Les souliers d’beu(19) Retour aux sources: Le Québec!

Retour aux sources : le Québec !

         Il est assez difficile de retrouver de l’information sur l’oncle de Pierre Lefebvre, Honoré Dubois de la Miltière, lieutenant du régiment du Languedoc.  Il est né le 25 juin 1727 à Les Sables d’Olonnes (Vendée) en France.  Son père, Joseph Dubois sieur de la Guignardière, est avocat au parlement, et sa mère s’appelle Françoise Aimée Friconneau.

       Nous savons qu’il est le frère du courageux Capitaine Dubois, mort lors de l’attaque des brûlots contre les vaisseaux du Général Wolfe, au siège de Québec.  Nous savons qu’il est, également, le frère d’un autre officier du même régiment que le sien, qui deviendra Capitaine et, ensuite Major dans le Gard en 1784.   Honoré Dubois de la Miltière épouse, à Montréal, le 19 septembre 1757, Gabrielle, fille de Philippe Thomas Chabert de Joncaire, et décède vers 1778 à New York.

        La famille des Chabert de Joncaire fait partie de la noblesse du Canada de cette époque.  Par cette union, Honoré devient également beau-frère de Louis Gordian d’Aillebout de Cuisy, qui, en secondes noces épousera Marie Josephe Baby Chenneville et décédera en 1772.  L’épouse d’Honoré, Gabrielle Chabert de Joncaire, quittera le Canada pour la France suite à la capitulation et ne reviendra jamais au pays.  À ce moment-là, Honoré Dubois de la Miltière est prisonnier des Anglais à New York.

         En juin 1759, Honoré Dubois accompagne son beau-père Philippe Thomas Chabert de Joncaire, au portage du Fort Niagara.  Une troupe d’indiens Mohawk attaque le poste de Joncaire.  Philippe parvient à s’enfuir en sautant par une fenêtre.  Par contre, Honoré n’a pas le temps de le suivre, et est fait prisonnier pendant qu’un autre compagnon est tué.  Il semble que notre captif fit bonne impression aux indiens, puisque ceux-ci l’adoptent dans leur tribu.  Ajoutons, entre parenthèse, qu’Honoré Dubois de la Miltière est Franc-maçon.

        Il est intéressant de s’arrêter un peu sur cette famille de la noblesse canadienne que nous venons de croiser.  On peu se demander quelle était l’éducation de cette noblesse Canadienne ?  Pour en avoir une petite idée, nous étudierons la famille des Chabert de Joncaire.

        Le pionnier de la famille Louis Thomas Chabert de Joncaire arrive vers 1680 comme Maréchal des logis de la garde du gouverneur.  Il fait partie, évidemment, de la noblesse française.  Peu de temps après son arrivée, il est capturé et enlevé par une troupe de Tsonontouans (Senecas).  Losqu’on s’apprête à le torturer, un des chefs de la tribu veut lui brûler les doigts en guise de prélude.  Chabert réplique aussitôt par un coup de poing au visage du chef, qui en a le nez fracassé.  Ce courage et cette témérité de la part du prisonnier impressionne tellement les indiens qu’on lui laisse la vie sauve et une femme de la tribu l’adopte.  C’est ainsi qu’il devint un Tsonontouan à part entière.

       À partir de ce moment, les indiens, lui accordent leur confiance et leur amitié tandis que Joncaire apprend leur langue et leur mentalité.  Il devient un auxiliaire précieux pour la Nouvelle-France, lors des négociations à mener avec cette grande tribu.

       Le 1er mars 1706, Louis Thomas Chabert de Joncaire épouse, à Montréal, Marie-Madeleine Le Gay, âgée de 17 ans, fille de Jean-Jérôme Le Gay de Beaulieu et de Madeleine Just.  Deux de leurs dix enfants jouent un rôle important dans l’histoire de notre pays : le fils aîné Philippe-Thomas, et son frère Daniel qui sera connu sous le nom de sieur de Chabert et de Clausonne.

       En 1731, le gouverneur Charles de Beauharnois* de La Boische choisit Louis Thomas Chabert de Joncaire pour commander un détachement de Chaouanons qui avaient déménagé de la Susquehanna à la rivière Alleghany.  Il a pour mission de les empêcher de traiter avec les Anglais et de les convaincre de revenir à Détroit où l’influence française est prépondérante.  C’est à quoi il s’occupe, le 29 juin 1739, quand la mort le frappe au Fort Niagara.

       Courageux et arrogant, impitoyable et sans scrupules, haï et craint des Anglais, admiré des Iroquois qui le considèrent comme un des leurs,  Louis Thomas Chabert est, pendant plus de 40 ans, un incomparable ambassadeur de l’influence française chez les indiens; mais son fils aîné n’est pas « piqué des vers » lui non plus.

