Les souliers d’beu(26) Être responsable de ses actes, à l’ancienne!

Être responsable de ses actes, à l’ancienne !

 -Xavier lève-toi; t’as de la visite !

-Laisse-moi tranquille Lefebvre, j’ai mal à la tête.

-Un de tes compagnons de chasse veut te voir.  Je pense qu’il est prêt à partir.

-PRÊT À …t’es malade !  J’pars pas à matin !

– Tu vas passer pour une « feluette » pis tu vas avoir des problèmes avec tout le monde du village.  On a tous besoin de peaux de bisons pour l’hiver qui approche.

-Ouais.  Mmmm.  Dis-lui que j’arrive.  J’espère que t’as fait du café ?

        Xavier s’extirpe de sa peau d’ours, met son chapeau, se sert un café et sort voir son « chasseur ».  Quinze minutes plus tard, il part avec son groupe de chasseur de bisons. Une vingtaine de jeunes femmes partent avec eux.  L’homme voulait réveiller Xavier pour lui annoncer qu’on avait localisé un énorme troupeau de bisons à une demi-journée de marche.  Xavier et son groupe était parti de toute urgence.  Quelques heures plus tard, Pierre et Urbain quittent le village vers leur ligne de trappe.  Ils seront absents au moins deux jours.

       Au moment ou le Soleil est à son zénith, Xavier et sa troupe aperçoivent les bisons.

C’est un énorme troupeau.  La chasse sera très profitable.  Il ne s’agit que de tuer, l’un après l’autre, d’un seul coup de fusil, les bisons « sentinelles » autour du troupeau.  Aussi longtemps que le bison tiré tombe sur place, le troupeau ne sera pas inquiet et ne bougera pas.  Xavier installe ses tireurs et leur enjoint de tirer successivement, à 2 minutes d’intervalle.

      À la fin de l’après-midi, il y a plus de 110 bisons d’abattus.  On tire alors une volée de coups de feu pour éloigner le troupeau et le groupe s’installe pour le dépeçage.  Le lendemain matin, les travois sont prêts pour transporter la viande et les peaux jusqu’au village.

 

On y arrive au début de l’après-midi.  Personne ne s’est aperçu qu’ils sont suivit depuis la fin de la chasse.

        La nuit arrive et toute la petite tribu Mohawk, terrassée par la fatigue s’endort aussitôt couchée.  Vers minuit, ils se réveillent en sursaut, aux cris de guerre et aux hurlements des blessés.  Une troupe de guerriers sioux envahit le village, massacre et scalpe tout ce qu’elle rencontre, hommes, femmes et enfants.  Seuls les jeunes filles et les très jeunes hommes sont épargnés.  Ceux-ci sont regroupés et gardés par cinq guerriers qui les immobilisent rapidement avec des liens.  Le carnage dure environ trente minutes.

 

        Après avoir pillé tout ce qui les intéresse, les Sioux repartent aussitôt vers les plaines avec leurs prisonniers.  Ils viennent d’éliminer un groupe de voleurs; une tribu qui ne devaient pas se retrouver près du territoire de chasse des Sioux.  Et en plus, la chasse au bison, c’est sacré.  On ne les tue pas, de loin, avec des fusils; on les tue à l’arc en galopant dans le troupeau.  Ces immondes individus n’ont eu que ce qu’ils méritent.

 

 – Bon !  Qu’est-ce qu’on fait asteure ?  Demande Urbain.

        Ils viennent, tout juste,  lui et Pierre de faire le tour des décombres.  Les corps gisent partout.  Celui de Xavier est là, transpercé de coups de couteaux et scalpé.  Sa dépouille calcinée gît dans les restes d’un wigwam brûlé.

-On va commencer par ramasser les cadavres et les enterrer, ensuite on verra. Essayons de trouver des indices qui nous diront qui a fait ça.

        Ayant fini de « nettoyer », ils se dirigent un peu plus loin sur le ruisseau, camper pour la nuit.  Les deux mangent en silence.  Plus tard, chacun bourre sa pipe et regarde le feu en tirant dessus.

– C’est pas les gens des compagnies de traite qui ont fait ça.  Avance Pierre; j’en suis cartain.

– C’est ce que je pense aussi.  Y’a pas de traces de chevaux dans le village et les blancs attaquent toujours à cheval.  J’ai l’impression que ça s’est passé la nuit et non le jour.  À  l’arrière du village plusieurs guerriers sont morts sur leur natte.

