premier Parlement canadien en 1867 en tant que député libéral-conservateur représentant la circonscription de Montréal-Ouest.  Le 7 avril 1868, D’Arcy McGee est assassiné à Ottawa.  Il figure comme l’un des rares cas d’assassinats politiques dans l’histoire canadienne et le seul, au niveau fédéral.

Patrick J. Whelan, un sympathisant fénien, est accusé, jugé, condamné puis pendu pour le crime.  Sa culpabilité fait aujourd’hui l’objet d’un débat d’historiens.

 

Sir Étienne-Paschal Taché (né le 5 septembre 1795 à Montmagny, mort le 30 juillet 1865 à Montmagny)

      Il est médecin et un homme politique du Canada.  Il devient premier ministre du Canada de 1855 à 1857 et en 1864-1865.

     À 17 ans, il rejoint son frère et s’engage comme soldat lors de la guerre de 1812 contre les États-Unis.  Il participe alors à la bataille de Châteauguay (où il reçoit une médaille de bravoure) et à la bataille de Plattsburgh.  Il est donc l’un de nos vrais héros.  Il profite de son séjour dans la milice pour compléter son éducation de façon autodidacte.

    Le Dr Taché pratique la médecine dans la région de Montmagny, avec zèle et dévotion, pendant vingt-deux ans.

      Après quelques années de pratique, Taché commence à s’inquiéter de la difficulté qu’ont les Canadiens-français à se faire entendre dans les professions libérales.  Ainsi, au début des années 1830, il s’investit dans différentes organisations visant la reconnaissance des droits et des compétences de ses confrères médecins, notaires ou avocats, et qui favorisent l’accès des Canadiens-français à ce type de profession.  Cette implication, combinée à l’influence de son voisin et ami Jean-Charles Létourneau, l’amène à prendre une part active au sein du mouvement patriote en croissance.

      Cependant, il est contre la prise des armes et ne participe pas à la rébellion des Patriotes de 1837-1838.  Il possède donc un esprit libre qui n’est pas manipulable.  Il est de la vieille école des héros.

      En 1841, il quitte la médecine et il est élu comme député du comté de L’Islet à l’Assemblée législative du Canada-Uni, en tant que représentant d’un groupe qui prendra plus tard la désignation de Parti Réformiste.  Il rejoint ainsi certains de ses amis qui étaient également actifs au sein du défunt parti patriote.

      À partir de ce moment, et jusqu’à sa mort, Étienne-Paschal Taché consacre toutes ses énergies à la défense et à la sauvegarde des institutions et des intérêts des Canadiens-français.  Pour ce faire, il utilisera ses armes les plus redoutables, son intégrité et sa force de conciliation.

      Il quittera son rôle de député en 1846.  Jouissant déjà d’une renommée enviable d’homme sincère, à la fois engagé et déférant.  Les instances gouvernementales feront alors appel à lui pour occuper différentes charges administratives importantes : adjudant-général des milices du Canada-Est, conseiller législatif et exécutif, receveur-général, commissaire des travaux publics.  Enfin, dans un Canada-Uni au bord d’une guerre civile, il est même prié par ses pairs, à deux reprises, d’occuper le poste de premier ministre, soit en 1855-1856 et en 1864-1865.

     Il consacre la dernière année de sa vie à son plus grand et prestigieux projet; la confédération des provinces de l’Amérique du Nord britannique.  Selon lui, la situation politique est telle que ce plan est essentiel à la sauvegarde des institutions canadiennes et qu’il garantit les provinces contre une annexion par les États-Unis.

    Malgré ses 69 ans, en plus de ses charges de premier ministre et de ministre de la milice et des finances, il accepte le rôle de président de la Conférence de Québec qui jeta les bases du plan confédératif.  Par la suite, à titre de premier ministre, il a à défendre ce projet en chambre.  Après une attaque de paralysie, il est forcé de se retirer de la vie publique.

    Il s’éteint à Montmagny le 30 juillet 1865, sans connaître l’aboutissement du projet pour lequel il s’est battu jusqu’au bout de ses forces.  Ce projet se concrétisera finalement en 1867 par l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique de 1867 qui créera la fédération du Canada.

    Sir Étienne-Paschal Taché est le seul, parmi tous les « pères de la confédération, qui puisse, honnêtement, être qualifié de héros « Canayen ».  Ceux qui suivront seront des inconnus parce qu’ils possèdent, au départ, un esprit individualiste qui ne les pousse pas à se lancer dans la vie publique.  Ces héros inconnus travailleront, chacun de leur côté, pour le bien-être de leur entourage, sans se prévaloir d’un pouvoir asservissant sur ceux qui les côtoient.

     La structure de notre société, que l’on vient de voir s’établir, ne leur permettra que très rarement de sortir de leur anonymat.  Par contre, chaque famille « Canayenne » possède son héros qui, la plupart du temps, est reconnu comme étant le « mouton noir » de la famille.  Ce sont des hommes indépendants, comme l’étaient leurs ancêtres, qualifiés de « noirs » parce qu’ils ne sont pas du tout des « moutons ».  Il en restera toujours dans notre population ; c’est un trait de caractère génétique.

À suivre

                                                                Elie l’Artiste

 

 

   

 

   

 

   

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