       Celui-ci est baptisé le 9 janvier 1707, à Montréal.  À l’âge de dix ans, Philippe Thomas Chabert de Joncaire  vit chez les Sénécas.  Il y est  envoyé par son père, pour « parfaire son éducation ».  Il s’engage dans les troupes coloniales à l’âge de 19 ans.  Il épouse, à l’âge de 24 ans, Madeleine Renaud Dubuisson le 23 juillet 1731.  En 1751 il devient Capitaine.

      C’est en 1735, alors âgé de 28 ans, qu’il remplace son père comme agent principal auprès des Iroquois.  Son travail consiste à les gagner à la cause française avec des cadeaux et à temporiser leur humeur lorsque des torts leur sont fait.  Son action est tellement efficace qu’en 1744, les Anglais mettent sa tête à prix « mort ou vif ».

      En 1748, sa femme étant décédée deux ans plus tôt, il résigne de son poste.  L’année suivante, Pierre Celoron de Blainville parvient à éveiller son intérêt.  Il l’engage comme conseiller et interprète pour son expédition dans l’Ohio.  Philippe Thomas est capturé par des Shawnees à Sonotio (futur Portsmouth).  Il est sauvé de l’exécution grâce à l’intervention d’un de ses « frères » Iroquois qui est présent et assiste à sa capture.

       En 1750 il se charge d’intéresser les indiens de la région  à transiger avec les Français.  Il prépare ainsi la venue de Paul Marin de La Malgue, un autre héros Montréalais, pour construire une série de forts faisant le lien entre le lac Érié et l’Ohio.  Philippe Thomas Joncaire reste en charge des relations indiennes.  Il donne des cadeaux, temporise et menace tout à la fois.  Les menaces sont assez précises.  Il affirme que les tribus acceptant de faire commerce avec Sir William Johnson, surintendant anglais des affaires indiennes, seront tout simplement anéanties.  La prise du Fort William Henry en 1756, donna beaucoup de poids à ses menaces.  Par contre, lors de la prise du Fort Frontenac par John Bradstreet, la puissance anglaise commence à être perçue par les indiens.  C’est l’année suivante, que se déroule l’aventure dont nous avons parlé au tout début de cet article, concernant la capture d’Honoré Dubois de Miltière.

        Ce dernier est alors amené dans la région de New York par les Mohawk.  Il s’en fait des amis, vit avec eux.  Il fait parti du groupe de prisonniers, négocié par les sauvages avec les Anglais, afin de les garder pour être adoptés ou torturés.  Durant l’hiver de 1760, les autorités anglaises lui demandent de venir vérifier la manière dont les prisonniers français sont traités à New Haven.  Il doit leur fournir un rapport écrit, devant être envoyé à Jeffrey Amherst.

       La plupart des prisonniers de guerre sont payés à la journée pour des travaux qu’ils font chez les colons.  En fait, ils sont libres dans leurs mouvements, sauf qu’ils ne peuvent pas quitter la Nouvelle Angleterre.  Plusieurs d’entre eux décideront de s’y installer à demeure.

      Nous avons vu qu’en 1762, lors de la première visite de Michel Lefebvre, Honoré Dubois de la Miltière est, lui-même, bien installé dans la région de New York, même s’il est, officiellement, « otage » des Mohawks.  Lorsque Michel décède en 1769, son fils Pierre est âgé de 7 ans.  Il vit chez son oncle Honoré Dubois qui, lui, est âgé de 42 ans.  De La Miltière ne reverra jamais son épouse.  Gabrielle de Joncaire, décèdera en France avant 1772.  Le petit Pierre est donc élevé par son oncle, parmi les colons de Nouvelle Angleterre et les Mohawks que les Français appellent les Agniers.  Son éducation sera semblable à celle de la noblesse canayenne mais il ne portera pas de nom titré, ni de blason.  Il parlera l’Anglais et le Français en plus de la langue Iroquoise.

       Au cours des ans, Honoré Dubois de la Miltière se crée des relations importantes dans la société new-yorkaise.  L’un de ses amis est le Capitaine James Delancey.  Le grand-père de celui-ci, Étienne De Lancey, né en France le 24 oct. 1663, est un Protestant qui avait dû fuir vers la Hollande à cause de la persécution des Huguenots par la France, suite à la révocation de l’Édit de Nantes par Louis XIV.  Il  vient s’installer à New York en 1686, devient un marchand très important et siège à l’assemblée de la colonie pendant 24 ans.  À sa mort, sa fortune s’élève à 100,000 livres anglaises (environ 18 millions de dollars actuels).

       Étienne eut plusieurs fils dont l’aîné James est le père de cet ami d’Honoré Dubois.  De la Miltière le connaît depuis la chute du Fort Niagara où a combattu James Delancey.  À la mort de son père, le Capitaine Delancey quitte l’armée pour s’occuper du commerce familial.  Le Capitaine James est très impliqué en politique comme toute sa famille.  Celle-ci, voulant gagner les élections de 69, appuient les « Fils de la liberté » qui votent en bloc pour les Delancey.  C’est James qui développe ces contacts avec les dissidents.