-Ouais j’ai remarqué.  J’ai aussi trouvé un  tomahawk que j’ai jamais vu par icitte.  Y doit appartenir aux pilleurs.  Demain matin on va suivre les traces.  Je ne peux pas laisser passer un massacre pareil de Xavier, de mes « frères » et surtout des femmes et des enfants.

– Tu t’attaques à une tâche difficile, mon grand.  Ceux qui ont fait ça, ne sont pas des moutons qu’on peut tondre facilement.

-Ce sont des loups qu’y faut exterminer.  Je te jure qu’y vont payer.  Y’ont pas tué tout le monde,  y’en a plusieurs dont j’ai pas trouvé le corps.

-Ouais.  J’ai remarqué ça aussi; mais ceux qui manquent sont des enfants et des jeunes femmes.  Y  pourront jamais survivre seuls, si y sont délivrés.

– Je ne pourrai jamais tuer toute une tribu, si les coupables sont des « sauvages ». Les captifs devront rester avec eux.  Je vais seulement leur faire comprendre qu’y ne doivent plus s’attaquer aux Mohawks où qu’y  s’trouvent.  J’ai compté 27 guerriers Mohawk de tués; je vais tuer vingt-sept des leurs; ensuite je retourne chez moi à l’Ormière.

– Tu n’auras qu’à en tuer treize et on tuera le dernier ensemble.  Ça fera le compte.

       Pierre leve les yeux vers son ami, un petit sourire au coin des lèvres.

-On va dormir un peu parce qu’on a d’la besogne à partir de demain matin.

      Il attrape sa peau d’ours et se couche près du feu.  Urbain suit son exemple.  Quelques minutes plus tard, les deux coureurs de bois ronflent doucement.  Ils n’ont aucune peur des esprits des morts autour d’eux, et ils sont certains qu’il n’y a aucun vivant dans les parages.

      Quatre guerriers Sioux s’éloignaient de leur village vers une colline boisée.

– Je m’occupe d’eux; toi reste ici et viens m’avartir si d’autres se dirigent au même endroit.

– Y sont quatre; Lefebvre.  Tu veux faire quoi tout seul ?

– T’inquiète pas; y seront pas quatre très longtemps.  Attend-moi, je reviens le plus vite possible.

        Pierre se met à ramper à travers les herbes et se dirige vers la colline.  Urbain monte la garde depuis déjà deux heures, sans entendre aucun bruit, sauf ceux habituels de l’activité du village devant lui.  Il se demande ce qui arrive avec Pierre; mais comme il n’y a eu aucun coup de feu ni aucun cri, il n’est pas trop inquiet. 

     Une heure plus tard, il croit entendre quelque chose bouger.  Il se retourne doucement, sans bruit, et aperçoit Pierre qui le regarde, étendu six pieds derrière lui.  Pierre lui fait signe qu’ils doivent partir.  Ils rampent jusqu’à un dénivellement, où ils avaient attaché leurs chevaux.  Lorsqu’ils y parviennent, le Soleil se couche à l’horizon. 

     Les deux trappeurs chevauchent pendant deux heures avant de s’arrêter pour la nuit.  Cachés par des rochers ils peuvent se faire un feu et manger le pemmican qu’ils ont apporté.  Au moment où Urbain allume sa pipe, il n’y tient plus :

-Cou-donc ?  Joual-vert !  Vas-tu finir par me dire ce qui s’est passé ?

-Y s’est rien passé.  Y sont morts tous les quatre.  C’est tout.

-Ouais mais y faut que les autres sachent pourquoi c’est quatre-là sont mort.  Ça ne sert à rien de les tuer si la tribu ne sait pas pourquoi leurs guerriers meurent.  C’est pas une question de vengeance; c’est une question de responsabilité de c’qu’on fait.

-T’inquiète pas, y vont comprendre le message.

-Explique moi-ça, parce que moi je l’comprends pas.

-Imagine-toi que tu es un guerrier de cette tribu et que tu cherches un de tes amis. Sachant qu’y est parti vers la colline tu vas t’y rendre pour le trouver; non ?

-Ouais.

-Maintenant, lorsque tu t’approches, tu vois, un peu plus loin, ton ami debout, appuyé à un arbre.  Ses trois compagnons sont eux-aussi, debout, chacun appuyé à un arbre.  Tu t’avances pour les rejoindre et tu te rends compte, tout à coup, qu’y sont, tous les quatre, cloués à l’arbre par leur couteau de chasse dans la gorge.  Au-dessus de l’un d’eux est planté le tomahawk perdu au village.  Je pense que le message est assez clair.

-Tu les as tous cloué à un arbre avec leur couteau de chasse ?  Comment t’as fait ça sans te faire tuer.  J’ai rien entendu de l’après-midi !

– Eux non plus !  Grogne Pierre en tapant sa pipe sur son talon pour la vider.  Maintenant dormons; demain ne sera sûrement pas aussi facile.  Il ramassa sa peau d’ours et s’étendit près du feu.

        Le lendemain matin, ils ne s’approchent pas aussi près du village sioux que la veille.  Ils discernent une effervescence parmi les tepees.  Cachés dans des rochers, ils guettent les mouvements des guerriers.  Tout à coup, une quarantaine de braves sur leurs chevaux, sortent du village, se séparent en groupe de dix et chacun des groupes se dirige vers l’un des points cardinaux.  Pierre se penche doucement vers Urbain :

-Y’ont trouvé leurs morts, mais y savent pas où nous sommes.  On va rester caché et tenter de savoir combien de guerriers qu’y reste dans le village.

      Urbain acquiesce d’un signe de tête.  Une heure plus tard, ils ont compté douze guerriers dont quatre qui montent la garde.  Pierre tape sur l’épaule d’Urbain.

-Tu vas te rendre à la colline où je suis allé hier et cache-toi complètement à l’orée du bois où tu peux voir le village.  Je vais essayer d’attirer deux ou trois des indiens vers la colline.  Mais aucun coup de feu.  Si tu dois te défendre prend ton tomahawk ou ton couteau.  Y  faut même pas que l’un d’eux pousse un cri.

      Le trappeur rampe vers la colline et Pierre retourne vers les chevaux, où il prend sa peau d’ours.  Il retourne ensuite où il était la veille dans les herbages, se recouvre de sa peau et se déplace à quatre patte en se dirigeant vers la colline.

      Ce n’est pas bien long avant qu’un des gardes remarque cet ours qui marche dans la prairie.  Il appelle ses amis et pointe l’ours du doigt.  Aussitôt cinq guerriers s’élancent en courant vers la colline devinant que l’ours veut s’y réfugier.  Au moment où Pierre pénètre dans les arbres, les indiens sont encore à cent verges de la colline.  Pierre rejette sa peau d’ours, se relève et court rejoindre l’endroit où Urbain devrait être caché. 

     Arrivé à l’orée du bois, il se cache derrière une touffe de trois gros arbres.  Les indiens sont encore à 100 pieds de la colline.  Pierre imite le bruit d’une perdrix qui bat des ailes.  Il entend le même son provenant d’un peu devant lui, mais à sa droite.

      Lorsque les indiens entrent dans les arbres, ils cessent de courir et porte plus attention devant eux, d’où peut surgir l’ours qu’ils chassent.  Aussitôt qu’ils sont assez loin à l’intérieur du bois et qu’ils ne peuvent plus être vus du village, Pierre assomme d’un coup de tomahawk le « sauvage » qui passe près de lui et plante son couteau de chasse dans le thorax du suivant. 

     Les trois autres guerriers figent une fraction de seconde.  Pierre aperçoit Urbain qui sort des fourrés et qui plante son tomahawk dans le crâne de celui qui traînait derrière le groupe.  Les deux derniers Sioux ne s’en rendent pas compte parce qu’ils poussent leur cri de guerre au même moment.  Pierre fait demi-tour et courre vers le haut de la colline.  Les deux indiens partent à sa poursuite.  Urbain se lance derrière eux.  Après une vingtaine de sauts, Pierre arrête et pivote. 

        L’un des deux poursuivants est une dizaine de pieds en avance sur l’autre Sioux.  Pierre l’attaque tout de suite.  L’indien tient une lance, mais l’assaut l’a surpris et Pierre est déjà trop près de lui pour qu’il puisse s’en servir efficacement.  Un  coup de tomahawk en plein front règle son cas.  Le sauvage, dans son élan, tombe sur lui et le jette par terre.  Le dernier Sioux arrive aussitôt et s’apprête à transpercer Pierre, lorsque le tomahawk, qu’Urbain lance, se plante dans le dos de l’indien.  Un dernier coup de couteau dans le creux du cou achève le guerrier.  Pierre se relève rapidement.

– Vite; y faut les clouer chacun à un arbre avec leur couteau avant que les autres s’inquiètent et arrivent.

   Au dernier arbre, un tamia, pas content du tout, pousse ses petits cris bagarreurs parce qu’on envahit son territoire.  Son égo est énormément valorisé parce que les deux trappeurs qui clouait un humain sur son arbre, ramassent leurs armes et s’enfuient en courant vers l’autre côté de la colline.

 

À suivre

                                                                                 Élie l’Artiste

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