       En réalité, la famille Delancey veut ménager la chèvre et le chou.  Ils disent aux « Fils de la liberté » ce qu’ils veulent entendre, et assurent, de l’autre côté, leur loyauté aux représentants de la couronne d’Angleterre.  Le Capitaine James est Franc-maçon, comme plusieurs militaires anglais de l’époque.  C’est, en fait, le premier lien qui unit Honoré Dubois de la Miltière au Capitaine James Delancey.  Mais la révolution gronde en Nouvelle Angleterre.  James et Honoré sont, tous deux, réticents à l’indépendance américaine, même si celle-ci est organisée par certains membres importants de la Franc-maçonnerie.

       Le double jeu de James est mis à jours en février 1775, quand la législature lui commande de révéler son allégeance réelle.  Celui-ci vend secrètement ses propriétés au cours des deux mois qui suivent, sachant très bien que la rupture avec l’Angleterre approche à grands pas.  Cette séparation se fait le 19 avril 1775, lors de la bataille de Lexington et de Concord.  C’est à cette bataille que se rattache le récit de la chevauchée de Paul Revere (probablement le descendant d’un Canayen appelé Rivière) qui avertit les rebelles de l’attaque Anglaise.

       Le Capitaine James Delancey quitte alors New York pour ne jamais y revenir.

James Delancey

Honoré est également ami d’un autre James Delancey, neveu du premier, âgé de 28 ans en 1775.  Celui-ci est également Franc-maçon.  Ce James, prend le parti de rester neutre lors de la révolution.  Il possède la plus belle écurie de course de New York et il est extrêmement fier de ses chevaux de race.  En 1776, étant à la maison, il reçoit la visite d’un groupe de patriotes.  Un des officier de cette milice, entreprend de lui voler l’un de ses meilleurs chevaux et deux ensembles de harnais.  C’est ce qui fit pencher la balance.  Il décide alors de s’enrôler dans le régiment de son oncle Oliver Delancey et d’y former une troupe de cavalerie légère, qui sera appelée les « Westchester chasseurs ».  Cette troupe sera prisée par le gouverneur Tryon de New York.  James est promut Colonel de Milice.

        Cette cavalerie est tellement efficace qu’elle est honnie par les rebelles qui l’appellent : «  Les Cowboys de Delancey ».  Ils attaquent à l’improviste et détalent aussitôt leur mission accomplie.  Celles-ci sont souvent de s’emparer des moyens de subsistance des rebelles : farines, bétail etc…  Même Georges Washington admire cette brigade légère.  À la fin de la guerre, James Delancey quitte New York pour l’Angleterre le 8 juin 1783.  Il reviendra s’établir en Nouvelle Écosse à l’automne 1784.

        Honoré Dubois de la Miltière est tué pendant la révolution américaine, au début de 1778; et ses propriétés sont saisies par les rebelles.  Pierre Lefebvre, le fils de Michel, alors âgé de 15 ans, est récupéré par ses amis Mohawk et amené avec eux.  Quelques mois plus tard, il est recueilli par Sir John Johnson, fils du surintendant des affaires indiennes, le Sir William Johnson que nous avons rencontré dans l’histoire de Pontiac.  Sir John l’expédie au Canada, à Yamachiche, où se trouvent déjà des réfugiés loyalistes contrôlés par le Major Daniel McAlpin.

       Pierre, cependant, étant plutôt individualiste, par son apprentissage avec les indiens, ne supporte pas plus de trois jours d’être traité comme un mouton dans un troupeau.  Il laisse tomber le groupe de loyalistes et parvient à offrir ses services à un habitant résidant à Yamachiche, un dénommé François Collard.

        Celui-ci est marié à Marguerite Balan Lacombe.  Ils ont plusieurs enfants, mais un seul des garçons est assez âgé pour vraiment aider dans les travaux.  De plus ce garçon, appelé Claude Joseph, doit épouser Josèphe Fafard l’année suivante.  Pierre arrive à point et est donc accueilli par cette famille pour vivre avec eux et servir comme engagé.  C’est avec François Collard que Pierre apprend le métier de charpentier.

       Fin 1783, la famille Collard déménage à Terrebonne.  Pierre suit la famille et évite ainsi la déportation au Nouveau Brunswick des autres loyalistes de Yamachiche.  Durant ces cinq années, Pierre et l’une des filles Collard, nommée Marie Josephte, développent graduellement une affection réciproque.  Le 4 avril 1785, Marie Josephte et sa sœur Marie Louise font un mariage double à l’église St-Louis de Terrebonne.  Marie Louise épouse François Renaud, fils de Charles Renaud.  Marie Josephte épouse Pierre Lefebvre, fils de Michel Lefebvre et de Marie Louise Dubois.  Pierre est âgé de 22 ans et Marie Josephte, de 21 ans.

       Les dés sont maintenant jetés pour relater une autre partie de l’histoire des souliers d’beu.

 À suivre

                                                                              Elie l’Artiste

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